SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 2
CHAPITRE 7

Description des avataras
prévus pour différents âges
et de leur mission respective.

VERSET 26

bhumeh suretara-varutha-vimarditayah
klesa-vyayaya kalaya sita-krsna-kesah
jatah karisyati jananupalaksya-margah
karmani catma-mahimopanibandhanani

TRADUCTION

Comme la Terre sentait peser le fardeau des forces militaires de rois athées, le Seigneur, pour la soulager, apparut accompagné de Son émanation plénière. Il vint dans Sa Forme originelle, à la merveilleuse chevelure noire, et afin de répandre Ses gloires absolues, Il Se fit l'auteur d'actes prodigieux. Nul, en vérité, ne saurait estimer Sa grandeur.

TENEUR ET PORTEE

Ce verset se rapporte à l'avènement de Sri Krsna et de Son émanation directe, Sri Baladeva. Tous deux ne représentent qu'une seule et même Personne Suprême et Absolue. De par Sa toute-puissance, le Seigneur Se multiplie en d'innombrables Formes et Energies, et avec elles constitue un ensemble parfait que l'on appelle le Brahman Suprême. Ces émanations du Seigneur se rangent en deux catégories: les émanations personnelles, ou visnu-tattvas, et les émanations distinctes, ou jiva-tattvas. Dans le cadre de ce déploiement de Formes multiples, Baladeva est la première émanation personnelle de Krsna, le Seigneur Suprême.

Le Visnu Purana ainsi que le Mahabharata mentionnent que Krsna et Baladeva ont tous deux de merveilleux cheveux noirs, qu'ils conservent même à un âge avancé. Le Seigneur est qualifié d'anupalaksya-margah, ou, selon une terminologie védique encore plus complexe, d'avan-manasa gocarah: Celui qui ne peut être en aucun cas perçu ou réalisé de par les sens limités des hommes du commun. Et c'est ce que confirme le Seigneur dans la Bhagavad-gita (VII.25): naham prakasah sarvasya yogamaya-samavrtah. En d'autres mots, Il Se réserve le droit de ne Se révéler qu'à ceux qu'Il choisit. Seul un authentique bhakta sera donc à même de connaître Ses Attributs spécifiques, et parmi les innombrables traits caractéristiques du Seigneur, notre verset en mentionne un particulier: sita-krsna-kesah, Celui que l'on voit toujours paré d'une merveilleuse chevelure noire. Cette caractéristique propre au Seigneur Suprême s'applique aussi bien à Sri Krsna qu'à Sri Baladeva, si bien que même après de nombreuses années, tous deux conservent l'apparence de jeunes adolescents de seize ans. Comme l'enseigne la Brahma-samhita, bien qu'Il soit le plus ancien de tous les êtres, Il garde toujours la fraîcheur juvénile d'un jeune garçon. Telle est la nature du corps spirituel. La naissance, la maladie, la vieillesse et la mort constituent les caractéristiques propres au corps matériel, mais le corps spirituel, lui, se caractérise par l'absence de telles manifestations. Sur les Vaikunthalokas, les êtres distincts qui jouissent d'une vie éternelle et félicieuse possèdent tous un tel corps spirituel, sur lequel n'apparaît aucun signe de vieillesse. Corroborant la description que donne notre verset, le sixième Chant du Bhagavatam nous rapporte que les Visnudutas qui vinrent délivrer Ajamila des griffes des Yamadutas avaient l'aspect de jeunes garçons. Voilà donc qui confirme que le Corps spirituel du Seigneur et de ceux qui habitent les Vaikunthalokas n'ont absolument rien de commun avec les corps matériels de ce monde. Aussi, lorsque le Seigneur descend du monde spirituel dans l'univers matériel, Il apparaît dans Son Corps spirituel, Son Corps d'atma-maya -Sa puissance interne-, sans la moindre influence de bahiranga-maya, l'énergie matérielle, ou externe. Il est donc complètement absurde de prétendre que le brahman impersonnel revêt un corps de matière lorsqu'Il Se manifeste en ce monde. Enfin, le Seigneur n'est pas une personne matérielle, et, répétons-le, lorsqu'Il vient parmi nous, Il apparaît dans Son Corps spirituel. Le brahmajyoti impersonnel ne représente que la radiance qui émane du Corps du Seigneur; il n'existe donc aucune différence qualitative entre le Corps du Seigneur et Sa radiance impersonnelle, le brahmajyoti.

On peut maintenant se demander pourquoi le Seigneur, s'Il est tout-puissant, vient Lui-même soulager le monde du fardeau créé par les rois scélérats. Certes, le Seigneur n'est pas tenu d'apparaître en personne pour accomplir de tels desseins, mais s'Il vient ainsi révéler Ses Actes spirituels et absolus, c'est afin d'encourager Ses purs dévots, qui souhaitent jouir du bonheur de chanter Ses gloires. La Bhagavad-gita (IX.13-14) enseigne que les mahatmas, les grands bhaktas, prennent plaisir à chanter les Actes du Seigneur, et toutes les Ecritures sont ainsi conçues pour attirer nos pensées vers le Seigneur et Ses Actes purement spirituels. En venant vivre parmi les hommes, Dieu permet donc à Ses purs dévots de s'entretenir de Sa Personne et de Ses Actes sublimes.

VERSET 27

tokena jiva-haranam yad uluki-kayas
trai-masikasya ca pada sakato pavrttah
yad ringatantara-gatena divi-sprsor va
unmulanam tv itaratharjunayor na bhavyam

TRADUCTION

Nul doute que Sri Krsna est bien le Seigneur Suprême, sinon comment aurait-Il pu anéantir la géante Putana alors qu'Il Se trouvait encore dans les bras de Sa mère? Comment aurait-Il pu renverser une lourde charrette d'un simple coup de pied alors qu'Il n'avait que trois mois? Et comment aurait-Il pu déraciner deux arbres arjunas, si grands qu'ils touchaient le ciel, alors qu'Il ne faisait que ramper sur le sol? Nul sauf le Seigneur ne peut accomplir de tels actes.

TENEUR ET PORTEE

Dieu ne saurait être le produit de quelque raisonnement spéculatif ou d'une élection, comme il est d'usage chez les gens de moindre intelligence. Dieu est éternellement Dieu, et l'être distinct demeure éternellement une partie intégrante de Sa Personne. Dieu est Un et reste unique, tandis que les êtres distincts sont innombrables et dépendent tous de Lui; tel est le verdict des Ecritures védiques. Alors que Krsna Se trouvait encore dans les bras de Sa mère, voilà qu'une sorcière du nom de Putana se présente et demande à nourrir l'enfant du lait de son sein. Mère Yasoda acquiesce et place le bébé dans les bras de l'asura qui a pris l'apparence d'une dame respectable. Putana, qui veut tuer l'enfant, a enduit son sein de poison. Mais au moment décisif, le Seigneur tète le sein du monstre et aspire en même temps son air vital, faisant s'écrouler l'asura, dont le corps gigantesque mesurait réellement neuf kilomètres de long. Notons que Krsna n'a pas eu à Se faire aussi grand que la géante pour l'anéantir, bien qu'Il aurait pu sans mal S'allonger en une forme de plus de neuf kilomètres. En effet, dans Sa manifestation de Vamana où Il Se fit passer pour un nain brahmana, Il allongea Son pas jusqu'à la voûte de l'univers, couvrant ainsi d'une simple enjambée des milliers et des millions de kilomètres, afin de prendre possession des terres que Lui avait promises Bali Maharaja. On comprend donc qu'il n'aurait pas été difficile pour Krsna de grandir miraculeusement, mais à cause du profond amour filial qui Le liait à Sa mère, Il n'en eut pas le désir. Si Yasoda avait vu Krsna grandir jusqu'à mesurer plus de neuf kilomètres pour tenir tête à la sorcière Putana, la relation parentale qui l'unissait à son fils en aurait souffert, car il lui aurait alors été révélé que Krsna, son "enfant", n'était autre que Dieu Lui-même. En réalisant la divinité de Krsna, l'amour de Yasodamayi aurait perdu son caractère maternel naturel. Pourtant, qu'Il soit le jeune enfant dans les bras de Sa mère ou le nain qui couvre d'une enjambée l'univers entier, Krsna est toujours Dieu, et ne Le devient pas à force de rudes ascèses. Certains hommes pensent, en effet, que la pratique d'austérités peut leur permettre de ne plus faire qu'Un avec Dieu. Mais si, par cette voie, l'homme peut acquérir la plupart des attributs divins, il ne saurait toutefois devenir l'égal de Dieu. L'être distinct peut manifester ces attributs en une forte proportion, mais il ne saurait lui-même devenir Dieu, tandis que Krsna, sans avoir à accomplir aucune forme d'austérité, est toujours le Seigneur Suprême et Absolu, que ce soit dans les bras de Sa mère ou à n'importe quel âge.

A trois mois donc, Il anéantit Sakatasura, un être démoniaque qui s'était dissimulé derrière une charrette, près de la maison de Yasodamayi. Lorsqu'Il marchait encore à quatre pattes, Il dérangea Sa mère dans ses devoirs ménagers, et pour Le punir, celle-ci L'attacha à un mortier. Mais l'enfant espiègle traîna le mortier jusqu'à le coincer entre deux très hauts arbres arjunas qui ornaient le jardin; Krsna tira sur le mortier, et les deux arbres s'abattirent avec un fracas épouvantable. Lorsque Yasodamayi vit son enfant sain et sauf, elle crut qu'Il avait été sauvé de par la miséricorde du Seigneur, sans savoir que ce même Seigneur jouait dans son jardin et qu'Il avait Lui-même provoqué cette catastrophe. Telle est la nature des relations empreintes d'amour qui unissent le Seigneur à Ses dévots. Yasodamayi avait souhaité avoir le Seigneur pour enfant, et en réponse, Celui-ci Se comporta exactement comme un petit enfant dans les bras de sa mère, bien qu'Il déploya Sa toute-puissance lorsqu'Il le jugea nécessaire. Le caractère merveilleux de ces Divertissements vient de ce que le Seigneur comble les désirs de chacun. En effet, lorsqu'Il fit s'abattre les gigantesques arbres arjunas, Il S'était donné pour mission de délivrer les deux fils de Kuvera que la malédiction de Narada avait condamnés à prendre forme d'arbres; mais tout à la fois, Il jouait à quatre pattes dans le jardin de Yasoda, laquelle, de Le voir ainsi, goûtait un plaisir purement spirituel. Pour conclure, Sri Krsna demeure en toutes circonstances le Seigneur de l'univers, et Il peut agir comme tel quelle que soit Sa taille...

VERSET 28

yad vai vraje vraja-pasun visatoya-pitan
palams tv ajivayad anugraha-drsti-vrstya
tac-chuddhaye ti-visa-virya-vilola-jihvam
uccatayisyad uragam viharan hradinyam

TRADUCTION

lorsque les pâtres et leurs animaux eurent bu les eaux empoisonnées de la Yamuna, le Seigneur [tout enfant] les ramena à la vie par Son regard miséricordieux. Et afin de purifier les eaux de la Yamuna, Il S'y jeta comme par jeu et punit Kaliya, le serpent venimeux qui s'était caché dans la rivière, et dont la langue bavait un torrent de venin. Hors le Seigneur Suprême, qui peut accomplir d'aussi fantastiques prouesses?

VERSET 29

tat karma divyam iva yan nisi nihsayanam
davagnina suci-vane paridahyamane
unnesyati vrajam ato vasitanta-kalam
netre pidhapya sabalo nadhigamya-viryah

TRADUCTION

La nuit même du jour où le Seigneur châtia le serpent Kaliya, alors que les habitants de Vrajabhumi dormaient paisiblement, des feuilles sèches s'enflammèrent et bientôt toute la forêt devint brasier; les habitants crurent alors leur dernière heure venue. Mais il suffit au Seigneur, qui Se trouvait en compagnie de Balarama, de clore Ses paupières pour les sauver tous. Tels sont les Actes surnaturels du Seigneur.

TENEUR ET PORTEE

Bien que ce verset souligne le caractère surnaturel d'un fait précis, accompli par le Seigneur, il convient de noter qu'il en va de même pour chacun de Ses Actes, ce qui distingue le Seigneur d'un être ordinaire. Déraciner un gigantesque banian ou, un arbre arjuna, éteindre un feu de forêt rien qu'en fermant les yeux, voilà certes des exploits qui demeurent inaccessibles à l'homme, et dont le récit émerveille. Mais en vérité, tous les Actes du Seigneur, quels qu'ils soient, relèvent du surnaturel; ce que confirme d'ailleurs la Bhagavad-gita (IV.9). Parce qu'ils sont spirituels et absolus, quiconque les connaît comme tels trouve ainsi qualité pour entrer dans le royaume de Krsna. Lorsqu'il quitte son corps, celui qui connaît la nature transcendante des Actes du Seigneur retourne auprès de Dieu, en sa demeure originelle.

VERSET 30

grhnita yad yad upabandham amusya mata
sulbam sutasya na tu tat tad amusya mati
yaj jrmbhato sya vadane bhuvanani gopi
samviksya sankita-manah pratibodhitasit

TRADUCTION

Comme la gopi [Yasoda, la mère adoptive de Krsna] tentait de lier les mains de son fils, elle remarqua que la corde était toujours trop courte, et lorsque enfin elle renonça à son entreprise, Sri Krsna ouvrit lentement la bouche, donnant à Sa mère de contempler tous les univers, qui s'y trouvaient réunis. Cette vision la troubla, mais elle avait déjà été convaincue des pouvoirs surnaturels de son fils.

TENEUR ET PORTEE

Un jour, Krsna ennuyait tant mère Yasoda que celle-ci voulut attacher l'enfant turbulent pour Le punir. Mais sa corde était trop courte, et bien qu'elle essaya d'y joindre d'autres cordes pour la rendre plus longue, il en manquait toujours quelques centimètres. Alors que la lassitude la gagnait, le Seigneur ouvrit la bouche, et Sa mère affectueuse put y voir tous les univers réunis. Quelle stupéfaction! Mais de par la profonde affection qu'elle portait à Krsna, mère Yasoda pensa que Narayana, le Seigneur tout-puissant, veillait avec bonté sur son fils afin de Le protéger contre toutes les calamités qui s'abattaient sans cesse sur Lui. A cause de son amour pour Krsna, elle n'aurait jamais pu concevoir que son propre fils fût Narayana en personne, le Seigneur Suprême. Telle est la yogamaya, la puissance interne du Seigneur Suprême, qui sert à parfaire tous les Divertissements qu'Il partage avec Ses différents dévots. Qui pourrait accomplir de telles merveilles sinon Dieu Lui-même?


Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare