SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 4
CHAPITRE 4

Sati quitte son corps.

VERSET 1

maitreya uvaca
etavad uktva virarama sankarah
patny-anga-nasam hy ubhayatra cintayan
suhrd-didrksuh parisankita bhavan
niskramati nirvisati dvidhasa sa

TRADUCTION

Le sage Maitreya dit:
Voyant Sati indécise, Siva se tut. Celle-ci éprouvait le désir intense de se rendre chez son père pour y voir ses parents et amis, mais en même temps la mise en garde de Siva l'emplissait de crainte. Perplexe, elle entrait et sortait de la pièce, telle une balançoire qui va et vient.

TENEUR ET PORTEE

Sati était partagée entre le désir de se rendre chez son père et celui de suivre les recommandations de Siva. Ce dilemme la tiraillait tellement qu'elle se déplaçait d'un côté à l'autre de la pièce, si bien que son va-et-vient rappelait celui du balancier d'une horloge.

VERSET 2

suhrd-didrksa-pratighata-durmanah
snehad rudaty asru-kalativihvala
bhavam bhavany apratipurusam rusa
pradhaksyativaiksata jata-vepathuh

TRADUCTION

Grande fut la peine de Sati lorsque Siva lui interdit de se rendre chez son père pour y rencontrer ses parents et amis; du fait de l'affection qu'elle leur portait, elle versa des larmes. Tremblante et très affligée, elle considéra Siva, cet être exceptionnel qu'elle avait pour époux comme si elle allait le foudroyer du regard.

TENEUR ET PORTEE

Dans ce verset, le mot apratipurusam signifie "celui que nul n'égale". En effet, personne, dans l'univers matériel, n'égale Siva pour ce qui est de son impartialité envers tous les êtres. Or Sati, sachant son mari équitable envers tous, ne comprenait pas pourquoi il se montrait si sévère envers elle, sa femme, ne lui permettant pas de se rendre chez son père. La peine qu'elle en ressentait était plus qu'elle ne pouvait tolérer, et elle fixait son mari comme si elle s'apprêtait à le foudroyer du regard. En d'autres termes, puisque Siva est l'atma (le mot siva signifie également atma), on peut ici comprendre que Sati était prête à se suicider. Le mot apratipurusa se traduit également par "un personnage sans rival". Ne pouvant convaincre Siva de lui accorder sa permission, Sati eut recours aux pleurs, cette arme ultime de la femme, qui oblige son mari à se rendre à ses désirs.

VERSET 3

tato vinihsvasya sati vihaya tam
sokena rosena ca duyata hrda
pitror agat straina-vimudha-dhir grhan
premnatmano yo rdham adat satam priyah

TRADUCTION

Puis Sati quitta Siva, son époux, qui, par affection, lui avait pour ainsi dire abandonné la moitié de son corps. Respirant péniblement sous l'effet de la colère et de la détresse, elle céda à sa faible nature de femme et, contre toute raison, se rendit à la demeure de son père.

TENEUR ET PORTEE

Selon la conception védique de la vie de famille, les deux conjoints se donnent réciproquement la moitié de leur corps; en d'autres termes, l'un n'est pas complet sans l'autre. Sati était bien unie à Siva selon ce concept védique, et comme cela arrive parfois à cause de la faiblesse de la nature féminine, elle eut très envie de se rendre chez son père pour y rencontrer sa famille. Il est spécifiquement mentionné dans ce verset que son désir de quitter un mari aussi remarquable que Siva s'explique par cette faiblesse. En d'autres termes, ce trait affecte même les rapports entre époux, et c'est généralement le comportement de la femme qui provoque la désunion des conjoints, voire leur divorce. La meilleure attitude, pour la femme, consiste à se soumettre à la volonté de son époux; alors seulement la vie de famille sera-t-elle paisible. Il se peut qu'entre mari et femme surgisse parfois un désaccord, et ce, même au sein d'un couple aussi exemplaire que celui de Sati et Siva; mais une femme ne doit pas quitter l'égide de son époux à cause d'une simple mésentente. Si elle le faisait, il faudrait comprendre que c'est sous l'effet de sa faible nature féminine.

VERSET 4

tam anvagacchan druta-vikramam satim
ekam tri-netranucarah sahasrasah
sa-parsada-yaksa maniman-madadayah
puro-vrsendras tarasa gata-vyathah

TRADUCTION

Voyant Sati partir seule en toute hâte, des milliers de disciples de Siva, conduits par Maniman et Mada, et accompagnés par les Yaksas, la suivirent aussitôt; Nandi, le taureau de Siva marchait en tête.

TENEUR ET PORTEE

Sati s'éloigna très rapidement afin que son époux ne puisse l'arrêter, mais aussitôt, des milliers de disciples de Siva la suivirent, conduits par les Yaksas, Maniman et Mada. Dans ce verset, les mots gata-vyathah, signifiant "sans peur", indiquent que Sati ne s'inquiétait pas de ce qu'elle partait seule; ainsi n'éprouvait-elle pour ainsi dire aucune crainte. Le mot anucarah mérite également qu'on s'y attarde: il montre que les disciples de Siva étaient toujours prêts à faire n'importe quel sacrifice pour lui. Tous pouvaient comprendre que Siva ne désirait pas voir Sati partir seule. En effet, anucarah signifie également "ceux qui peuvent instantanément comprendre les intentions de leur maître".

VERSET 5

tam sarika-kanduka-darpanambuja-
svetatapatra-vyajana-srag-adibhih
gitayanair dundubhi-sankha-venubhir
vrsendram aropya vitankita yayuh

TRADUCTION

Les disciples de Siva firent asseoir Sati sur le taureau et lui donnèrent son oiseau favori. Attentifs à son plaisir, ils lui apportèrent un lotus, un miroir ainsi que d'autres accessoires similaires, et placèrent au-dessus d'elle un dais somptueux. Un groupe de chanteurs accompagnés de tambours, de conques et de bugles lui faisaient cortège, et l'ensemble était aussi majestueux qu'une procession royale.


Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare