SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 4
CHAPITRE 3

Discussion entre Siva et Sati.

VERSET 16

sri-bhagavan uvaca
tvayoditam sobhanam eva sobhane
anahuta apy abhiyanti bandhusu
te yady anutpadita-dosa-drstayo
baliyasanatmya-madena manyuna

TRADUCTION

Ainsi parla Siva, le glorieux seigneur:
Ma chère et ravissante épouse, tu dis que l'on peut se rendre chez un ami sans y être invité, et cela est vrai, à condition toutefois, que cet ami ne s'identifie pas à son corps au point de critiquer son hôte et de se mettre en colère contre lui.

TENEUR ET PORTEE

Siva savait d'avance qu'aussitôt que Sati arriverait chez Daksa, celui-ci, par trop infatué de sa personne du fait de son identification au corps, ne manquerait pas de se mettre en colère; sans considérer l'innocence et la droiture de sa fille, il s'emporterait impitoyablement contre elle. Or, Siva prévint Sati qu'une telle attitude de la part de son père, enflé d'orgueil par ses possessions matérielles, serait intolérable pour elle; il était donc préférable qu'elle ne se rende pas chez lui. Le deva parlait en connaissance de cause, car bien qu'il fût irréprochable, Daksa l'avait maudit en proférant contre lui maintes paroles blessantes.

VERSET 17

vidya-tapo-vitta-vapur-vayah-kulaih
satam gunaih sadbhir asattametaraih
smrtau hatayam bhrta-mana-durdrsah
stabdha na pasyanti hi dhama bhuyasam

TRADUCTION

Bien que les six attributs que sont l'instruction, l'austérité, la richesse, la beauté, la jeunesse et une noble ascendance soient l'apanage des êtres de condition élevée, celui qu'aveugle l'orgueil perd son bon sens et devient incapable d'apprécier les mérites des grandes âmes.

TENEUR ET PORTEE

On peut ici soulever une question: pourquoi Daksa, qui était très instruit, riche, austère, et de plus issu d'une noble lignée, se serait-il mis en colère sans motif valable? La réponse est la suivante: lorsque des atouts de valeur comme la beauté, une bonne éducation, une noble lignée et une fortune considérable se rencontrent chez une personne, mais que celle-ci en tire vanité, le résultat est très mauvais. Tout comme un aliment aussi merveilleux que le lait peut se transformer en poison si un serpent venimeux y trempe les lèvres, les atouts matériels que sont l'instruction, la richesse, la beauté et une naissance noble, tout désirables qu'ils soient, desservent l'être mauvais qui les possède. Canakya Pandita donne un autre exemple, celui du serpent qui demeure un animal redoutable même lorsqu'un joyau orne sa tête. Le serpent, par nature, nourrit de la haine contre tous les êtres, même les plus innocents. S'il mord, ce n'est pas nécessairement parce que sa victime lui ait causé quelque préjudice; chez lui, il s'agit simplement d'une habitude. Dans le même ordre d'idée, Daksa possédait de nombreux atouts matériels, mais parce qu'il en tirait vanité et faisait preuve de malveillance, ceux-ci lui portaient préjudice. C'est ainsi que des avantages matériels peuvent parfois nuire à une personne engagée sur la voie spirituelle, sur la voie de la conscience de Krsna. Dans ses prières à Krsna, Kuntidevi Le qualifie d'akincana-gocara, signifiant par là qu'Il Se laisse aisément approcher par les êtres dépourvus de tout bien matériel. Le dénuement favorise donc le progrès dans la Conscience de Krsna; néanmoins, celui qui a conscience de la relation éternelle qui l'unit à Dieu, la Personne Suprême, peut utiliser son érudition, sa beauté et sa noble naissance pour le service du Seigneur, car ces attributs matériels deviennent alors louables. En d'autres termes, à moins que l'être distinct ne soit conscient de Krsna, ses possessions matérielles n'ont aucune valeur réelle, elles se résument en quelque sorte à un zéro; mais si l'on relie ce zéro au Un Suprême, de zéro il devient dix. Séparé du Un Suprême, notre zéro a toujours une valeur nulle, et ce, même si l'on y ajoute cent autres zéros. Encore une fois, à moins que les atouts matériels ne soient utilisés dans la Conscience de Krsna, ils peuvent se révéler néfastes et avilir celui qui les possède.

VERSET 18

naitadrsanam sva-jana-vyapeksaya
grhan pratiyad anavasthitatmanam
ye bhyagatan vakra-dhiyabhicaksate
aropita-bhrubhir amarsanaksibhih

TRADUCTION

Il ne faut pas se rendre chez quelqu'un que notre présence agitera et qui nous jettera un regard courroucé en fronçant les sourcils, même s'il s'agit d'un parent ou d'un ami.

TENEUR ET PORTEE

Si basse que puisse être la mentalité d'un homme, il ne se montre jamais malveillant envers ses enfants, sa femme et ses proches parents. Même les animaux, fût-ce le tigre, veillent affectueusement sur leurs petits. Puisqu'elle était sa fille, il était naturel que Daksa, si cruel et contaminé qu'il pût être, réserve à Sati un accueil chaleureux. Mais, dans ce verset, le mot anavasthita indique que l'on ne peut faire confiance à une personne de ce genre. En général, les tigres sont doux envers leurs petits, mais on sait aussi qu'il leur arrive de les dévorer. De même, les êtres méchants ne sont pas dignes de confiance, car leur humeur est toujours instable. Sati se vit donc conseiller de ne pas aller chez son père, car il ne convenait pas de considérer une telle personne comme un parent chez qui l'on peut se rendre sans être dûment invité.

VERSET 19

tatharibhir na vyathate silimukhaih
sete rditango hrdayena duyata
svanam yatha vakra-dhiyam duruktibhir
diva-nisam tapyati marma-taditah

TRADUCTION

Les blessures occasionnées par les flèches d'un ennemi sont moins graves que celles dues aux paroles malveillantes d'un proche parent, car cette douleur continue à déchirer le coeur jour et nuit.

TENEUR ET PORTEE

Sati aurait pu décider de courir le risque de se rendre chez son père, quitte à faire preuve de tolérance s'il lui adressait des paroles malveillantes, comme le ferait tout enfant face aux reproches de ses parents. Toutefois, Siva la prévint qu'elle ne pourrait pas supporter de tels propos venant de Daksa. En effet, l'être humain, de par sa psychologie, ne s'afflige pas outre mesure si un ennemi vient à le blesser, car il n'en attend pas davantage de lui, mais si un proche parent l'accable de dures paroles, il s'en ressent profondément, jour et nuit; sa douleur devient parfois même si intolérable qu'il met fin à ses jours.

VERSET 20

vyaktam tvam utkrsta-gateh prajapateh
priyatmajanam asi subhru me mata
tathapi manam na pituh prapatsyase
mad-asrayat kah paritapyate yatah

TRADUCTION

Chère épouse au teint de neige, bien que d'entre les nombreuses filles de Daksa, tu sois de toute évidence la favorite, tu ne seras pas honorée pour la simple raison que tu es ma femme. Au contraire, tu regretteras d'être liée à moi.

TENEUR ET PORTEE

Siva avance ici comme argument que même si Sati se rendait seule, sans son époux, à la demeure de son père, elle serait quand même mal reçue, et ce, tout simplement parce qu'elle était sa femme. Même si elle partait seule, une catastrophe aurait toutes les chances de se produire. Aussi Siva lui demande-t-il indirectement de ne pas aller chez son père.


Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare