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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 4 CHAPITRE 3 Discussion entre Siva et Sati.
papacyamanena hrdaturendriyah
samrddhibhih purusa-buddhi-saksinam akalpa esam adhirodhum anjasa param padam dvesti yathasura harim
Ce verset explique la véritable cause de l'inimitié qui régnait entre Siva et Daksa. Daksa enviait la position élevée de Siva, celui-ci étant une manifestation d'un attribut du Seigneur Suprême; il le jalousait aussi du fait que Siva était directement en contact avec l'Ame Suprême, ce qui lui valait de recevoir des honneurs et de s'asseoir sur un siège plus en vue que le sien. Et il y avait beaucoup d'autres raisons encore ... Daksa, fier de sa haute condition matérielle, ne pouvait tolérer de voir Siva jouir d'un aussi grand prestige; aussi, la colère qu'il manifesta lorsque Siva ne se leva pas en sa présence, n'était que l'expression ultime de son envie. Siva est toujours plongé dans la méditation et il perçoit l'Ame Suprême en permanence, ce qu'indiquent ici les mots purusa-buddhi-saksinam. Celui dont l'intelligence demeure sans cesse absorbée en une méditation sur Dieu est particulièrement glorieux et ne peut être imité par personne, surtout par un homme ordinaire. Lorsque Daksa pénétra dans l'arène du yajna, Siva était en méditation; peut-être n'avait-il pas vu entrer Daksa ... Celui-ci, toutefois, saisit cette occasion pour le maudire car, depuis fort longtemps, il nourrissait de l'envie envers Siva. Ceux qui ont véritablement atteint le niveau de la réalisation spirituelle voient en chaque corps un temple de Dieu, la Personne Suprême, car le Seigneur habite le corps de chaque être en tant que Paramatma. L'hommage que l'on rend à une personne ne s'adresse pas au corps mais au Seigneur Suprême, présent dans ce corps. En conséquence, celui qui s'absorbe toujours en méditation sur la Personne Suprême Lui offre ainsi constamment son hommage. Mais Daksa, n'étant pas spirituellement très élevé, pensait que l'hommage s'adressait à l'enveloppe matérielle, et ne voyant pas Siva présenter ses respects à sa personne physique, Daksa en conçut du dépit. Ceux qui, à l'instar de Daksa, ne parviennent pas à atteindre le même niveau que les âmes réalisées, comme Siva, sont toujours pleins d'envie, et l'analogie présentée dans ce verset convient donc parfaitement. En effet, les athées et les êtres démoniaques, ou asuras, nourrissent toujours des sentiments d'envie contre Dieu, la Personne Suprême, et n'ont d'autre désir que de L'exterminer. A notre époque, on rencontre même certains prétendus érudits qui commentent la Bhagavad-gita tout en demeurant envieux de Krsna. Ainsi, lorsque Krsna enseigne, man-mana bhava mad-bhaktah: "Emplis toujours de Moi ton mental, deviens Mon dévot et abandonne-toi à Moi",(1) ces faux érudits interprètent cette instruction en disant que ce n'est pas à Krsna qu'il faut s'abandonner; ainsi se révèle leur envie. En d'autres termes, sans aucune raison, les athées, ou asuras, ces êtres démoniaques, sont envieux de Dieu, la Personne Suprême. De même, au lieu d'offrir leur hommage aux âmes réalisées, les hommes sans intelligence qui ne peuvent accéder au plus haut niveau de compréhension spirituelle se montrent toujours envieux d'elles bien qu'ils n'aient aucune raison de l'être. (1) B.g., XVIII.65
pratyudgama-prasrayanabhivadanam
vidhiyate sadhu mithah sumadhyame prajnaih parasmai purusaya cetasa guha-sayayaiva na deha-manine
Puisque Daksa était le beau-père de Siva, on pourrait avancer qu'il incombait à ce dernier de lui rendre hommage. En réponse à cet argument, ce verset explique que lorsqu'un être établi dans la connaissance se lève ou s'incline à l'arrivée d'une personne, c'est à l'Ame Suprême, sise dans le coeur de chacun, qu'il présente ses respects. Voilà pourquoi, chez les vaisnavas, on constate que même lorsqu'un disciple rend son hommage à son maître spirituel, ce dernier lui répond aussitôt de la même manière, car cet échange de salutations ne s'adresse pas au corps, mais à l'Ame Suprême. Le maître spirituel rend donc également son hommage à l'Ame Suprême, sise dans le corps de son disciple. Dans le Srimad-Bhagavatam, le Seigneur déclare que le respect offert à Son dévot a plus de valeur que celui qu'on Lui adresse directement. Les bhaktas ne s'identifient pas à leur corps; aussi, montrer son respect à un vaisnava revient à vénérer Visnu. L'usage veut également que, dès que se présente un vaisnava, on doit le saluer avec respect et, par là, reconnaître la présence en lui de l'Ame Suprême. En effet, pour le vaisnava, le corps est un temple de Visnu. Siva avait déjà rendu son hommage à l'Ame Suprême en pleine conscience de Krsna; de ce fait, il avait également salué Daksa. Même si ce dernier s'identifiait à son corps, Siva n'était nullement obligé de saluer sa personne physique, d'autant plus qu'il n'existe aucune injonction védique à cet effet.
sattvam visuddham vasudeva-sabditam
yad iyate tatra puman apavrtah sattve ca tasmin bhagavan vasudevo hy adhoksajo me namasa vidhiyate
De par sa nature originelle et éternelle, l'être distinct est pur. Asango hy ayam purusah: les Ecrits védiques enseignent que l'âme spirituelle demeure toujours pure et libre de toute souillure liée aux attachements matériels. L'identification de l'âme au corps résulte d'une méprise. Celui qui est pleinement conscient de Krsna révèle par là qu'il a atteint sa position originelle, pure et naturelle. Cette existence correspond au niveau suddha-sattva, ce mot indiquant qu'elle transcende les gunas. L'existence dite suddha-sattva se place sous l'action directe de la puissance interne, en sorte qu'à un tel niveau les activités liées à la conscience matérielle prennent fin. Pour donner un exemple, si l'on met du fer au contact du feu jusqu'à le chauffer au rouge, le métal finira par avoir les mêmes effets que le feu, bien qu'il s'agisse pourtant de fer. De même, du cuivre chargé d'électricité agira non plus comme du cuivre comme de l'électricité. La Bhagavad-gita (XIV.26) confirme également que celui qui sert le Seigneur avec une dévotion sans partage se trouve aussitôt élevé au niveau de pur brahman:
Au niveau du service de dévotion pur, le bhakta sert Dieu, la Personne Suprême, par simple sens du devoir, sans le moindre motif personnel et sans qu'aucune condition matérielle ne puisse entraver son service. C'est là ce qu'on appelle le niveau du suddha-sattva, ou vasudeva, celui-là même où Krsna, la Personne Suprême, Se révèle dans le coeur du bhakta. Srila Jiva Gosvami l'a très bien décrit dans son Bhagavat-sandarbha. Il y explique que le mot astottara-sata (108) est ajouté au nom du maître spirituel afin d'indiquer qu'il se trouve établi dans le suddha-sattva, au niveau spirituel et absolu dit vasudeva. Ce dernier mot a également d'autres sens. Il sert, par exemple, à désigner celui qui est omniprésent; le soleil est aussi appelé vasudeva-sabditam. Le mot vasudeva peut donc avoir diverses significations, mais quel que soit le sens dans lequel on l'utilise, Vasudeva désigne toujours Dieu, la Personne Suprême, que ce soit sous Son aspect omniprésent ou Son aspect "localisé". La Bhagavad-gita (VII.19) enseigne également, vasudevah sarvam iti: la véritable réalisation spirituelle est celle qui donne de connaître Vasudeva, le Seigneur Suprême, et de s'abandonner à Lui. Le niveau vasudeva est celui où Se révèle Vasudeva, la Personne Suprême, et on l'atteint lorsqu'on s'affranchit de la souillure matérielle et qu'on s'établit dans la pure conscience de Krsna. Cet état est aussi appelé kaivalya, ce qui signifie "pure conscience". Jnanam sattvikam kaivalyam: celui qui se trouve établi dans le pur savoir spirituel accède ainsi au kaivalya. En conséquence, vasudeva contient également le sens de kaivalya, mot généralement utilisé par les impersonnalistes. Le kaivalya impersonnel ne correspond pas au stade ultime de la réalisation spirituelle, qui réside plutôt dans le kaivalya propre à la Conscience de Krsna, où l'on réalise Dieu, la Personne Suprême. Celui qui, en cet état de pureté, écoute, chante et se rappelle les gloires du Seigneur, apprend la science de Krsna, et parvient ainsi à connaître la Personne Suprême. Toutes ces activités s'accomplissent sous l'influence de l'énergie interne du Seigneur. Ce verset qualifie également d'apavrtah —libre de tout voile— l'action de la puissance interne. Dieu, Son Nom, Sa Forme, Ses Qualités, etc., sont tous de nature spirituelle et transcendent donc la nature matérielle; par suite, il est impossible, par le biais de sens matériels, de comprendre une seule de ces manifestations transcendantes. Mais lorsque, par la pratique du service de dévotion pur (hrsikena hrsikesa-sevanam bhaktir ucyate), les sens retrouvent leur pureté originelle, ils peuvent voir Krsna sans que rien ne Le voile. Mais alors se pose la question suivante: puisqu'en réalité le bhakta possède toujours le même corps, comment peut-il voir Krsna avec ses yeux matériels, même purifiés par le service de dévotion? S'appuyant sur un exemple, Sri Caitanya explique que le service de dévotion nettoie le miroir du mental. De même qu'un miroir propre nous renvoie distinctement notre image, il suffit de purifier le miroir du mental pour avoir une conception claire de Dieu, la Personne Suprême. La Bhagavad-gita (VIII.8) enseigne, abhyasa-yoga-yuktena: si l'homme s'acquitte de ses devoirs dévotionnels, c'est-à-dire s'il écoute et chante continuellement les gloires de Dieu, sans laisser son mental dévier de ces pratiques, cetasa nanya-gamina, il peut réaliser Dieu, la Personne Suprême. Autrement dit, Sri Caitanya atteste que le bhakti-yoga, commençant par l'écoute et le chant des gloires de Dieu, permet de purifier le coeur et le mental, et par là, de contempler distinctement le visage de Dieu. Siva expliqua que, sans cesse, il rendait hommage à cette Absolue Personne Divine puisqu'il portait toujours en son coeur la conception de Vasudeva, Dieu, et qu'ainsi le Seigneur Suprême le bénissait de Sa présence. En d'autres termes, Siva baigne dans une extase continuelle, ou samadhi. Ce samadhi ne dépend pas de la volonté du bhakta, mais répond à celle de Vasudeva, car toute l'énergie interne de Dieu agit sous Son ordre. Bien entendu, l'énergie matérielle agit également sous Sa direction, mais c'est spécifiquement par l'intermédiaire de l'énergie spirituelle que s'exprime Sa volonté directe. Ainsi, c'est par le truchement de Son énergie spirituelle qu'Il Se révèle. La Bhagavad-gita (IV.6) déclare: sambhavamy atma-mayaya, et les mots atma-mayaya se traduisent par "puissance interne". C'est donc par l'intermédiaire de Sa puissance interne qu'Il Se révèle, et ce, de Son plein gré, lorsque le bhakta a su Lui plaire par son service d'amour absolu. Jamais un bhakta ne sommera le Seigneur de lui apparaître ou de venir danser devant lui, car il ne lui appartient pas d'agir de la sorte. Il existe nombre de soi-disant bhaktas qui exigent du Seigneur qu'Il vienne danser sous leurs yeux; mais le Seigneur n'est sous les ordres de personne. Au contraire, Il ne Se révélera que lorsque Son dévot L'aura comblé par ses actes de pure dévotion. D'où l'importance, dans ce verset, du mot adhoksaja, puisqu'il indique que nos efforts en vue de réaliser Dieu, la Personne Suprême, par l'entremise de nos sens matériels ou de la spéculation intellectuelle sont voués à l'échec. Toutefois, celui qui en a le désir peut mettre fin aux activités matérielles de ses sens, et le Seigneur, Lui, en manifestant Son énergie spirituelle, peut alors Se révéler à Son pur dévot. Celui-ci n'a désormais qu'un seul devoir: Lui rendre son humble hommage. C'est sous Sa Forme spirituelle que la Vérité Absolue Se révèle à Son dévot. Vasudeva, le Seigneur, n'est pas sans forme, puisque ce verset mentionne que dès que le Seigneur Se révèle, le bhakta Lui rend son hommage. Or, un hommage ne s'adresse qu'à une personne, et non à quelque chose d'impersonnel. On ne doit donc pas souscrire à l'interprétation mayavada, selon laquelle Vasudeva serait impersonnel. La Bhagavad-gita enseigne la voie de l'abandon, ou prapadyate; or, c'est à une personne que l'on s'abandonne, et non pas à un absolu impersonnel . La notion même d'abandon ou d'adoration implique nécessairement qu'il existe un objet de cet abandon ou de cette adoration.
tat te niriksyo na pitapi deha-krd
dakso mama dvit tad-anuvratas ca ye yo visvasrg-yajna-gatam varoru mam anagasam durvacasakarot tirah
Pour une femme, le mari et le père sont, l'un comme l'autre, dignes de vénération. Une femme vit sous la protection de son père durant son enfance, puis sous celle d'un mari lorsqu'elle atteint la maturité. Par suite, l'un comme l'autre, mais en particulier le père puisque c'est lui qui lui a donné son corps, sont dignes de sa vénération. Aussi voyons-nous Siva tenir à Sati les propos suivants: "Sans nul doute, ton père est digne d'admiration, et plus encore que je ne le suis; mais prends garde, car bien que ce soit lui qui t'ait donné ton corps, il pourrait également devenir celui qui te le reprendra. En effet, lorsque ton père te verra, il pourrait bien t'insulter à cause du lien qui t'unit à moi. Et, venant d'un parent, une insulte est pire que la mort, surtout lorsqu'elle s'adresse à une personne de haute condition."
yadi vrajisyasy atihaya mad-vaco
bhadram bhavatya na tato bhavisyati sambhavitasya sva-janat parabhavo yada sa sadyo maranaya kalpate
Ainsi s'achèvent les enseignements de Bhaktivedanta sur le troisième chapitre du quatrième Chant du Srimad-Bhagavatam, intitulé: "Discussion entre Siva et Sati".
Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare |