SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 4
CHAPITRE 6

Brahma invoque
la clémence de Siva.

VERSET 36

lingam ca tapasabhistam
bhasma-danda-jatajinam
angena sandhyabhra-ruca
candra-lekham ca bibhratam

TRADUCTION

Assis sur une peau de daim, il pratiquait toutes les formes d'austérités. Avec son corps couvert de cendres, on aurait dit un nuage au crépuscule; ses cheveux étaient surmontés d'un symbole en forme de demi-lune.

TENEUR ET PORTEE

L'austérité de Siva ne se manifeste pas exactement comme celle d'un vaisnava. Siva est le plus élevé d'entre tous les vaisnavas, mais il apparaît néanmoins sous un aspect particulier à l'intention d'une certaine catégorie d'hommes qui ne peuvent suivre les principes vaisnavas. Les adorateurs de Siva, ou Sivaïtes, s'habillent généralement de la même façon que ce dernier; parfois même, ils vont jusqu'à fumer et faire usage de drogue. Or, jamais les adeptes du culte vaisnava n'acceptent des pratiques de ce genre.

VERSET 37

upavistam darbhamayyam
brsyam brahma sanatanam
naradaya pravocantam
prcchate srnvatam satam

TRADUCTION

Installé sur une natte de paille, il instruisait tous ceux qui l'entouraient sur la Vérité Absolue, s'adressant plus particulièrement au grand sage Narada.

TENEUR ET PORTEE

Siva était assis sur une natte de paille, car ce genre de siège convient à ceux qui pratiquent des austérités afin de comprendre la Vérité Absolue. En outre, ce verset mentionne spécifiquement qu'il parlait au grand sage Narada, cet illustre dévot du Seigneur. Narada posait à Siva des questions ayant trait au service de dévotion, et ce dernier, en tant que le plus élevé des vaisnavas, l'instruisait dans ce domaine. En d'autres termes, Siva et Narada discutaient de la connaissance du Veda, mais il ne fait aucun doute que la conversation portait sur le service de dévotion. Il convient également de noter à cet égard que Siva représente le précepteur suprême, et le sage Narada l'auditeur parfait. Par suite, la bhakti, le service de dévotion, constitue le sujet suprême en matière de savoir védique.

VERSET 38

krtvorau daksine savyam
pada-padmam ca januni
bahum prakosthe ksa-malam
asinam tarka-mudraya

TRADUCTION

La jambe gauche appuyée sur la cuisse droite et la main gauche reposant sur la cuisse gauche, il demeurait assis dans cette position, dite virasana. Il tenait dans la main droite un chapelet de perles rudraksas, et son index pointé dessinait le mudra de l'argument.

TENEUR ET PORTEE

Dans la voie de l'astanga-yoga, la posture assise décrite dans ce verset se nomme virasana. Il existe huit phases dans la pratique du yoga, parmi les quelles yama et niyama (c'est-à-dire acquérir la maîtrise de soi, observer les principes et les règles, puis s'exercer aux postures assises, etc.). Outre la position dite virasana, il existe d'autres postures assises telles que padmasana et siddhasana. Toutefois, pratiquer ces asanas sans s'élever au niveau de réalisation de l'Ame Suprême, ou Visnu, ne saurait constituer la perfection du yoga. Siva est connu sous le nom de Yogisvara, ou le maître de tous les yogis; ce nom signifie que nul ne peut surpasser Siva dans la pratique du yoga. Krsna, Lui, porte le Nom de Yogesvara, ce qui indique que nul ne peut surpasser la perfection de Krsna dans le domaine du yoga. Le mot tarka-mudra revêt aussi un intérêt particulier. Cette position de la main consiste à avoir les doigts ouverts, avec l'index dressé dans le prolongement du bras afin d'attirer l'attention de l'auditoire sur un point particulier. En fait, il s'agit là d'une position symbolique.

VERSET 39

tam brahma-nirvana-samadhim asritam
vyupasritam girisam yoga-kaksam
sa-loka-pala munayo manunam
adyam manum pranjalayah pranemuh

TRADUCTION

Les mains jointes, tous les sages ainsi que tous les devas, avec à leur tête Indra, offrirent respectueusement leur hommage à Siva. Celui-ci, vêtu de safran et absorbé en samadhi, apparaissait comme le plus éminent de tous les sages.

TENEUR ET PORTEE

Il convient de noter, dans ce verset, le mot brahmananda. Il existe une explication de ce brahmananda, ou brahma-nirvana, donnée par Prahlada Maharaja. On dit situé dans le brahmananda celui qui s'absorbe entièrement dans l'adhoksaja, c'est-à-dire en Dieu, la Personne Suprême, Lequel échappe à la perception sensorielle des matérialistes.

Il est impossible de concevoir l'Existence, le Nom, la Forme, les Attributs et les Divertissements de Dieu, car Celui-ci est établi dans la transcendance, au-delà de ce que peuvent concevoir les matérialistes. Et parce que ceux-ci ne peuvent imaginer ou concevoir le Seigneur Suprême, ils en viennent à penser que Dieu est mort, alors qu'en vérité Il existe à jamais dans Sa Forme éternelle, dite sac-cid-ananda-vigraha. Le samadhi, l'extase spirituelle, correspond à une méditation constante sur la Forme du Seigneur, avec une concentration particulièrement intense. Il ne fait aucun doute que celui qui parvient à se plonger dans une méditation soutenue sur le Seigneur Suprême, connaît une extase spirituelle constante et goûte la joie du brahma-nirvana, ou brahmananda. Aussi, puisque Siva manifestait ces symptômes, il est dit qu'il demeurait sans cesse absorbé dans le brahmananda.

Il convient également de noter avec intérêt les mots yoga-kaksam, indiquant la posture assise où la cuisse gauche est tenue par une bande de tissu de couleur safran, solidement nouée. Les mots manunam adyam revêtent, eux aussi, une importance particulière, car ils indiquent un philosophe, un être réfléchi et capable de penser de manière fort pertinente; en d'autres termes, il s'agit d'un Manu. Or, notre verset révèle que d'entre tous les penseurs, Siva est le plus éminent. Bien entendu, il ne se livre pas à de vaines spéculations intellectuelles, mais comme l'a montré le verset précédent, il médite constamment sur la manière de délivrer les êtres démoniaques de leur vile condition. Il est dit que lors de l'avènement de Sri Caitanya, Sadasiva apparut en la personne d'Advaita Prabhu, lequel avait pour premier souci d'élever les âmes déchues au niveau du service de dévotion que l'on offre à Krsna. Voyant que la masse des gens se consacrait à de vaines occupations qui ne contribueraient qu'à prolonger leur existence matérielle, Siva, en la personne de Sri Advaita, implora le Seigneur Suprême, Sri Caitanya Mahaprabhu, de descendre en ce monde afin de délivrer ces âmes illusionnées; et c'est bel et bien pour répondre à la requête de Sri Advaita que Sri Caitanya apparut. Pareillement, Siva, qui se trouve à l'origine d'une sampradaya, la Rudra-sampradaya, pense continuellement au salut des âmes déchues, comme le démontra Sri Advaita Prabhu.

VERSET 40

sa tupalabhyagatam atma-yonim
surasuresair abhivanditanghrih
utthaya cakre sirasabhivandanam
arhattamah kasya yathaiva visnuh

TRADUCTION

Les devas aussi bien que les êtres démoniaques vénèrent les pieds pareils-au-lotus de Siva; pourtant, en dépit de sa position prestigieuse, dès qu'il s'aperçut que Brahma se trouvait là, au milieu de tous les autres devas, il se leva instantanément et lui offrit son hommage en se prosternant et en touchant ses pieds pareils-au-lotus, tout comme Vamanadeva offrit respectueusement Son hommage à Kasyapa Muni.

TENEUR ET PORTEE

Kasyapa Muni appartenait à la catégorie des êtres distincts, mais il eut pour fils Vamanadeva, une manifestation divine de Visnu. Ainsi, bien que Visnu fût Lui-même Dieu, la Personne Suprême, Il offrit Son hommage à Kasyapa Muni. Krsna, Lui aussi, lorsqu'Il était enfant, offrait toujours Son hommage à Ses parents, Nanda et Yasoda. Plus tard, au cours de la Bataille de Kuruksetra, Sri Krsna toucha même les pieds de Maharaja Yudhisthira parce que le roi était Son aîné. Il ressort de ces exemples que, malgré leur position élevée, le Seigneur Suprême, ainsi que Siva et bien d'autres bhaktas, nous montrent la voie à suivre en vénérant leurs supérieurs. Siva offrit donc son humble hommage à Brahma, car ce dernier était son père, tout comme Vamana le fit lorsqu'Il Se trouva en présence de Kasyapa.


Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare