SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 4
CHAPITRE 1

La descendance des
filles de Manu.

VERSET 1

maitreya uvaca
manos tu satarupayam
tisrah kanyas ca jajnire
akutir devahutis ca
prasutir iti visrutah

TRADUCTION

Sri Maitreya dit:
Svayambhuva Manu eut trois filles de son épouse, Satarupa; elles avaient pour noms Akuti, Devahuti et Prasuti.

TENEUR ET PORTEE

Offrons d'abord notre humble hommage à notre maître spirituel, Om Visnupada Sri Srimad Bhaktisiddhanta Sarasvati Gosvami Prabhupada, à la demande duquel j'ai entrepris cette tâche herculéenne qu'est la rédaction d'un commentaire du Srimad-Bhagavatam, ici présenté comme l'enseignement de Bhaktivedanta. Par sa grâce, nous avons déjà terminé le troisième Chant de cet ouvrage, et nous entamons maintenant l'étude du quatrième Chant. Par l'intermédiaire de sa grâce divine, offrons notre humble hommage à Sri Caitanya, l'artisan du Mouvement pour la Conscience de Krsna, qui entreprit, il y a cinq cents ans, de propager le Bhagavata-dharma; par le biais de Sa grâce, rendons hommage aux six Gosvamis, ainsi qu'à Radha et Krsna, le couple divin, qui goûte un bonheur éternel à Vrndavana en compagnie des jeunes pâtres et des jeunes filles de Vrajabhumi. Offrons également notre humble hommage à tous les dévots et éternels serviteurs du Seigneur Suprême.

Ce quatrième Chant du Srimad-Bhagavatam se compose de trente-et-un chapitres; tous décrivent la création secondaire effectuée par Brahma et les Manus. La véritable création s'accomplit lorsque le Seigneur Suprême anime Lui-même Son énergie matérielle; ce n'est qu'après, sur Son ordre, que Brahma, le premier être de cet univers, entreprend de créer à son tour les différents systèmes planétaires et de les peupler par l'entremise de ses descendants, comme Manu et les autres pères de la population universelle. Ceux-ci agissent toujours sous la direction du Seigneur Suprême.

Le premier chapitre de ce quatrième Chant présente les trois filles de Svayambhuva Manu ainsi que leurs descendants. Les six chapitres suivants décrivent le sacrifice accompli par le roi Daksa, et les circonstances dans lesquelles ce sacrifice fut anéanti. Cinq chapitres décriront ensuite les activités de Maharaja Dhruva, puis onze seront consacrés à celles du roi Prthu. Enfin, les huit derniers chapitres rapporteront l'histoire des rois Pracetas.

Comme nous le révèle le premier verset de ce chapitre, Svayambhuva Manu eut trois filles, Akuti, Devahuti et Prasuti. L'histoire de Devahuti a déjà été rapportée dans cet ouvrage, puisqu'elle est liée à celle de son époux, Kardama Muni, et à celle de son fils, Kapila Muni. Ce chapitre sera donc spécialement consacré aux descendants d'Akuti, la première des trois filles de Svayambhuva Manu, le fils de Brahma. Bien que Brahma ait eu nombre d'autres fils, c'est le nom de Manu qui apparaît ici en premier, car c'était un grand bhakta. Quant au mot ca mentionné dans ce verset, il indique qu'en plus de ses trois filles, Svayambhuva Manu eut également deux fils.

VERSET 2

akutim rucaye pradad
api bhratrmatim nrpah
putrika-dharmam asritya
satarupanumoditah

TRADUCTION

Akuti avait deux frères; néanmoins, le roi Svayambhuva Manu accorda sa main au Prajapati Ruci à condition que le fils auquel elle donnerait le jour lui revienne de droit comme s'il était son propre fils. Cette décision fut prise en accord avec son épouse, Satarupa.

TENEUR ET PORTEE

Parfois, un homme n'ayant pas de fils met comme condition au mariage de sa fille que l'enfant mâle qui naîtra de cette union lui revienne de plein droit, et devienne ainsi son propre fils par adoption afin de pouvoir hériter de ses biens. Suivant ce principe, appelé putrika-dharma, l'homme qui n'a pu avoir un fils de sa femme peut ainsi obtenir un descendant mâle en procédant à l'exécution de rites religieux. Ce verset nous révèle toutefois l'extraordinaire manière d'agir de Manu, qui, ayant déjà deux fils, lorsqu'il accorda la main de sa fille au Prajapati Ruci, fit néanmoins valoir son droit sur l'enfant mâle qui naîtrait de sa première fille. En fait, comme nous le précise Srila Visvanatha Cakravarti Thakura, le roi Manu savait que Dieu, la Personne Suprême, apparaîtrait dans le sein d'Akuti; voilà pourquoi, bien qu'il eût déjà deux fils, il voulait tout spécialement celui qui naîtrait d'Akuti: son ambition était de voir Dieu, la Personne Suprême, apparaître à la fois en tant que son fils et son petit-fils. Puisque Manu, qui est le législateur de l'humanité, observa lui-même le putrika-dharma, nous pouvons admettre que les hommes suivent eux aussi cet usage. Ainsi, celui qui désire obtenir un enfant mâle par l'entremise de sa propre fille, bien qu'ayant déjà lui-même un fils, pourra revendiquer ce droit lorsqu'il donnera sa fille en mariage. Telle est l'opinion de Srila Jiva Gosvami.

VERSET 3

prajapatih sa bhagavan
rucis tasyam ajijanat
mithunam brahma-varcasvi
paramena samadhina

TRADUCTION

Ruci possédait des qualités brahmaniques qui lui conféraient une grande puissance spirituelle; il fut désigné pour être l'un des pères de la population universelle et il eut de son épouse, Akuti, un fils et une fille.

TENEUR ET PORTEE

Il convient ici de souligner l'importance du mot brahma-varcasvi. Ruci était un brahmana; à ce titre, il s'acquittait très strictement de ses devoirs. Comme l'enseigne la Bhagavad-gita, les brahmanas se distinguent par les qualités suivantes: domination des sens et du mental, propreté et pureté, développement de la connaissance matérielle et spirituelle, simplicité, franchise, foi en Dieu, etc. Il existe de nombreuses qualités auxquelles on reconnaît un brahmana, et l'on sait que Ruci observait strictement les principes brahmaniques; c'est pourquoi on le qualifie précisément de brahma-varcasvi. Les mots brahma-bandhu désignent, dans le langage védique, celui qui, bien que né d'un père brahmana, n'agit pas lui-même en brahmana, et on le considère comme étant au niveau des sudras et des femmes. Nous apprenons ainsi du Srimad-Bhagavatam que le Mahabharata fut spécialement compilé par Vyasadeva à l'intention des stri-sudra-brahma-bandhus, c'est-à-dire des femmes (stris), des hommes civilisés mais situés tout au bas de l'échelle sociale (sudras), et de ceux (brahma-bandhus) qui naissent dans une famille de brahmanas mais ne se soucient pas d'en suivre soigneusement les règles et les principes. Les êtres appartenant à ces trois catégories de la société sont considérés comme étant de moindre intelligence; ils n'ont pas accès à l'étude des Vedas, qui sont tout particulièrement destinés à ceux qui ont acquis les qualités dignes de brahmanas. Cette restriction n'est pas fondée sur une discrimination de nature sectaire, mais bien sur les qualités propres à un individu. En effet, à moins d'avoir développé en soi ces qualités, nul ne saurait comprendre les Ecritures védiques. Il est donc regrettable que des individus privés de toute qualité brahmanique et n'ayant jamais été formés par un maître spirituel authentique écrivent néanmoins des commentaires sur des Textes védiques comme le Srimad-Bhagavatam et les autres Puranas, puisqu'ils ne sont pas en mesure d'en transmettre le véritable message. Ruci passait pour être un brahmana de premier ordre; c'est pourquoi notre verset le qualifie de brahma-varcasvi, indiquant par là qu'il était revêtu d'une grande puissance.

VERSET 4

yas tayoh purusah saksad
visnur yajna-svarupa-dhrk
ya stri sa daksina bhuter
amsa-bhutanapayini

TRADUCTION

Des deux enfants issus d'Akuti, l'un, l'enfant mâle, était une manifestation directe de Dieu, la Personne Suprême; Il s'appelait Yajna, l'un des Noms de Visnu. L'autre était une manifestation de Laksmi, la déesse de la fortune, compagne éternelle de Visnu.

TENEUR ET PORTEE

Laksmi, la déesse de la fortune, est la compagne éternelle de Visnu. Ce verset nous révèle qu'Akuti donna le jour en même temps au Seigneur et à Laksmi, qui forment un couple éternel. Comme le confirment nombre d'autorités en la matière, tous deux transcendent la création matérielle (narayanah paro vyaktat); leur relation éternelle ne saurait donc être changée. Yajna, l'enfant mâle mis au monde par Akuti, épousa par la suite Daksina, la déesse de la fortune.

VERSET 5

aninye sva-grham putryah
putram vitata-rocisam
svayambhuvo muda yukto
rucir jagraha daksinam

TRADUCTION

Au comble de la joie, Svayambhuva Manu retourna chez lui avec le garçon, un enfant merveilleux du nom de Yajna, et Ruci, son gendre, garda chez lui Daksina, la fille.

TENEUR ET PORTEE

Svayambhuva Manu fut très heureux que sa fille, Akuti, eut mis au monde un garçon et une fille en même temps. Il appréhendait d'enlever un fils à Ruci, son gendre, car ce dernier aurait pu en concevoir une certaine peine; aussi fut-il très heureux d'apprendre qu'une fille était née en même temps que le garçon. Tenant sa promesse, Ruci remit l'enfant mâle à Svayambhuva Manu, et résolut de garder la fille qui s'appelait Daksina. Yajna, un autre Nom de Visnu, indique que le Seigneur est le maître des Vedas. Ce Nom tire son origine de la locution yajusam patih, ou "le Seigneur de tout sacrifice". Le Yajur-veda prescrit différents rites pour l'accomplissement des yajnas, mais Celui qui bénéficie de tous ces yajnas demeure le Seigneur Suprême, Visnu. Aussi la Bhagavad-gita (III.9) affirme-t-elle, yajnarthat karmanah: il faut agir, mais on ne doit accomplir son devoir que pour le plaisir de Yajna, ou Visnu. Tous les actes qui ne sont pas accomplis pour la satisfaction de Dieu, la Personne Suprême, ou qui n'entrent pas dans le cadre du service de dévotion offert au Seigneur, entraînent pour leur auteur des conséquences matérielles. Que celles-ci soient heureuses ou malheureuses importe peu; si nos actes ne correspondent pas au désir du Seigneur Suprême, s'ils sont dénués de conscience de Krsna, nous devrons alors assumer la responsabilité de toutes les conséquences qu'ils entraînent. Toute action, quelle qu'elle soit entraîne des suites, à moins qu'elle ne soit accomplie pour Yajna. Par suite, agissant pour la satisfaction de Yajna, du Seigneur Suprême, l'être ne s'empêtre pas dans l'existence matérielle, car les Vedas —ainsi que la Bhagavad-gita— mentionnent que l'étude des Ecritures de même que l'accomplissement des rites védiques visent à la réalisation de Dieu, Krsna. Chacun doit s'efforcer d'agir dans la Conscience de Krsna, et ce, dès sa plus tendre enfance, afin de s'affranchir des suites de ses activités matérielles.


Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare