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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 4 CHAPITRE 4 Sati quitte son corps.
abrahma-ghosorjita-yajna-vaisasam
viprarsi-justam vibudhais ca sarvasah mrd-darv-ayah-kancana-darbha-carmabhir nisrsta-bhandam yajanam samavisat
Lorsque des sages érudits et des brahmanas s'assemblent pour chanter des mantras védiques, certains parmi eux se livrent également à des débats concernant l'objet final des Ecritures. C'est ainsi qu'on pouvait voir certains des sages et des brahmanas discuter, alors que d'autres chantaient des mantras védiques, si bien que l'atmosphère tout entière était surchargée de vibrations sonores spirituelles. Or, celles-ci se retrouvent sous forme simplifiée dans le chant du maha-mantra:
Il convient de noter un autre point très intéressant dans ce verset: s'il y est fait mention d'animaux destinés au sacrifice, cela ne signifie pas qu'ils devaient être mis à mort. Les grands sages et les âmes réalisées se réunissaient pour accomplir des yajnas et, tout comme les hommes de science font aujourd'hui des expériences sur des animaux pour déterminer l'efficacité d'un médicament, ils faisaient la preuve de leur connaissance par l'intermédiaire de sacrifices d'animaux. Les brahmanas chargés d'accomplir les yajnas étaient des âmes hautement réalisées; afin de mettre leur science à l'épreuve, ils offraient dans le feu un animal âgé à qui ils redonnaient ainsi une nouvelle jeunesse. Cela leur permettait de vérifier la valeur des mantras védiques. Il n'était pas question de tuer les animaux et de les manger. Le véritable but d'un sacrifice n'était pas de remplir les fonctions d'un abattoir, mais plutôt d'éprouver la valeur des mantras védiques en donnant une nouvelle vie à l'animal. On avait recours à des animaux pour démontrer la puissance des mantras védiques, et non pour en faire de la viande.
tam agatam tatra na kascanadriyad
vimanitam yajna-krto bhayaj janah rte svasrr vai jananim ca sadarah premasru-kanthyah parisasvajur muda
La mère et les soeurs de Sati ne purent imiter le comportement de tous ceux qui ne lui firent pas très bon accueil. Poussées par un sentiment naturel, elles l'étreignirent immédiatement avec affection, les larmes aux yeux. Ceci montre bien que les femmes ont le coeur très tendre; l'amour et l'affection qu'elles ressentent naturellement ne sauraient être réprimés de façon artificielle. Les hommes qui composaient l'assemblée étaient des devas et des brahmanas hautement érudits; pourtant, ils craignaient Daksa, leur supérieur. Au fond d'eux-mêmes, ils souhaitaient réserver un bon accueil à Sati, mais, sachant que cela déplairait à Daksa, ils ne bronchèrent pas. Ainsi, les femmes sont-elles sensibles de par leur nature, alors que les hommes se montrent parfois très durs.
saudarya-samprasna-samartha-vartaya
matra ca matr-svasrbhis ca sadaram dattam saparyam varam asanam ca sa nadatta pitrapratinandita sati
Sati ne répondit pas à l'accueil qui lui fut réservé par sa mère et ses soeurs, car elle n'appréciait nullement le silence de son père. Parmi les enfants de Daksa, Sati était la plus jeune et elle se savait sa favorite. Or, voilà que Daksa oubliait toute son affection pour sa fille à cause du lien qui unissait celle-ci à Siva, et elle en fut profondément affligée. La conception matérielle de l'existence fondée sur le corps est si impure que la moindre provocation peut anéantir tout lien d'amour et d'affection. Lorsque les relations se fondent sur le corps, bien que l'on puisse éprouver de l'affection pour quelqu'un, il suffit d'une légère provocation pour que s'achève cette intimité; c'est dire combien ces liens sont transitoires.
arudra-bhagam tam aveksya cadhvaram
pitra ca deve krta-helanam vibhau anadrta yajna-sadasy adhisvari cukopa lokan iva dhaksyati rusa
Les offrandes que l'on présente dans le feu tout en chantant le mantra védique svaha correspondent à un hommage que l'on offre à tous les devas, les grands sages et les Pitas, y compris Brahma, Siva et Visnu. Il est d'usage que Siva figure au nombre de ceux qui font l'objet de cet hommage; mais, lorsque Sati pénétra dans l'arène, elle s'aperçut que les brahmanas ne prononçaient pas le mantra namah sivaya svaha par lequel on présente des offrandes à Siva. Elle n'était pas peinée pour elle-même puisque, sans être invitée, elle avait choisi de se rendre à la demeure de son père, mais elle avait voulu voir si son époux recevrait ou non le respect qui lui était dû. Retrouver sa famille, sa mère et ses soeurs, après tout, cela ne revêtait pas une si grande importance pour elle; aussi ne fit-elle guère attention à l'accueil que lui offrirent ces dernières. C'était plutôt l'insulte dont son mari faisait l'objet au cours de ce sacrifice qui la préoccupait. Lorsqu'elle prit conscience de cet affront, elle entra dans une grande colère et porta sur son père un regard si courroucé qu'elle donna l'impression de vouloir le réduire en cendres.
jagarha samarsa-vipannaya gira
siva-dvisam dhuma-patha-srama-smayam sva-tejasa bhuta-ganan samutthitan nigrhya devi jagato bhisrnvatah
Les sacrifices ont principalement pour objet de satisfaire Visnu, puisqu'Il est le bénéficiaire des fruits de tout sacrifice, d'où Son Nom de Yajnesa. Le Seigneur le confirme dans la Bhagavad-gita (V.29), lorsqu'Il dit être le véritable bénéficiaire de tout sacrifice: bhoktaram yajna-tapasam. Ignorants de ce fait, les hommes de moindre intelligence offrent des sacrifices afin d'obtenir des bienfaits matériels. C'est en effet pour des avantages matériels, visant à la satisfaction de leurs sens, que des êtres comme Daksa et ses disciples accomplissent des yajnas. De tels sacrifices sont ici condamnés comme n'étant que des oeuvres gratuites n'apportant aucun bien; c'est là une vérité que confirme le Srimad-Bhagavatam. Celui qui se plie aux injonctions védiques concernant l'offrande de sacrifices et divers autres actes intéressés mais qui ne développe pas d'attrait pour Visnu aura accompli des oeuvres inutiles. Quant à celui en qui s'est éveillé de l'amour pour Visnu, il doit également faire preuve d'amour et de respect pour les dévots de Visnu. Or, parmi les vaisnavas, Siva est considéré comme la plus haute personnalité: vaisnavanam yatha sambhuh. Voilà pourquoi, lorsque Sati vit que son père offrait de grands sacrifices, mais ne témoignait aucun respect à Siva, le plus grand d'entre les dévots du Seigneur, elle entra dans une grande colère —ce qui était d'ailleurs parfaitement justifié. En effet, lorsque Visnu ou un vaisnava fait l'objet d'une insulte, il convient de se mettre en colère. Sri Caitanya, qui toujours recommandait la non-violence, la douceur et l'humilité, S'emporta contre Jagai et Madhai lorsque ceux-ci offensèrent Nityananda, au point de vouloir leur ôter la vie. Un blasphème ou un outrage à l'égard de Visnu ou d'un vaisnava doit susciter une grande colère. Narottama Dasa Thakura disait lui-même: krodha bhakta-dvesi jane. La colère existe effectivement en nous, et elle peut constituer une grande qualité lorsqu'elle est dirigée contre une personne qui fait preuve d'envie à l'égard de Dieu, la Personne Suprême, ou de Son dévot. Il ne convient pas d'être tolérant lorsqu'une personne adopte une attitude offensante envers Visnu ou un vaisnava. Le courroux de Sati envers Daksa n'avait rien de blâmable car, bien qu'il fût son père, il voulait insulter le plus grand d'entre les vaisnavas. Aussi la colère de Sati envers son père était-elle tout à fait louable.
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