SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 2
CHAPITRE 9

Réponses à la lumière de
l'enseignement du Seigneur.

VERSET 21

varam varaya bhadram te
varesam mabhivanchitam
brahman chreyah-parisramah
pumsam mad-darsanavadhih

TRADUCTION

Puisse la fortune te sourire, ô Brahma. Dis-Moi tes désirs, car Je suis Celui qui confère toute bénédiction. Sache néanmoins que la plus haute de toutes, et qui s'offre comme fruit de toutes austérités, réside dans la révélation de Ma Forme personnelle.

TENEUR ET PORTEE

Connaître et voir face à face l'Etre Divin en personne, telle est la plus haute révélation de la Vérité suprême, supérieure à celle du brahman impersonnel et du Paramatma localisé. Celui qui réalise le Seigneur Suprême n'a pas à se soumettre à une ascèse redoutable. Il ne lui reste plus qu'à s'engager dans le service de dévotion, pour la seule satisfaction du Seigneur. En d'autres mots, celui qui a réalisé et vu le Seigneur Suprême a atteint par 1à toute perfection car cet achèvement ultime inclut toute chose. Toutefois, les impersonnalistes et les prétendus yogis ne peuvent atteindre ce niveau.

VERSET 22

manisitanubhavo yam
mama lokavalokanam
yad upasrutya rahasi
cakartha paramam tapah

TRADUCTION

La plus haute perfection de la virtuosité consiste en une perception personnelle de Mes demeures, ce à quoi tu es parvenu grâce à l'attitude soumise dont tu fis preuve en te livrant, sur Mon ordre, à une dure ascèse.

TENEUR ET PORTEE

La plus haute perfection de l'existence consiste à connaître le Seigneur par une perception directe de Sa Personne, ce qu'Il accorde par grâce. Parviendra à un tel niveau quiconque manifeste le désir de s'engager dans le service de dévotion offert au Seigneur, en se conformant aux Ecritures révélées qui font autorité et sont reconnues par les acaryas, les maîtres spirituels authentiques. La Bhagavad-gita, par exemple, est un Ecrit védique authentique que reconnaissent comme tel tous les grands acaryas comme Sankara, Ramanuja, Madhva, Caitanya, Visvanatha, Baladeva, Siddhanta Sarasvati et nombre d'autres. Or, dans ce Texte sacré, Sri Krsna, l'Etre Divin en personne, nous demande de toujours demeurer conscient de Lui, d'être Son dévot, de n'adorer que Lui seul et de nous prosterner devant Lui; quiconque agit ainsi retournera certes à Dieu, en sa demeure originelle, et cela, sans le moindre doute. Ce même commandement se retrouve également en d'autres endroits de la Bhagavad-gita, où le Seigneur déclare que l'on doit délaisser toute autre occupation pour s'abandonner pleinement à Lui, et qu'Il accorde alors toute protection à un tel dévot de Sa Personne. Tels sont les secrets qui donnent d'atteindre la plus haute perfection. Brahma observa strictement ces principes, sans aucun sentiment de supériorité, ce qui lui valut d'accéder au plus haut niveau de la perfection, où il put directement contempler le Seigneur, Son Entourage et Sa Demeure. La réalisation spirituelle de la radiance impersonnelle qui émane du Corps du Seigneur et celle du Paramatma ne correspondent pas à la plus haute perfection. Arrêtons-nous un instant sur le sens du mot manisita: chacun, à tort ou à raison, se montre fier de sa prétendue érudition, mais le Seigneur déclare que la plus haute perfection de l'érudition est de Le connaître, Lui et Sa demeure, sans nulle illusion.

VERSET 23

pratyadistam maya tatra
tvayi karma-vimohite
tapo me hrdayam saksad
atmaham tapaso nagha

TRADUCTION

O Brahma, toi qui ignores le péché, sache que c'est Moi qui, en premier lieu, t'ai ordonné de te plier à l'austérité, alors que tu demeurais confus quant à ton devoir. Cette austérité, elle est Mon coeur, Mon âme: elle et Moi ne faisons qu'Un.

TENEUR ET PORTEE

Il convient de savoir que l'austérité qui donne de voir l'Etre Divin en personne n'est autre que le service de dévotion puisqu'on ne peut approcher le Seigneur qu'à travers un tel service accompagné d'un amour purement spirituel. Cette austérité s'identifie à la puissance interne du Seigneur; elle est donc identique à Sa Personne même. Ces actes régis par la puissance interne se manifestent par l'absence de tout attachement à l'égard du plaisir matériel. Les êtres distincts se trouvent emprisonnés en diverses conditions d'asservissement matériel à cause de leur tendance à vouloir dominer en ce monde, mais ils peuvent perdre ce désir de jouir de la matière en s'engageant dans le service de dévotion offert au Seigneur. Les bhaktas se détachent naturellement du plaisir matériel, et ce détachement résulte d'un savoir parfait. Par conséquent, l'ascèse du service de dévotion inclut la connaissance et le détachement, et c'est ainsi que se manifeste la puissance transcendante.

Celui qui désire retourner à Dieu, en sa demeure originelle, ne peut trouver de plaisir en une prospérité matérielle illusoire. Le désir absurde de vouloir jouir de ce bonheur matériel éphémère anime ceux qui ne connaissent rien de la félicité spirituelle et absolue que l'on goûte au contact du Seigneur. Selon le Caitanya-caritamrta, le bhakta qui souhaite de tout coeur voir le Seigneur, mais tout en voulant tirer jouissance de ce monde, n'est rien d'autre qu'un insensé. Celui qui veut demeurer ici-bas afin de jouir des plaisirs qu'offre le monde matériel se préoccupera bien peu de l'éternel royaume de Dieu. Pourtant, le Seigneur accordera Sa bénédiction à un tel bhakta de peu d'intelligence en lui enlevant tout ce qu'il possède en ce monde, et si notre insensé tente de retrouver ses avantages matériels, le Seigneur miséricordieux les lui ravira de nouveau. Ces échecs répétés finiront par lui faire perdre sa popularité auprès de ses amis et des membres de sa famille, car il est vrai que dans le monde matériel, parents et amis honorent ceux qui ont brillamment réussi à faire fortune, peu importe comment. Par la miséricorde du Seigneur, le bhakta qui fait montre d'un manque d'intelligence se verra donc conduit à une ascèse forcée et finira par connaître un bonheur parfait dans le service du Seigneur. Que l'on s'y soumette volontairement ou que l'on y soit forcé par le Seigneur, l'austérité dans le service dévotionnel s'avère nécessaire pour atteindre la perfection, et une telle ascèse s'identifie à la puissance interne du Seigneur.

Toutefois, nul ne peut pratiquer l'ascèse du service de dévotion à moins d'être complètement purifié de tout péché. La Bhagavad-gita enseigne, en effet, que seul celui qui s'est affranchi des suites de tous ses actes coupables est à même de s'engager dans l'adoration du Seigneur. Brahmaji ignorait le péché, et c'est pourquoi il se rendit fidèlement à la volonté divine rien que pour avoir entendu les mots "tapa, tapa"; satisfait, le Seigneur lui accorda alors ce qu'il désirait obtenir. En conclusion, seul le mariage de l'ascèse et de l'amour sait combler le Seigneur, lequel accorde alors toute Sa miséricorde: sous Sa direction, le bhakta purifié de tout péché accède à la plus haute perfection de l'existence.

VERSET 24

srjami tapasaivedam
grasami tapasa punah
bibharmi tapasa visvam
viryam me duscaram tapah

TRADUCTION

Par cette austérité, Je crée le cosmos, Je le maintiens, et enfin, le rappelle à Moi. C'est donc en l'austérité seule que réside le pouvoir potentiel.

TENEUR ET PORTEE

Il faut, dans la pratique de l'austérité, avoir la ferme résolution de retourner à Dieu, et être prêt à surmonter toutes sortes d'obstacles pour arriver à cette fin. Celui qui aspire à la richesse, au prestige et à la gloire devra lui aussi se soumettre à de rudes austérités, car nul ne peut avoir d'influence en ce monde si ce n'est au prix de sacrifices. Mais pourquoi faudrait-il se plier à une ascèse sévère pour accéder à la perfection du service de dévotion? Tout simplement parce qu'on ne peut à la fois mener une vie tranquille et atteindre la perfection de la réalisation spirituelle. Le Seigneur est plus rusé et plus intelligent qu'aucun autre, et Il désire voir à quel point Son dévot se montre assidu dans l'accomplissement du service de dévotion. Exécuter, quoi qu'il en coûte, l'ordre qui nous vient directement du Seigneur ou par l'intermédiaire du maître spirituel authentique, voilà bien la grande austérité. Celui qui observe ce principe avec rigueur parviendra certes à s'attirer la miséricorde du Seigneur.

VERSET 25

brahmovaca
bhagavan sarva-bhutanam
adhyakso vasthito guham
veda hy apratiruddhena
prajnanena cikirsitam

TRADUCTION

Brahma dit:
O Divin Seigneur, Tu es dans le coeur de chaque être, Toi le guide suprême. De par Ton Intelligence supérieure, Tu saisis sans mal l'effort de chacun.

TENEUR ET PORTEE

La Bhagavad-gita confirme que le Seigneur Se trouve dans le coeur de chaque être et qu'Il y agit comme le témoin de ses actes, le maître et consentant suprême de l'action. En effet, nul ne peut connaître aucun plaisir si le Seigneur n'y consent, mais Lui n'est pas pour autant le bénéficiaire des fruits de l'action matérielle. Lorsque, par exemple, un ivrogne invétéré se présente dans un débit de boisson et demande à boire au maître de céans, celui-ci, jugeant de son état, ne lui permettra qu'une certaine quantité d'alcool. Pareillement, l'univers tout entier est en quelque sorte peuplé d'ivrognes puisque chaque être vivant contemple en lui-même une forme particulière de jouissance matérielle, et chacun désire très fortement voir ses espoirs comblés. Et tout comme un père, le Seigneur tout-puissant, dans Sa grande bienveillance, comble ces désirs puérils de l'être distinct. Mais, en vérité, celui-ci ne connaît aucun plaisir véritable tant que l'animent de tels désirs; il n'obéit ainsi qu'aux seuls caprices de ses sens, mais sans rien y gagner. L'ivrogne, lui non plus, ne gagne rien à boire, mais parce qu'il s'est fait le serviteur de ce vice dont il ne souhaite pas se défaire, le Seigneur, miséricordieux, lui procure toute facilité pour combler ses désirs.

Selon les impersonnalistes, il faudrait se défaire de toute forme de désir; d'autres affirment également que le désir en lui-même est à proscrire. Mais il s'agit bien là d'une chose impossible, car nul ne peut éliminer complètement les désirs puisqu'ils représentent le symptôme même de la vie. Privé du désir, l'être vivant meurt, ce qui est contradictoire. Vivre et désirer vont donc de pair, mais la perfection du désir consiste à vouloir servir le Seigneur. A la fin de la Bhagavad-gita, le Seigneur demande justement que chaque être vivant renonce à tous désirs personnels pour coopérer avec les Siens propres. Brahma y consentit, et c'est pourquoi il lui fut confié la responsabilité de peupler l'univers. Ne plus faire qu'Un avec le Seigneur Suprême consiste donc à unir ses désirs aux Siens. Telle est la perfection de tout désir.

Le Seigneur Se tient dans le coeur de chaque être vivant en tant que l'Ame Suprême et connaît ainsi les pensées de chacun; nul ne peut donc agir à Son insu. De par Son intelligence supérieure, Il donne à chacun l'opportunité de satisfaire pleinement ses désirs, et c'est encore Lui qui accorde les fruits de l'acte.


Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare