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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 2 CHAPITRE 9 Réponses à la lumière de
l'enseignement du Seigneur.
tathapi nathamanasya
natha nathaya nathitam paravare yatha rupe janiyam te tv arupinah
yathatma-maya-yogena
nana-sakty-upabrmhitam vilumpan visrjan grhnan bibhrad atmanam atmana
La manifestation tout entière s'identifie au Seigneur Lui-même puisqu'elle n'est que la diffusion de Ses diverses énergies -soit Ses puissances interne, externe et marginale-, tout comme la lumière du jour est la manifestation de l'énergie du globe solaire. Cette énergie du Seigneur est à la fois identique et distincte de Lui, tout comme le soleil et son rayonnement sont simultanément un et différents. Ces énergies agissent selon un jeu de combinaisons et de permutations qui se produit sous la direction du Seigneur et de Ses assistants, tels Brahma, Visnu et Siva, eux aussi des manifestations du Seigneur. En d'autres mots, rien n'existe hors le Seigneur, et Lui, pourtant, demeure distinct de l'action manifestée. Ces vérités seront révélées dans le cours de l'ouvrage.
kridasy amogha-sankalpa
urnanabhir yathornute tatha tad-visayam dhehi manisam mayi madhava
Par l'énergie inconcevable du Seigneur, chacun des éléments créateurs jouit d'énergies ou de facultés qui lui sont propres; il s'agit de l'énergie de l'élément, l'énergie de la connaissance et l'énergie des diverses actions et de leurs suites. La combinaison de ces énergies potentielles du Seigneur permet que la création, le maintien et l'annihilation se manifestent en temps voulu grâce à des intermédiaires tels Brahma, Visnu et Mahesvara; en effet, Brahma crée, Visnu maintient et Siva détruit. Cependant, tous les trois, ainsi que les énergies créatrices, émanent du Seigneur. Par conséquent, rien n'existe hors le Seigneur, source unique et suprême de toutes variétés. L'exemple de l'araignée, qu'utilise notre verset, est fort à propos. L'araignée crée sa toile, c'est également elle qui la maintient et, dès qu'elle le désire, elle la résorbe en elle-même. De plus, l'araignée se cache dans sa toile. Or, si une minuscule araignée a le pouvoir d'agir ainsi, selon qu'elle le désire, pourquoi l'Etre Souverain ne pourrait-Il pas assurer la création, le maintien et la destruction des manifestations cosmiques, selon Sa volonté suprême? Par la miséricorde du Seigneur, un bhakta, -comme Brahma ou quiconque appartient à sa lignée disciplique- est à même de comprendre comment la toute-puissante Personne Divine Se livre éternellement à Ses Divertissements spirituels et absolus dans le cadre de Ses diverses énergies.
bhagavac-chiksitam aham
karavani hy atandritah nehamanah praja-sargam badhyeyam yad-anugrahat
Brahmaji ne veut pas devenir un esprit spéculatif assujetti à la matière et qui ne compte que sur la force de son propre savoir. Dans chacun de ses actes, l'être distinct n'est qu'un instrument, et tous devraient avoir pleinement conscience de ce fait. L'âme conditionnée agit tel un instrument dans les mains de l'énergie externe, gunamayi maya, ou l'énergie illusoire du Seigneur, mais l'âme libérée, elle, se fait directement l'instrument de Sa volonté, ce qui correspond à la position naturelle et originelle de l'être distinct. Agir sous la dictée de l'énergie illusoire du Seigneur ne contribue qu'à asservir l'être à la matière. Ainsi conditionné, ce dernier se perd en conjectures sur la Vérité Absolue et Ses diverses Activités. L'être libéré, lui, reçoit sa connaissance directement du Seigneur; ses actes sont donc parfaits, libres de toute tendance spéculative. La Bhagavad-gita (X.10-11) établit clairement que les purs dévots du Seigneur, qui s'absorbent sans cesse dans Son service d'amour absolu, sont directement guidés par Dieu en sorte qu'ils progressent sans défaillir sur la voie du retour au royaume de Dieu, leur demeure véritable. Aussi les bhaktas ne tirent-ils aucun orgueil de leur avancement manifeste et authentique, tandis que les abhaktas partisans du raisonnement demeurent dans les ténèbres de l'énergie illusoire et se montrent très fiers du savoir trompeur qu'ils ont acquis par la force de leurs élucubrations intellectuelles, sans avoir suivi aucune voie définie. Brahma voulait être sauvé du piège de l'orgueil, et il occupait pourtant la position la plus prestigieuse dans l'univers.
yavat sakha sakhyur ivesa te krtah
praja-visarge vibhajami bho janam aviklavas te parikarmani sthito ma me samunnaddha-mado ja maninah
Il ne fait aucun doute que Brahma entretient une relation d'amitié avec le Seigneur. Chaque être distinct est éternellement lié à Dieu, la Personne Supême, par l'un des cinq rasas spirituels qui ont nom santa, dasya, sakhya, vatsalya et madhurya, ce dont nous avons d'ailleurs traité précédemment. Ce verset nous montre donc clairement que c'est un sentiment d'amitié qui lie Brahma au Seigneur. Quelle que soit la relation qu'un pur bhakta entretienne avec le Seigneur -Le verrait-il même comme son fils-, jamais il ne cesse d'être Son serviteur absolu. Nul n'est supérieur ni même égal au Seigneur; tel est le verdict de la Bhagavad-gita. Bien qu'un sentiment d'amitié spirituelle unisse éternellement Brahmaji au Seigneur, et bien que Brahma se voit confier le rôle prestigieux de créateur des différentes espèces vivantes, il n'en reste pas moins conscient de sa position: il n'est ni le Seigneur Suprême, ni le plus puissant. Il peut arriver qu'un grand personnage de ce monde ou d'ailleurs fasse montre de plus de puissance que le Seigneur Lui-même, mais le pur bhakta sait bien qu'en réalité, ce pouvoir, ou vibhuti, lui a été conféré par le Seigneur, et que cet être investi de puissance ne saurait en aucun cas agir de lui-même. Sri Hanumanji traversa l'océan Indien en le franchissant d'un bond, alors que Sri Ramacandra dut emprunter un pont; mais cela n'indique nullement qu'Hanumanji soit plus puissant que le Seigneur. Dieu accorde parfois d'extraordinaires pouvoirs à Son dévot, mais toujours le bhakta garde conscience que ce pouvoir provient de la Personne Suprême et Absolue, et qu'il n'est lui-même qu'un instrument dans Sa main. Jamais le pur dévot du Seigneur n'est orgueilleux comme le sont les abhaktas, qui s'imaginent être Dieu. Il est stupéfiant de voir comment une personne qui est rabrouée à chaque instant par les lois de l'énergie illusoire du Seigneur commet néanmoins l'erreur de penser qu'elle peut devenir l'égale du Seigneur. Voilà bien le dernier piège que l'énergie illusoire tend à l'âme conditionnée. La première illusion consiste à vouloir devenir le seigneur et maître du monde matériel par l'acquisition de richesses et de puissance, mais lorsque l'être conditionné se voit frustré dans cette tentative, il désire alors ne plus faire qu'Un avec le Seigneur. Ces deux tendances, -vouloir devenir l'homme le plus puissant du monde et désirer ne plus faire qu'Un avec le Seigneur- représentent donc différents pièges de l'illusion, mais parce que les purs dévots du Seigneur sont des âmes soumises, ils demeurent hors d'atteinte de maya. Brahma est lui-même un pur bhakta, et bien qu'il soit la plus importante divinité à régner sur ce monde matériel, et donc capable d'accomplir nombre de merveilles, jamais il n'aurait l'audace de penser qu'il puisse devenir l'égal du Seigneur, comme le font les abhaktas dotés d'un pauvre fonds de connaissance. Ceux qui font preuve d'un tel manque de savoir devraient prendre exemple sur Brahma lorsque l'illusion de devenir Dieu les remplit d'orgueil. En fait, Brahma ne crée pas les êtres vivants. En effet, au début de la création, le Seigneur lui confère la puissance d'attribuer aux êtres distincts diverses enveloppes corporelles qui correspondent aux actes qu'ils accomplirent lors de l'âge précédent. Son devoir ne consiste donc qu'à tirer les êtres de leur profond sommeil et à les engager dans leurs fonctions respectives. Ce n'est pas au gré de sa fantaisie que Brahmâji crée les diverses catégories d'êtres vivants; bien au contraire, les corps dont il doit revêtir les êtres doivent le permettre d'agir en fonction de leurs actes passés. Conscient de n'être qu'un instrument, jamais il ne s'identifie au Seigneur Suprême et Tout-puissant. Les bhaktas s'attachent à accomplir le devoir particulier qui leur est tracé par Dieu, et ils s'en acquittent brillamment et sans problème car il leur a été prescrit par le Seigneur. Le mérite du succès ne va pas à l'auteur de l'acte mais au Seigneur. Toutefois, les êtres dotés d'un pauvre fonds de connaissance, s'attribuent tout le mérite de leurs actes et refusent totalement d'y voir la main de la Personne Divine. Voilà bien ce qui caractérise les abhaktas.
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