SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 2
CHAPITRE 9

Réponses à la lumière de
l'enseignement du Seigneur.

VERSET 41

tam naradah priyatamo
rikthadanam anuvratah
susrusamanah silena
prasrayena damena ca

TRADUCTION

Narada, le plus cher héritier de Brahma, toujours prêt à servir son père, adhère fidèlement à son enseignement, de par sa courtoisie, sa douceur et sa maîtrise de soi.

VERSET 42

mayam vividisan visnor
mayesasya maha-munih
maha-bhagavato rajan
pitaram paryatosayat

TRADUCTION

O roi, Narada combla son père et voulut connaître tout ce qui a trait aux énergies de Visnu, le maître de toute énergie, car d'entre tous les sages, Narada était le plus grand, et d'entre tous les bhaktas le plus pur.

TENEUR ET PORTEE

Brahma, qui est le créateur de tous les êtres de cet univers, eut tout d'abord plusieurs fils illustres, comme Daksa, les catuh-sanas et Narada. Brahma transmit à chacun d'eux l'une des trois divisions du savoir conféré à l'homme par les Vedas: à Devarsi Narada fut confiée la partie upasana-kanda, traitant du service de dévotion, Daksa, lui, reçut la section dite karma-kanda, traitant de l'action intéressée, et Sanaka, Sanatana, Sanandana et Sanat-kumara furent instruits du savoir spirituel et absolu qui forme la section jnana-kanda. Ce verset indique toutefois que d'entre tous ces fils de Brahma, Narada lui était le plus cher de par sa courtoisie, sa soumission, sa douceur et son empressement à servir son père. On le célèbre également comme le premier de tous les sages, car il est le plus grand d'entre tous les dévots du Seigneur. Narada est le maître spirituel d'un grand nombre de bhaktas illustres, parmi lesquels Prahlada, Dhruva, Vyasa, et même le chasseur Kirata. Sa seule occupation est d'engager tous les êtres dans le service d'amour divin. Toutes ces qualités dont s'orne sa personnalité viennent de ce que Narada est un parfait dévot du Seigneur, et elles font de lui le plus cher fils de Brahma. Les bhaktas brûlent sans cesse d'accroître leur connaissance en ce qui touche au Seigneur Suprême, le maître de toutes les énergies, ce que confirme d'ailleurs la Bhagavad-gita (X.9):

mac-citta mad-gata-prana
bodhayantah parasparam
kathayantas ca mam nityam
tusyanti ca ramanti ca

Le Seigneur Suprême est infini, et de même Ses énergies, dont nul ne peut avoir une connaissance parfaite. Or, Lui-même instruisit Brahmaji, le plus grand de tous les êtres de l'univers, lequel doit donc posséder plus de savoir qu'aucun être en ce monde, même si cette connaissance n'est pas totale. Il va donc du devoir de chacun de s'enquérir du Seigneur Suprême et Infini auprès d'un maître spirituel appartenant à la succession disciplique issue de Brahma et se perpétuant à travers Narada, Vyasa, Sukadeva et les autres acaryas de cette filiation spirituelle.

VERSET 43

tustam nisamya pitaram
lokanam prapitamaham
devarsih paripapraccha
bhavan yan manuprcchati

TRADUCTION

Voyant que Brahma, son père, l'ancêtre de l'univers entier, était pleinement satisfait de lui, le grand sage Narada lui soumit également des questions détaillées.

TENEUR ET PORTEE

On ne s'enquiert pas du savoir spirituel auprès d'une âme réalisée comme on poserait une question banale à un maître d'école. Si les enseignants d'aujourd'hui sont des fonctionnaires payés pour donner certains cours, le maître spirituel, lui, ne reçoit pas de salaire et ne peut rien enseigner qui ne provienne de source autorisée. La Bhagavad-gita (IV.34) indique comme suit le processus qui permet de comprendre la connaissance spirituelle et absolue:

tad viddhi pranipatena
pariprasnena sevaya
upadeksyanti te jnanam
jnaninas tattva-darsinah

Comme Arjuna en fut instruit, c'est à travers la soumission, des questions soumises et le service offert à une âme réalisée que l'on reçoit le savoir spirituel. Celui-ci ne s'acquiert pas comme on échange de l'argent; il faut servir le maître spirituel, le satisfaire, à l'exemple de Brahmaji qui, ayant su donner toute satisfaction au Seigneur, reçut directement de Lui la connaissance spirituelle et absolue. Accéder aux souhaits du maître spirituel donne d'assimiler la connnaissance spirituelle, ce à quoi on ne saurait parvenir en devenant un érudit en grammaire. Les Vedas enseignent (Svet.,6.23):

yasya deve para bhaktir
yatha deve tatha gurau
tasyaite kathita hy arthah
prakasante mahatmanah

"Le savoir spirituel et absolu est révélé d'un coup à celui-là seul qui porte une dévotion sans réserve au Seigneur et au maître spirituel." La relation qui unit le disciple à son maître spirituel est éternelle. Le disciple d'aujourd'hui sera le maître spirituel de demain. Or, nul ne peut être reconnu pour maître spirituel authentique à moins de s'être montré parfaitement soumis à son propre maître spirituel. Brahmaji reçut le savoir véritable en tant que disciple du Seigneur Suprême, et il le transmit à Narada, son disciple bien-aimé. Vyasa, à son tour, reçut le savoir de Narada, son maître spirituel, et le transmit également à son disciple. Par conséquent, lorsque la relation unissant maître spirituel et disciple repose sur une simple acceptation rituelle, elle n'est qu'un marché de dupes et n'a rien de commun avec la relation authentique et réelle qui existe entre Brahma et Narada, ou Narada et Vyasa. Ce verset souligne que Narada se montrait courtois, doux, soumis et de plus, maître de lui. En effet, nul ne peut se faire disciple ou maître spirituel s'il ne possède pas cette maîtrise de soi, particulièrement en ce qui a trait à la vie sexuelle. Il faut donc se soumettre à une discipline de vie et devenir ainsi un gosvami. Le gosvami est celui qui a appris à résister aux sollicitations de la parole et du mental, aux incitations à la colère et aux impulsions de la langue, de l'estomac et des organes génitaux. Sans parvenir à une telle maîtrise des sens, nul ne peut devenir disciple ou maître spirituel. Le prétendu maître spirituel qui ne maîtrise pas ses sens n'est certes qu'un escroc, et son disciple, un pigeon.

Il ne faudrait pas croire que Brahmaji ait depuis longtemps quitté ce monde: contrairement à tous nos ancêtres ayant vécu sur cette planète, Brahmaji, le plus âgé de tous, vit encore aujourd'hui, et de même Narada. La Bhagavad-gita indique d'ailleurs l'âge des habitants de Brahmaloka, mais sachons toutefois que les habitants de notre minuscule planète Terre ne peuvent même pas évaluer la durée d'un seul jour de Brahma.

VERSET 44

tasma idam bhagavatam
puranam dasa-laksanam
proktam bhagavata praha
pritah putraya bhuta-krt

TRADUCTION

C"est avec plaisir que le père [Brahma] transmit alors à son fils [Narada] le Srimad-Bhagavatam, ce complément des Vedas qui fut élaboré par Dieu, la Personne Suprême, et qui traite de dix sujets.

TENEUR ET PORTEE

Le Srimad-Bhagavatam fut énoncé en quatre versets mais il traite néanmoins de dix sujets, lesquels seront présentés dans le prochain chapitre. Le texte de ces quatre versets commence par mentionner que le Seigneur existait avant la création -aussi l'aphorisme du Vedanta, janmady asya, se trouve-t-il exprimé au début du Srimad-Bhagavatam. Toutefois, les dix sujets dont traite l'ouvrage sont naturellement compris dans ces quatre versets, où il est dit que le Seigneur représente la racine de tout ce qui existe, depuis la création jusqu'à Sa demeure suprême. Il ne faudrait pas se fourvoyer en croyant que le Seigneur n'a donné que quatre versets et conclure que les 17 994 autres versets sont inutiles. Tous ces versets sont nécessaires afin de présenter le juste entendement des dix sujets que comporte cet ouvrage, ce que nous révélera le prochain chapitre. Brahmaji, lui aussi, avait jadis désiré que Narada développe la teneur du message qu'il avait reçu de lui. Sri Caitanya Mahaprabhu transmit cet enseignement sous forme condensée à Srila Rupa Gosvami, son disciple, qui l'expliqua à son tour de façon très élaborée; ce même thème fut ensuite repris par Jiva Gosvami, et Sri Visvanatha Cakravarti Thakura le traita encore plus en détail. Quant à nous, nous nous efforçons simplement de marcher sur les traces de tous ces maîtres. Le Srimad-Bhagavatam n'a donc rien d'un roman ou d'un ouvrage profane; il détient une puissance infinie, et aussi loin que pourra porter un commentaire, jamais il ne marquera la fin du Bhagavatam. Parce qu'il est l'incarnation sonore du Seigneur, le Srimad-Bhagavatam peut tout aussi bien être expliqué en quatre versets qu'en quatre milliards de versets, étant donné que le Seigneur est Lui-même plus petit que l'atome et plus grand que l'espace infini. Telle est la puissance du Srimad-Bhagavatam.

VERSET 45

naradah praha munaye
sarasvatyas tate nrpa
dhyayate brahma paramam
vyasayamita-tejase

TRADUCTION

O roi, le grand Narada transmit ensuite ce Srimad-Bhagavatam à Vyasadeva, le sage à la puissance illimitée, qui, sur la rive de la Sarasvati, méditait sur le service de dévotion offert à Dieu, la Personne Suprême, la Vérité Absolue.

TENEUR ET PORTEE

Dans le cinquième chapitre du premier Chant du Srimad-Bhagavatam, Narada instruit en ces termes le grand sage Vyasadeva:

atho maha-bhaga bhavan amogha-drk
suci-sravah satya-rato dhrta-vratah
urukramasyakhila-bandha-muktaye
samadhinanusmara tad vicestitam

"O toi, béni entre tous, pieux philosophe, tes gloires sont répandues dans tout l'univers et tu demeures établi dans la Vérité Absolue; pur est ton coeur, parfaite ta vision. Veuille, je te prie, porter ta méditation sur les Actes incomparables du Seigneur."

La pratique du yoga méditatif n'est donc pas négligée au sein de la succession disciplique de la Brahma-sampradaya. Mais en tant que bhakti-yogis, les dévots du Seigneur ne se donnent pas la peine de méditer sur le brahman impersonnel; tel qu'expliqué ici, ils méditent sur le brahma paramam, le Brahman Suprême. La réalisation du brahman commence par celle de la radiance impersonnelle, puis, en progressant sur cette voie, on en vient à réaliser la manifestation de l'Ame Suprême, dite Paramatma, pour finalement accéder à la réalisation de Dieu, la Personne Suprême. Sri Narada Muni, le maître spirituel de Vyasadeva, connaissait fort bien la position de son disciple; c'est ainsi qu'il attesta des qualités de Srila Vyasadeva -son enracinement dans la Vérité Absolue par une observance rigoureuse, etc.-, et qu'il lui conseilla de méditer sur les Activités spirituelles et absolues du Seigneur. Le brahman impersonnel est privé de toute activité, mais Dieu, la Personne Suprême, en manifeste, Lui, de très nombreuses, qui toutes sont absolues et parfaitement libres de toute influence matérielle. Les Activités du Brahman Suprême auraient été d'ordre matériel, Narada n'aurait pas conseillé à Vyasadeva d'y porter sa méditation. Sri Krsna est Lui-même ce param brahma, comme le confirme le dixième chapitre de la Bhagavad-gita. Lorsque Arjuna réalisera la position réelle de Sri Krsna, il s'adressera à Lui en ces termes:

param brahma param dhama
pavitram paramam bhavan
purusam sasvatam divyam
adi-devam ajam vibhum

ahus tvam rsayah sarve
devarsir naradas tatha
asito devalo vyasah
svayam caiva bravisi me

Ayant ainsi réalisé la nature absolue de Sri Krsna, Arjuna révéla l'essence de toute la Bhagavad-gita en ces quelques mots: "O Seigneur, Tu es la Vérité Suprême et Absolue, la Personne originelle dans Sa Forme éternelle de savoir et de félicité. Tous les grands sages le proclament, Narada, Asita, Devala, Vyasa, et Toi-même, à présent, me le confirmes." (B.g.,X.12-13)

Vyasadeva parvint à fixer ses pensées par la méditation en atteignant une profonde absorption dans le bhakti-yoga. Ainsi contempla-t-il réellement la Personne Suprême avec maya, l'énergie illusoire, qui Lui était opposée. Comme nous l'avons déjà expliqué, maya, l'illusion, est également liée au Seigneur, car elle ne saurait connaître d'existence séparée de Lui, tout comme l'obscurité est en quelque sorte liée à la lumière. En effet, si la lumière n'existait pas, personne n'aurait conscience de l'obscurité, sa manifestation opposée. Toutefois, cette maya, ou illusion, ne saurait recouvrir Dieu, la Personne Suprême, et demeure donc distincte de Lui (apasrayam).

Pour conclure, la perfection de la méditation s'identifie à la réalisation de Dieu, la Personne Suprême, ainsi que de Ses Activités spirituelles et absolues. Quant à celui qui porte sa méditation sur le brahman impersonnel, il s'engage certes sur une voie ardue, ce que confirme la Bhagavad-gita (XII.5): kleso dhikataras tesam avyaktasakta-cetasam.

VERSET 46

yad utaham tvaya prsto
vairajat purusad idam
yathasit tad upakhyaste
prasnan anyams ca krtsnasah

TRADUCTION

O roi, je vais maintenant expliquer les quatre versets que je viens de mentionner et répondre ainsi à toutes tes questions avec force détails, particulièrement celles qui touchent à la création de l'univers, depuis la forme gigantesque de Dieu, la Personne Suprême.

TENEUR ET PORTEE

Comme il fut expliqué au tout début du Srimad-Bhagavatam, cet Ecrit sublime constitue le fruit mûr de l'arbre du savoir védique et répond donc à toutes les questions que l'homme pourrait se poser au sujet de l'univers, à commencer par sa création. Mais pour saisir ces réponses du Srimad-Bhagavatam, il incombe d'approcher un maître de valeur. Comme le mentionne Srila Sukadeva Gosvami, l'illustre orateur, les dix sections du Srimad-Bhagavatam englobent tous les sujets, et les êtres d'intelligence se verront intellectuellement comblés s'ils les abordent correctement.

Ainsi s'achèvent les enseignements de Bhaktivedanta sur le neuvième chapitre du deuxième Chant du Srimad-Bhagavatam, intitulé: "Réponses à la lumière de l'enseignement du Seigneur".


Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare