SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 2
CHAPITRE 9

Réponses à la lumière de
l'enseignement du Seigneur.

VERSET 36

etavad eva jijnasyam
tattva-jijnasunatmanah
anvaya-vyatirekabhyam
yat syat sarvatra sarvada

TRADUCTION

Celui qui cherche à connaître la Vérité Absolue, la Divine Personne Suprême, doit assurément s'en enquérir en toutes circonstances, en tout temps et en tout lieu, autant directement qu'indirectement.

TENEUR ET PORTEE

Comme il nous fut révélé dans le verset précédent, l'aboutissement de toute question et le but ultime de tout chercheur consistent à saisir le mystère du bhakti-yoga. Chacun poursuit la réalisation spirituelle en suivant une voie particulière -le karma-yoga, le jnana-yoga, le dhyana-yoga, le raja-yoga, le bhakti-yoga, etc.-, et il va de la responsabilité de tout être doué d'une conscience évoluée de se consacrer à cette quête de soi. Quiconque possède un niveau de conscience suffisamment élevé s'interroge assurément sur le mystère de son identité réelle, sur le cosmos, et sur tous les problèmes de l'existence -sociaux, politiques, économiques, culturels, religieux, moraux, etc.- jusque dans leurs plus subtiles ramifications. Mais ici, nous découvrons le but même de toutes ces questions.

La philosophie du Vedanta-sutra s'ouvre d'ailleurs sur ces questions qui ont trait à la vie, et le Bhagavatam y répond jusqu'à en révéler tous les secrets. Brahma désirait être parfaitement instruit par Dieu, la Personne Suprême, et le Seigneur répondit à son désir en lui donnant ces quatre versets clé, depuis aham eva jusqu'au présent verset. Tel est l'aboutissement de toutes les voies de réalisation spirituelle. Les hommes ignorent que le but ultime de l'existence est Dieu, la Personne Suprême, ou Visnu, car ils sont éblouis par reflet qui luit dans l'obscurité, et c'est ainsi que tous s'enfoncent dans les ténèbres de l'existence matérielle, emportés par leurs sens incontrôlés. Du fait que l'existence matérielle tout entière trouve sa source dans le désir de jouir du plaisir des sens, lequel repose principalement sur le désir sexuel, il résulte que ce même plaisir demeure le but unique vers lequel convergent les activités de tous les êtres de ce monde, et ce, en dépit de tous les progrès de la connaissance. Chacun se doit donc de connaître le véritable but de l'existence, tel qu'il est ici révélé, en interrogeant un maître spirituel authentique et qualifié dans la science du bhakti-yoga, ou en d'autres mots, une personne dont la vie même s'accorde sur l'enseignement du Bhagavatam. Chacun interroge les Ecritures dans un but particulier, mais le Srimad-Bhagavatam répond aux questions de tous ceux qui suivent une voie de réalisation spirituelle. Cette quête du but ultime de l'existence demande sans aucun doute beaucoup d'efforts et de persévérance, et celui qui se pose des questions aussi profondes doit interroger un maître spirituel authentique de la succession disciplique issue de Brahmaji; voilà ce que recommande notre verset. Puisque Dieu, la Personne Suprême, a dévoilé ce mystère à Brahmaji, c'est auprès d'un tel maître spirituel- représentant direct du Seigneur, reconnu par ce lignage disciplique-, qu'il faudra chercher la révélation du secret vers quoi tendent toutes questions concernant la réalisation spirituelle. Certes, ce maître spirituel authentique est à même d'élucider tout ce qui touche à ce domaine en s'appuyant directement et indirectement sur les Ecritures révélées. Bien que chacun soit libre, à cet égard, de consulter les Ecritures, ce verset stipule qu'il est néanmoins nécessaire de se placer sous la tutelle d'un maître spirituel authentique. Celui-ci est un envoyé du Seigneur, Son plus intime serviteur, et il convient de recevoir ses instructions dans le même état d'esprit que Brahmaji, lorsque ce dernier les reçut de la Personne Suprême, Sri Krsna. Le maître spirituel authentique appartenant à cette filiation disciplique reconnue ne prétend jamais être lui-même Dieu, bien qu'il dépasse en quelque sorte le Seigneur, en ce qu'il peut Le rendre accessible de par sa réalisation personnelle. Nul ne peut connaître le Seigneur par la force de son seul savoir ou de son imagination fertile, mais le chercheur sincère y parviendra assurément par la médiation du maître spirituel authentique qui agit comme intermédiaire "transparent".

Les Ecritures révélées guident l'homme directement vers ce but, mais parce que, dans leur égarement, les êtres distincts sont aveuglés par le reflet qui miroite dans les ténèbres, ils restent incapables de saisir l'essence des textes sacrés. La Bhagavad-gita, par exemple, est tout entière centrée sur la sublime Personne de Sri Krsna, mais par manque de maître spirituel authentique issu de la lignée de Brahmaji ou d'Arjuna, lequel reçut directement cet enseignement, nombre d'individus non habilités et qui n'ont d'autres soucis que de satisfaire leurs caprices ont présenté diverses interprétations qui changent la teneur de cette connaissance révélée. Certes, la Bhagavad-gita est tenue pour l'une des étoiles les plus brillantes sur l'horizon du ciel spirituel, mais les interprétations qu'on a faites de ce prestigieux traité de connaissance en ont tant déformé le sens que tous ceux qui ont étudié Bhagavad-gita sont restés enfouis dans ces mêmes ténèbres où ne miroitent que des reflets matériels. A vrai dire, la Gita contient le même enseignement que nous offrent les quatre versets originels du Bhagavatam, mais les fausses versions de commentateurs sans scrupules qui l'interprètent au goût du jour empêchent d'en atteindre la conclusion ultime. Pourtant, la Bhagavad-gita (XVIII.61) enseigne clairement:

isvarah sarva-bhutanam
hrd-dese rjuna tisthati
bhramayan sarva-bhutani
yantrarudhani mayaya

Le Seigneur habite le coeur de tous les êtres vivants (en tant que Paramatma), et de tous Il dirige les errances en ce monde matériel par l'intermédiaire de Son énergie externe. Il est donc clair que le Seigneur est ce maître souverain sous lequel se trouvent placés les êtres distincts. Dans cette même Bhagavad-gita (XVIII.65), Krsna donne également la recommandation suivante:

man-mana bhava mad-bhakto
mad-yaji mam namaskuru
mam evaisyasi satyam te
pratijane priyo si me

Comme le montre clairement ce verset de la Bhagavad-gita, le Seigneur, Sri Krsna, demande que l'on absorbe ses pensées en Dieu, que l'on devienne dévot de Sa Personne, Lui vouant toute adoration et tout respect. Le bhakta qui se conforme à cette instruction retournera sans aucun doute auprès de Dieu, en sa demeure originelle.

Il nous est ici indirectement révélé que l'édifice social védique tout entier est conçu de façon à permettre à chacun d'y agir en tant que partie intégrante de l'ensemble du Corps du Seigneur. Le groupe des hommes d'intelligence, les brahmanas, correspondrait au visage du Seigneur; celui des dirigeants, les ksatriyas, à Ses bras; celui des producteurs, les vaisyas, à Sa taille et le groupe des travailleurs, les sudras, aux jambes du Seigneur. C'est ainsi que l'édifice social dans son ensemble représente le Corps du Seigneur, et toutes les parties de ce corps, soit les brahmanas, les ksatriyas, les vaisyas et les sudras, sont faites pour servir conjointement la totalité de ce Corps, faute de quoi leur action ne pourra être coordonnée par l'unité de la conscience suprême. Ce service que tous doivent harmonieusement offrir à Dieu, la Personne Suprême, donne en vérité de parvenir à la conscience universelle; la seule voie qui assure une perfection totale. Voilà pourquoi même les grands savants, philosophes, penseurs, politiciens, industriels, réformateurs et autres demeurent impuissants devant les problèmes qui harcèlent constamment les êtres en ce monde matériel. Ils ignorent que, pour accéder au secret de la réussite, il faut pénétrer le mystère du bhakti-yoga, ce que révèle notre verset. La Bhagavad-gita (VII.15) déclare également à ce propos:

na mam duskrtino mudhah
prapadyante naradhamah
mayayapahrta-jnana
asuram bhavam asritah

Plongés dans la confusion par l'énergie externe du Seigneur, les prétendus dirigeants de la société ignorent cette science prestigieuse du bhakti-yoga et se consacrent constamment à des activités ignobles visant le plaisir des sens; de ce fait, ils s'obstinent dans leur rébellion contre la suprématie de Dieu et n'acceptent jamais de s'abandonner à Lui, car il s'agit bien d'insensés, de mécréants et des plus déchus d'entre les hommes. Même si ces athées s'avèrent très instruits d'un point de vue matériel, ils demeurent les plus sots d'entre les hommes puisque, sous l'influence de la nature matérielle, de l'énergie externe, toute la prétendue connaissance qu'ils ont accumulée sombre dans la vanité. Ainsi, dans la conjoncture actuelle, ces chiens et chats qui se querellent pour garantir le plaisir de leurs sens font un mauvais usage du progrès des connaissances, gâchant ainsi tout le savoir acquis dans le domaine de la science, de la philosophie, des beaux-arts, du nationalisme, de l'expansion économique, de la religion et autres importants secteurs d'activité; finalement, ce savoir ne sert plus que de parure à des cadavres. Les ornements que l'on place sur un cadavre s'avéreront tout à fait vains, sauf, peut-être, qu'ils feront bon effet auprès d'un public ignorant. Le Srimad-Bhagavatam souligne donc à maintes reprises que toute activité accomplie par l'homme se résume à un échec total s'il ne parvient pas au niveau du bhakti-yoga. Dans le Srimad-Bhagavatam (5.5.5), on trouve le verset suivant:

parabhavas tavad abodha-jato
yavan na jijnasata atma-tattvam
yavat kriyas tavad idam mano vai
karmatmakam yena sarira-bandhah

Tant que l'être demeure insensible à la quête spirituelle, ses activités matérielles, si importantes soient-elles, ne correspondent toutes qu'à diverses formes de défaites, car, vaines et indésirables, elles ne servent pas le but de la vie humaine. La forme humaine est faite pour se libérer de l'asservissement matériel, mais tant que l'homme demeurera absorbé en l'action intéressée, ses pensées seront toujours emportées dans le tourbillon de l'énergie matérielle, d'où son emprisonnement successif en divers corps de matière. Le Bhagavatam (5.5.6) déclare ensuite:

evam manah karma-vasam prayunkte
avidyayatmany upadhiyamane
pritir na yavan mayi vasudeve
na mucyate deha-yogena tavat

C'est le mental qui engendre les différents corps que devra revêtir l'être pour subir diverses formes de souffrances matérielles. Il est donc clair que tant que la pensée se tourne vers l'action intéressée, l'homme demeure absorbé dans l'ignorance; ainsi conditionné, il se condamne certes à subir les chaînes de la matière en revêtant divers corps, vie après vie, jusqu'à ce qu'il développe un amour purement spirituel pour Dieu, Vasudeva, la Personne Suprême. En effet, lorsqu'on s'absorbe dans le Nom, les Attributs, la Forme et les Activités du Seigneur, Vasudeva, la pensée s'élève ainsi de la matière au savoir absolu; alors s'ouvre la voie de la réalisation spirituelle et cesse l'emprise de la matière, le joug des emprisonnements successifs en différents corps matériels.

Voilà donc pourquoi Srila Jiva Gosvami Prabhupada explique, en rapport avec l'expression sarvatra sarvada, que les principes du bhakti-yoga, du service de dévotion offert au Seigneur, s'avèrent toujours opportuns, quelles que soient les circonstances. Bref, le bhakti-yoga, préconisé dans toutes les Ecritures révélées et pratiqué par toutes les autorités spirituelles, garde toute sa valeur quelles que soient les circonstances de temps et de lieu. Jiva Gosvami cite à propos des Ecritures révélées ce passage relatif à Brahma et à Narada:

samsare smin maha-ghore
janma-mrtyu-samakule
pujanam vasudevasya
tarakam vadibhih smrtam

En ce monde matériel qui n'offre que dangers, ténèbres et diverses angoisses auxquels s'ajoutent la naissance et la mort, la seule façon d'échapper à ce terrible engrenage consiste à emprunter la voie du service d'amour absolu offert à la Personne Suprême, Vasudeva; ce que reconnaissent les philosophes de toutes les écoles.

Srila Jiva Gosvami cite également cet autre passage bien connu que l'on retrouve dans trois Puranas, nommément le Padma Purana, le Skanda Purana et le Linga Purana:

alodya sarva-sastrani
vicarya ca punah punah
idam ekam sunispannam
dhyeyo narayanah sada

''Après un examen minutieux et maintes analyses de toutes les Ecritures révélées, il a maintenant été conclu que Narayana est la Vérité Suprême et Absolue; c'est donc Lui qu'il faut adorer, et Lui seul."

Le Garuda Purana énonce lui aussi de façon indirecte cette même vérité:

param gato pi vedanam
sarva-sastrartha-vedy api
yo na sarvesvare bhaktas
tam vidyat purusadhamam

"Aurait-il parcouru d'un bout à l'autre tous les Vedas et posséderait-il une connaissance parfaite de toutes les Ecritures révélées, celui qui n'est pas titi un dévot du Seigneur doit être tenu pour le plus déchu d'entre les hommes." On trouve également cette confirmation indirecte dans le Srimad-Bhagavatam (5.18.12):

yasyasti bhaktir bhagavaty akincana
sarvair gunais tatra samasate surah
harav abhaktasya kuto mahad-guna
mano-rathenasati dhavato bahih

L'homme qu'anime une dévotion constante pour Dieu, la Personne Suprême, possède assurément toutes les qualités des devas, mais celui qui, au contraire, ne se voue pas au Seigneur se voit contraint d'errer dans les régions obscures de la spéculation intellectuelle et d'ainsi vivre pour le monde du temporaire. Le Srimad-Bhagavatam (11.11.18) dit encore:

sabda-brahmani nisnato
na nisnayat pare yadi
sramas tasya srama-phalo
hy adhenum iva raksatah

"Posséder une pleine connaissance de tout l'enseignement spirituel des Vedas sans pour cela accéder à la connaissance du Suprême, revient à porter un fardeau de bête de somme ou à garder une vache qui ne donne pas de lait."

Le Srimad-Bhagavatam (2.7.46) précise également que tous ont qualité pour s'engager dans le service d'amour spirituel du Seigneur, y compris les femmes, les sudras, les primitifs de la jungle ou toute autre personne née dans des conditions déméritoires.

te vai vidanty atitaranti ca deva-mayam
stri-sudra-huna-sabara api papa-jivah
yady adbhuta-krama-parayana-silasiksas
tiryag-jana api kimu sruta-dharana ye

Le plus déchu d'entre les hommes peut se voir élevé au plus haut stade de la dévotion s'il est éduqué par un maître spirituel authentique qui possède une connaissance parfaite du service d'amour absolu offert au Seigneur. Et si cela est vrai pour le plus déchu, que dire alors du plus élevé d'entre les hommes, de celui qui est parfaitement versé dans le savoir védique? En conclusion, le service de dévotion est offert à tous sans discrimination, ce qui confirme bien qu'il conviendra à quiconque en emprunte la voie. Le service de dévotion offert au Seigneur, accompli dans une parfaite connaissance et sous la direction d'un maître spirituel authentique, est donc préconisé pour tous, sans même être réservé aux seuls êtres humains. Ce que confirme le Garuda Purana:

kita-paksi-mrganam ca
harau sannyasta-cetasam
urdhvam eva gatim manye
kim punar jnaninam nrnam

''Même les vers, les oiseaux et les animaux sauvages sont assurés d'atteindre la plus haute perfection de l'existence s'ils s'abandonnent au service d'amour absolu offert au Seigneur; que dire alors de ceux qui, parmi les hommes, maîtrisent la philosophie?"

Il est donc inutile de rechercher des postulants qualifiés. Qu'ils soient bien éduqués ou non, instruits ou sots, bassement intéressés ou complètement renoncés, déjà libérés ou aspirant à la libération, malhabiles ou adroits dans le service de dévotion, tous peuvent se voir élevés au plus haut niveau de la perfection par la pratique du service de dévotion, sous la tutelle d'un maître qualifié. Ce que confirme également ces deux versets de la Bhagavad-gita (IX.30-32):

api cet su-duracaro
bhajate mam ananya-bhak
sadhur eva sa mantavyah
samyag vyavasito hi sah

mam hi partha vyapasritya
ye pi syuh papa-yonayah
striyo vaisyas tatha sudras
te pi yanti param gatim

Même s'il se livre à toutes sortes d'actes coupables, celui qui se trouve engagé dans le service d'amour absolu offert au Seigneur, sous la tutelle d'un maître qualifié, doit être, sans nul doute, considéré comme un être d'une parfaite sainteté. Ainsi, tout être quel qu'il soit -la femme déchue, le travailleur de moindre intelligence, le marchand à l'esprit étroit ou un être encore plus bas- peut retourner à Dieu, en sa demeure originelle, et atteindre ainsi la plus haute perfection de l'existence, pourvu qu'il prenne refuge aux pieds pareils-au-lotus du Seigneur, en toute sincérité. Cette ferveur sincère constitue la seule qualité requise pour accéder à cette ultime perfection de l'existence, et tant qu'elle ne sera pas manifestée, la dualité matérielle qui sépare la propreté de la malpropreté, l'érudition du manque d'instruction, subsistera. Par définition, le feu brûle toujours quiconque se hasarderait à y placer la main, et ce, sans distinction aucune. L'aphorisme harir harati papani dusta-cittair api smrtah illustre bien ce principe: le Seigneur tout-puissant peut purifier le bhakta des suites de tous ses actes pécheurs, comme le soleil peut stériliser toute infection de par la puissance de ses rayons. Il est également dit: "Les plaisirs matériels ne sauraient exercer d'attrait sur un pur dévot du Seigneur". Ainsi les Ecritures révélées contiennent-elles des centaines et des milliers de tels aphorismes. Atmaramas ca munayah: "Même les âmes réalisées subissent l'attrait du service d'amour absolu offert au Seigneur." Kecit kevalaya bhaktya vasudeva-parayanah: "Le simple fait de chanter les gloires du Seigneur et de leur prêter une oreille attentive donne de devenir un grand dévot de Vasudeva." Na calati bhagavat-padaravindal lavanimisardham api sa vaisnavagryah: "Celui qui ne quitte jamais les pieds pareils-au-lotus du Seigneur, fût-ce pour un seul instant, doit être tenu pour le plus grand d'entre tous les vaisnavas." Bhagavat-parsadatam prapte mat-sevaya pratitam te: "Les purs dévots du Seigneur ont la conviction qu'ils goûteront la compagnie de Dieu, la Personne Suprême; aussi s'absorbent-ils constamment dans Son service d'amour absolu". Le bhakti-yoga se pratique donc sur tous les continents et sur toutes les planètes, dans tous les univers. Tel est le verdict du Srimad-Bhagavatam et des autres Ecritures authentiques: par "en tout lieu", il faut entendre "dans chaque partie de la création du Seigneur". L'homme peut mettre tous ses sens au service de Dieu, ou simplement Le servir par la pensée, comme le faisait ce fameux brahmana du sud de l'Inde qui, lui aussi, put véritablement réaliser le Seigneur. Le succès est assuré pour un bhakta qui engage pleinement ne serait-ce qu'un seul de ses sens dans le service de dévotion. Le Seigneur accepte les offrandes les plus variées et même les plus simples -une fleur, une feuille, un fruit ou un peu d'eau -disponibles par tout l'univers et sans aucun frais. Par exemple, ce service pourra simplement consister à écouter, à chanter ou à lire le récit de Ses Actes, ou encore à L'adorer et à L'accepter comme son seigneur et maître.

Il est également mentionné dans la Bhagavad-gita que l'on peut servir le Seigneur en Lui offrant le fruit de ses actes, peu importe l'activité à laquelle on se livre. Les gens se plaisent à dire que tout ce qu'ils font est inspiré par Dieu, mais on ne peut s'en tenir là, car il nous faut véritablement agir pour la satisfaction du Seigneur, tel un serviteur de Sa Personne. Celui-ci déclare dans la Bhagavad-gita (IX.27):

yat karosi yad asnasi
yaj juhosi dadasi yat
yat tapasyasi kaunteya
tat kurusva mad-arpanam

Faites ce qui vous plaît ou ce qui vous est facile de faire, mangez ce que vous voulez, sacrifiez et donnez en charité ce que vous pourrez, et accomplissez les austérités qui vous conviennent, mais que tout cela soit fait pour Sa seule satisfaction. Que vous soyiez dans les affaires ou que vous pratiquiez un métier, que ce soit pour le compte du Seigneur. Quoi que vous mangiez, offrez d'abord ces aliments au Seigneur et sachez bien qu'Il rendra intacte cette nourriture après l'avoir Lui-même mangée. Dieu est le Tout complet, et s'Il mange l'offrande que Son dévot Lui présente avec amour, c'est pour la retourner sous forme de prasada, à la joie du bhakta, qui pourra alors honorer les reliefs sanctifiés du repas du Seigneur. En d'autres mots, devenez un serviteur de Dieu, vivez en paix dans cette conscience, et à la fin vous retournerez à Dieu, en votre demeure originelle.
On lit dans le Skanda Purana:

yasya smrtya ca namoktya
tapo-yajna-kriyadisu
nunam sampurnatam eti
sadyo vande tam acyutam

"A Lui mon hommage, à Lui, l'Infaillible, car il suffit de se souvenir de Sa Personne ou de prononcer Son Saint Nom pour connaître la perfection de toute austérité, sacrifice ou acte intéressé, et tous peuvent emprunter cette voie universelle." Pareillement, le Bhagavatam (2.3.10) enseigne:

akamah sarva-kamo va
moksa-kama udara-dhih
tivrena bhakti-yogena
yajeta purusam param

"Qu'il soit rongé par le désir ou qu'il en soit libéré, cette voie infaillible du bhakti-yoga conduira l'homme vers la perfection absolue." Il est inutile de se préoccuper de satisfaire chaque deva et déesse de l'univers car leur racine commune n'est autre que Dieu, la Personne Suprême. Ainsi, tout comme en arrosant la racine d'un arbre celui-ci est nourri jusque dans ses branches et dans chacune de ses feuilles, en servant le Seigneur Suprême l'être contribue naturellement à la satisfaction de tous les devas et déesses, sans avoir à les servir séparément. Le Seigneur est omniprésent, et de même le service que Lui mi offre Son dévot; ce que corrobore le Skanda Purana en ces termes:

arcite deva-devese
sankha-cakra-gada-dhare
arcitah sarva-devah syur
yatah sarva-gato harih

L'adoration offerte au Seigneur Suprême, l'Absolue Personne Divine qui porte en Ses mains une conque, un disque, une masse et une fleur de lotus, inclut certes l'adoration de tous les devas puisque Hari, Dieu, la Personne Suprême, est omniprésent. Par suite, que ce soit au nominatif, au vocatif, à l'accusatif, au génitif, au datif ou à l'ablatif, chacun sera comblé par ce service d'amour absolu. Celui-ci s'avérera bénéfique autant pour l'homme -qui fait acte d'adoration- que pour le Seigneur -l'objet de l'adoration-; il servira également le but de cette adoration, celui qui fournit la matière de l'offrande, l'endroit où l'on accomplit cette offrande et tout ce qui s'y rattache.

La voie du bhakti-yoga demeure ouverte même quand survient l'anéantissement de l'univers matériel. Kalena nasta pralaye vainiyam: on adore le Seigneur parce qu'Il sauve les Vedas de la destruction. De plus, chaque âge, ou yuga, présente une forme d'adoration particulière qui lui convient; ce que corrobore le Srimad-Bhagavatam (12.3.52):

krte yad dhyayato visnum
tretayam yajato makhaih
dvapare paricaryayam
kalau tad dhari-kirtanat

D'autre part, nous lisons dans le Visnu Purana:

sa hanis tan mahac chidram
sa mohah sa ca vibhramah
yan-muhurtam ksanam vapi
vasudevam na cintayet

"Perdre ne serait-ce qu'un seul instant le souvenir de Vasudeva, Dieu, la Personne Suprême, correspond à la plus grande perte, à la plus grande illusion, et à la plus grande anomalie." (sic) On peut également adorer le Seigneur à toutes les étapes de la vie. Par exemple, Maharaja Prahlada et Maharaja Pariksit adoraient le Seigneur alors même qu'ils se trouvaient encore dans le ventre de leur mère; Dhruva Maharaja Lui voua son adoration dès son enfance, à peine âgé de cinq ans; Maharaja Ambarisa L'adora durant sa jeunesse; Maharaja Dhrtarastra, à l'étape ultime de sa vie de frustration; Ajamila, à l'instant de sa mort, et Citraketu, depuis le royaume édénique jusqu'en enfer. Le Narasimha Purana précise que lorsque les damnés se mirent à chanter le Saint Nom du Seigneur, ils s'élevèrent depuis les enfers jusqu'au royaume édénique, ce que Durvasa Muni lui-même confirma: mucyeta yan-namny udite narako pi, "Il a suffi aux habitants de l'enfer de chanter le Saint Nom du Seigneur pour qu'ils se voient affranchis de leurs persécutions." Le Srimad-Bhagavatam (2.1.11) présente la conclusion suivante lorsqu'il rapporte ces paroles de Sukadeva Gosvami à Maharaja Pariksit:

etan nirvidyamananam
icchatam akuto-bhayam
yoginam nrpa nirnitam
harer namanukirtanam

"O roi, sache qu'en fin de compte, tous, autant les sannyasis qui ont adopté l'ordre du renoncement que les yogis qui recherchent les pouvoirs surnaturels ou que ceux qui demeurent attachés aux fruits de leurs actes, tous donc doivent sans crainte chanter le Saint Nom du Seigneur pour voir leurs efforts couronnés de succès."

De semblables assertions se retrouvent en maints endroits dans les Ecritures révélées:

1. Serait-il parfaitement versé dans les Ecritures, celui qui n'est pas un dévot du Seigneur Suprême, l'Absolue Personne Divine, doit être considéré comme le plus déchu d'entre les hommes.

2. Le Garuda Purana, le Brhan-naradiya Purana et le Padma Purana énoncent le même verdict: à quoi servent la connaissance védique et l'austérité si l'on ignore le service de dévotion offert au Seigneur?

3. Des milliers de Prajapatis ne sauraient être comparés à un seul dévot du Seigneur.

4. Sukadeva Gosvami déclare dans le Bhagavatam (2.4.17) que ni les ascètes, ni les magnanimes, ni les glorieux, ni les grands philosophes, ni les grands maîtres de l'occultisme, que personne, donc, ne peut atteindre le but tant souhaité sans être engagé dans la voie du service offert au Seigneur.

5. Se trouverait-on en un lieu plus glorieux que le royaume édénique, si l'on n'y glorifie pas le Seigneur de Vaikuntha ou Son pur dévot, il faut sur-le-champ quitter cet endroit.

6. Les purs dévots du Seigneur n'acceptent aucune des cinq formes de libération car ils ne désirent qu'être engagés dans le service du Seigneur.

En conclusion, les gloires du Seigneur doivent être proclamées en toutes circonstances et en tout lieu. Il faut écouter Ses gloires, les chanter et toujours se les rappeler car telle est la plus haute perfection de l'existence. L'action intéressée ne contribue qu'à satisfaire le corps; le yoga, lui, se limite à l'acquisition de pouvoirs surnaturels; quant à la philosophie empirique, elle ne permet pas de dépasser le niveau de la connaissance spirituelle; et pour ce qui est de cette connaissance spirituelle, elle ne peut offrir davantage que la libération. De plus, celui qui adopte l'une de ces voies est presque assuré de buter contre de nombreux obstacles. Mais celui qui emprunte la voie du service de dévotion ne sera limité d'aucune façon et ne craindra pas l'échec, car celle-ci conduit à coup sûr au but ultime de l'existence, par la grâce du Seigneur. Si la phase préliminaire du service dévotionnel semble exiger une certaine connaissance, celle-ci devient inutile à un stade ultérieur. La voie la meilleure et la plus sûre pour progresser vers la perfection est donc celle du bhakti-yoga, service de dévotion pur.

Bien que les versets 33 à 36 forment la quintessence du Srimad-Bhagavatam, les impersonnalistes en offrent parfois diverses interprétantions qui servent leurs propres vues. Il nous faut toutefois noter avec soin que ces quatre slokas furent d'abord énoncés par Dieu Lui-même, ce qui rend les impersonnalistes tout à fait inaptes à en pénétrer le sens, puisqu'ils n'ont aucune notion de Dieu en tant que Personne. Aussi, s'évertueraient-ils à en tirer diverses interprétations, celles-ci ne seraient jamais reconnues par ceux qui appartiennent à la succession disciplique issue de Brahma; c'est là ce que développeront les prochains versets. Par ailleurs, la sruti confirme que Dieu, Personne Suprême et Vérité Absolue, ne Se révèle jamais à quiconque tire un vain orgueil de sa connaissance profane. Le sruti-mantra (Katha Upanisad,1.2.23) dit clairement:

nayam atma pravacanena labhyo
na medhaya na bahudha srutena
yam evaisa vrnute tena labhyas
tasyaisa atma vivrnute tanum svam

Le Seigneur a Lui-même tout expliqué, et rares ceux qui, privés de toute connaissance du Seigneur dans Son aspect personnel, sont à même de pénétrer le Srimad-Bhagavatam sans avoir été instruits par les bhagavatas appartenant à la succession disciplique.

VERSET 37

etan matam samatistha
paramena samadhina
bhavan kalpa-vikalpesu
na vimuhyati karhicit

TRADUCTION

O Brahma, il te suffit d'adhérer à cette conclusion en y fixant ta pensée; ainsi nulle trace d'orgueil ne viendra te souiller, ni durant la destruction partielle, ni lorsque viendra la fin des temps.

TENEUR ET PORTEE

Tout comme la Bhagavad-gita se trouve résumée par le Seigneur Suprême, Sri Krsna, dans les quatre versets du dixième chapitre commençant par aham sarvasya prabhavah, le Srimad-Bhagavatam tout entier est lui aussi résumé dans les quatre versets précédents (les versets 33 à 36). Ainsi Sri Krsna, la source originelle du Srimad-Bhagavatam ainsi que de la Bhagavad-gita, explique-t-Il Lui-même les voies secrètes de la sublime conclusion bhagavata. Nombre de grammairiens et d'abhaktas fervents de la spéculation profane ont essayé de présenter de fausses interprétations de ces quatre versets du Srimad-Bhagavatam, mais le Seigneur Lui-même recommanda à Brahmaji de ne pas dévier de la conclusion ultime et irrévocable qu'Il lui avait révélée. C'est Lui qui enseigna le Srimad-Bhagavatam résumé en quatre versets, et Brahma reçut cette forme concise du savoir spirituel. Les interprétations grammaticales et recherchées du mot aham, offertes par les impersonnalistes, ne devraient pas troubler l'esprit de ceux qui adhèrent rigoureusement à la doctrine du Srimad-Bhagavatam. Cette oeuvre est consacrée à Dieu, la Personne Suprême, et à Ses purs dévots, les bhagavatas, et nulle personne étrangère à ce cercle ne devrait avoir accès à cet Ecrit intime sur le service de dévotion. Malheureusement, sans avoir établi le moindre lien avec Dieu, la Personne Suprême, les impersonnalistes usent parfois de leurs maigres connaissances grammaticales et de leurs arides spéculations pour essayer d'interpréter le Srimad-Bhagavatam. Aussi, comme le Seigneur le souligne à Brahma (et à travers lui, à tous les futurs bhaktas de la Brahma-sampradaya), on ne doit jamais se laisser fourvoyer par l'interprétation de prétendus grammairiens et autres hommes dotés d'un pauvre fonds de connaissance. Bien au contraire, il faut toujours garder sa pensée fixée sur la juste conclusion transmise par voie parampara. Nul n'a le droit de chercher une nouvelle interprétation fondée sur une connaissance spéculative purement matérielle. Quant à suivre la voie d'acquisition de la connaissance que Brahma fut le premier à recevoir, la première étape sera d'approcher un guru authentique, qui représente le Seigneur à travers la voie de la parampara, et, répétons-le, nul ne doit émettre ses propres conclusions, lesquelles relèvent toutes d'un savoir matériel imparfait. Le maître spirituel authentique, le guru, est compétent pour guider son disciple sur la juste voie car il fonde son enseignement sur l'ensemble des Ecritures védiques authentiques, et jamais il ne tentera d'impressionner par des interprétations grammaticales recherchées. De par son exemple personnel, il enseigne à son disciple les principes du service de dévotion. Sans un tel service personnel, l'homme continuerait à se perdre en de vaines théories vie après vie, comme le font les impersonnalistes et les penseurs insipides; jamais il ne pourrait atteindre à la conclusion finale. Par contre, le disciple qui adhère conjointement aux instructions d'un maître spirituel authentique et aux principes des Ecritures révélées accédera au niveau du savoir complet et absolu, ce que prouvera le fait qu'il se détache progressivement de ce monde du plaisir des sens, surprenant par là les raisonneurs profanes, pour lesquels toute tentative visant à réaliser Dieu relève du mysticisme le plus obscur. Ce détachement du plaisir des sens correspond au niveau de réalisation dit brahma-bhuta, l'étape préliminaire du service de dévotion absolu, ou para-bhaktih. L'être situé au niveau du brahma-bhuta ou atmarama, jouit d'une paix intérieure parfaite et n'aspire donc nullement aux plaisirs de ce monde. C'est précisément à ce stade qu'il devient à même de saisir le savoir transcendant lié à Dieu, la Personne Suprême. Le Srimad-Bhagavatam (1.2.20) affirme:

evam prasanna-manaso
bhagavad-bhakti-yogatah
bhagavat-tattva-vijnanam
mukta-sangasya jayate

Ainsi, l'âme libérée qui, grâce à la pratique du service de dévotion, connaît cet état de plénitude, lequel se manifeste par un détachement total de ce monde des plaisirs matériels, accède au mystère de la science de Dieu, quand celui-ci demeure impénétrable pour les partisans de la grammaire et de la spéculation intellectuelle. Brahma sut plaire au Seigneur en s'élevant à ce niveau qui le rendait apte à recevoir un tel secret, et le Seigneur lui révéla donc le but du Srimad-Bhagavatam. Or, tout bhakta qui se montre détaché des plaisirs de ce monde peut lui aussi recevoir, par voie directe, l'enseignement du Seigneur, comme le confirme d'ailleurs la Bhagavad-gita (X.10):

tesam satata-yuktanam
bhajatam priti-purvakam
dadami buddhi-yogam tam
yena mam upayanti te

A ceux qui toujours Le servent avec amour et dévotion, le Seigneur, de par Sa miséricorde sans cause, révèle Ses instructions par voie directe, ce qui leur permet de progresser de façon certaine sur la voie qui les ramène au royaume de Dieu. Il ne faut donc pas essayer de comprendre ces quatre versets du Srimad-Bhagavatam par le biais de la spéculation intellectuelle. De fait, en réalisant directement la Personne même de Dieu, l'être devient à même de connaître tout ce qui a trait à Sa demeure, Vaikuntha. Brahmaji put directement contempler ce royaume de Vaikuntha, et une telle réalisation est accesible à tout dévot du Seigneur ayant atteint le niveau de la Transcendance, grâce à la pratique du service de dévotion.

On lit dans la Gopala-tapani Upanisad (sruti), gopa-veso me purusah purastad avirbabhuva: le Seigneur apparut à Brahma sous les traits d'un jeune pâtre, soit dans Sa Forme originelle, celle de Sri Krsna, Govinda, dont Brahmaji offrira plus tard la suivante description dans sa Brahma-samhita (5.29):

cintamani-prakara-sadmasu kalpavrksa-
laksavrtesu surabhir abhipalayantam
laksmi-sahasra-sata-sambhrama-sevyamanam
govindam adi-purusam tam aham bhajami

Brahmaji exprime ici son désir de porter son adoration vers Sri Krsna, le Seigneur originel, qui à Goloka Vrndavana, la planète suprême de Vaikuntha, aime à garder les vaches surabhis sous les traits d'un jeune pâtre, et tout en recevant l'amour et le respect que Lui témoignent les déesses de la fortune, les gopis, en nombre infini.

Krsna est donc le Seigneur Suprême dans Sa Forme originelle (krsnas tu bhagavan svayam), ce que le présent verset met également en évidence. Dieu, la Personne Suprême, n'est autre que Sri Krsna, et Narayana ainsi que les purusa-avataras ne sont que des manifestations secondaires issues de Sa Personne. Par conséquent, le Srimad-Bhagavatam porte sur la conscience de Dieu, Sri Krsna: il incarne le Seigneur dans une forme sonore, et de même pour la Bhagavad-gita. En conclusion, le Srimad-Bhagavatam contient la science de Dieu, science qui confère une parfaite réalisation du Seigneur et de Sa demeure.

VERSET 38

sri-suka uvaca
sampradisyaivam ajano
jananam paramesthinam
pasyatas tasya tad rupam
atmano nyarunad dharih

TRADUCTION

Sukadeva Gosvami dit à Maharaja Pariksit:
Après avoir instruit Brahmaji, le premier de tous les êtres vivants, lui donnant ainsi de contempler Sa Forme spirituelle et absolue, Hari, la Personne Suprême, disparut.

TENEUR ET PORTEE

Ce verset indique clairement que le Seigneur est ajanah, la Personne Suprême, et qu'Il permit à Brahmaji de contempler Sa Forme spirituelle et absolue lorsqu'Il lui révéla les quatre versets originels du Srimad-Bhagavatam. De tous les êtres, ou jananam, Il est le Suprême, l'ajanah. Tous les êtres vivants sont des personnes distinctes les unes des autres, et comme le confirme le sruti-mantra: nityo nityanam cetanas cetananam, Hari, le Seigneur, est la Personne Suprême entre toutes. Ainsi, à l'inverse de l'univers matériel, il n'y a rien d'impersonnel dans le monde spirituel, car l'élément de connaissance ou cetana, s'applique nécessairement à une personne. Dans le monde spirituel, tout est de savoir; par suite, la terre, l'eau, les arbres, les montagnes, les rivières, les hommes, les animaux, les oiseaux, bref, tout ce qui s'y trouve participe de cette même nature dite cetana: tout y est personnel. Ce savoir que nous transmet le Srimad-Bhagavatam, l'Ecrit védique suprême, fut personnellement révélé à Brahmaji par Dieu, la Personne Suprême, de telle sorte que le premier des êtres créés puisse répandre ce message dans tout l'univers et enseigner ainsi la science suprême du bhakti-yoga. Brahmaji transmit donc ce même message du Srimad-Bhagavatam à Narada, son fils bien-aimé, lequel à son tour l'enseigna à Vyasadeva; Sukadeva Gosvami le reçut Vyasadeva et c'est par la miséricorde de Sukadeva Gosvami et de Maharaja Pariksit que le Srimad-Bhagavatam est aujourd'hui connu de nous tous et pour toujours, afin que nous puissions pénétrer la science de la Personne Absolue, Sri Krsna.

VERSET 39

antarhitendriyarthaya
haraye vihitanjalih
sarva-bhutamayo visvam
sasarjedam sa purvavat

TRADUCTION

Lorsque disparut Hari, la Personne Suprême, l'objet de plaisir spirituel et absolu pour les sens des bhaktas, Brahma, les mains jointes, entreprit de recréer l'univers et de le peupler d'êtres vivants, tel qu'il l'avait été précédemment.

TENEUR ET PORTEE

Hari, le Seigneur Souverain, est le seul objet de plaisir qui puisse combler les sens de tous les êtres. Illusionnés par le reflet miroitant de l'énergie externe, les êtres distincts rendent un culte aux sens au lieu de les engager dans leur véritable fonction, qui est de satisfaire les désirs du Suprême. Nous lisons dans le Hari-bhakti-sudhodaya (13.2) le verset suivant:

aksnoh phalam tvadrsa-darsanam hi
tanoh phalam tvadrsa-gatra-sangah
jihva-phalam tvadrsa-kirtanam hi
sudurlabha bhagavata hi loke

"O dévot du Seigneur, te voir constitue la perfection de la vue, celle du toucher se réalise en étreignant ton corps, et la langue trouve sa perfection à chanter tes gloires, car il s'avère très difficile en ce monde de trouver un pur dévot du Seigneur."

A l'origine, en effet, les sens de l'être distinct lui sont attribués pour qu'il les engage dans le service d'amour absolu offert au Seigneur et à Ses dévots, mais sous l'influence de l'énergie matérielle, les âmes conditionnées deviennent captivées par le plaisir des sens. Par suite, le processus qui permet de ranimer la conscience de Dieu consiste à corriger ce conditionnement des sens. Il faut réengager ces derniers dans le service offert directement au Seigneur, ce que fit Brahma lorsqu'il recréa l'univers, permettant ainsi aux êtres conditionnés de se livrer de nouveau à l'action. C'est en effet par la volonté du Seigneur que cet univers matériel est créé puis anéanti, donnant ainsi aux âmes conditionnées l'opportunité de retourner au royaume de Dieu, en leur demeure originelle. Quant aux serviteurs que sont Brahmaji, Naradaji, Vyasaji et leurs successeurs, ils s'efforcent, en communion avec le Seigneur, d'arracher les âmes conditionnées à ce monde de plaisirs matériels pour leur faire retrouver leur condition naturelle, laquelle consiste à engager leurs sens dans le service du Seigneur. Les impersonnalistes, eux, au lieu de transformer les activités des sens de l'âme conditionnée, veulent les abolir et faire du Seigneur un être également privé de sens. Mais ce traitement ne saurait convenir aux âmes conditionnées: il faut guérir les sens malades en soignant l'affection, et non supprimer les sens. Pour une personne malade des yeux, lui enlever l'usage de la vue n'est pas la guérir; il faudra plutôt soigner ses yeux malades afin qu'elle recouvre une vision normale. Pareillement, la maladie matérielle trouve son fondement dans le plaisir des sens, et la libération consiste à se guérir de cette maladie en redonnant aux sens leurs fonctions naturelles: contempler la beauté du Seigneur, entendre Ses gloires et faire Sa volonté. Voilà pourquoi Brahmaji manifesta de nouveau l'action dans les activités.

VERSET 40

prajapatir dharma-patir
ekada niyaman yaman
bhadram prajanam anvicchann
atisthat svartha-kamyaya

TRADUCTION

En ces temps-là, désirant servir l'intérêt de tous, Brahma, l'ancêtre de tous les êtres vivants, le père de la religion, s'appliqua à l'observance des principes régulateurs.

TENEUR ET PORTEE

Nul ne peut occuper une position élevée sans s'être soumis à une certaine discipline de vie. Celui qui mène une existence vouée sans restriction aux plaisirs des sens ne vaut guère mieux qu'un animal, et Brahma enseigna ces principes de maîtrise des sens, nécessaires à l'exécution de devoirs supérieurs, pour la gouverne de ceux de ses descendants qui auraient à en faire usage. Il désirait que tous les êtres vivent heureux dans le service de Dieu, et quiconque veut le bien des membres de sa famille et des générations à venir se doit de mener une vie de piété et de moralité. Or, la plus haute forme de moralité consiste à se faire dévot du Seigneur, car un pur bhakta possède toutes les qualités divines. Toutefois, celui qui n'est pas un dévot du Seigneur, aussi honorable soit-il d'un point de vue matériel, ne saurait être honoré d'aucune qualité digne de ce nom. Les purs dévots du Seigneur, comme Brahma et ceux qui appartiennent à la succession disciplique, n'enseignent rien qu'ils ne démontrent eux-mêmes par l'exemple de leur vie.


Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare