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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 4 CHAPITRE 6 Brahma invoque
la clémence de Siva.
tathapare siddha-gana maharsibhir
ye vai samantad anu nilalohitam namaskrtah praha sasanka-sekharam krta-pranamam prahasann ivatmabhuh
Brahma souriait, car il savait qu'il est aussi facile de satisfaire Siva que de l'irriter. Il craignait que Siva ne soit de mauvaise humeur à cause de la perte de son épouse et de l'offense que Daksa avait commise envers lui. C'est donc afin de dissimuler sa crainte qu'il sourit et s'adressa à Siva.
brahmovaca
jane tvam isam visvasya jagato yoni-bijayoh sakteh sivasya ca param yat tad brahma nirantaram
O Siva, je sais que tu es le maître de la manifestation matérielle tout entière; tu es à la fois le père et la mère de cette manifestation cosmique, de même que le Brahman Suprême, qui la transcende. C'est ainsi que je te connais.
Bien que Brahma eût reçu des hommages très respectueux de Siva, il savait que la position de ce dernier était encore plus élevée que la sienne. La Brahma-samhita l'explique en disant que du point de vue de leurs positions originelles, il n'existe aucune différence entre Visnu et Siva, bien que ce dernier soit néanmoins différent de Visnu. On donne à ce propos l'exemple du yaourt, qui n'est pas différent du lait ayant servi à sa préparation.
tvam eva bhagavann etac
chiva-saktyoh svarupayoh visvam srjasi pasy atsi kridann urna-pato yatha
Dans ce verset, le mot siva-sakti revêt un intérêt particulier. Siva signifie "de bon augure" et sakti, "énergie". Le Seigneur Suprême possède des énergies très variées, et toutes sont bénéfiques. Brahma, Visnu et Mahesvara sont dits guna-avataras, ou manifestations vivantes des attributs matériels. Nous qui sommes dans l'univers matériel, nous voyons ces différentes manifestations divines sous des angles divers, mais puisque toutes émanent du bien suprême, elles revêtent toutes un caractère favorable, bien que nous considérions parfois un guna comme supérieur ou inférieur à un autre. L'ignorance, par exemple, ou tamo-guna, est jugée très inférieure aux autres influences matérielles; mais, d'un point de vue plus élevé, elle revêt également un caractère propice. Citons ici un exemple: au sein d'un Etat, le gouvernement institue simultanément un ministère de l'éducation et un ministère de la justice. Vu de l'extérieur, le ministère de la justice pourrait sembler sinistre, mais aux yeux du gouvernement, il revêt autant d'importance que le ministère de l'éducation. Aussi, le gouvernement financera-t-il les deux ministères de la même manière, sans discrimination.
tvam eva dharmartha-dughabhipattaye
daksena sutrena sasarjithadhvaram tvayaiva loke vasitas ca setavo yan brahmanah sraddadhate dhrta-vratah
L'institution védique des varnas et des asramas ne doit en aucune façon être négligée, car le Seigneur Suprême a Lui-même créé ces divisions pour préserver les valeurs spirituelles et l'harmonie au sein de la société. Les brahmanas, en tant que l'élite pensante, doivent faire voeu d'observer strictement ce principe. En cet âge de Kali, l'homme a tendance à vouloir abolir les divisions de la société, mais la non-observance des principes des varnas et des asramas n'est que le fruit d'un rêve impossible. La destruction des divisions sociales et spirituelles ne permettra pas de voir se réaliser l'idée d'une société sans classe. Il convient d'observer rigoureusement les principes des varnas et des asramas pour le plaisir du créateur car dans la Bhagavad-gita, Sri Krsna affirme avoir Lui-même créé les quatre divisions de la société —brahmanas, ksatriyas, vaisyas et sudras. Chacun de ces groupes doit agir selon les principes régulateurs propres à cette institution et satisfaire ainsi le Seigneur, tout comme les différentes parties de l'organisme servent l'intérêt du corps tout entier. Or, Dieu, la Personne Suprême, dans Sa forme universelle, représente ici le corps dans son ensemble. Quant aux brahmanas, aux ksatriyas, aux vaisyas et aux sudras, ils correspondent respectivement à la bouche, aux bras, au ventre et aux jambes de la virat-rupa. Tant qu'ils se vouent au service du tout, leur position est sûre; dans le cas contraire, ils tombent de leur position respective et se dégradent.
tvam karmanam mangala mangalanam
kartuh sva-lokam tanuse svah param va amangalanam ca tamisram ulbanam viparyayah kena tad eva kasyacit
On identifie Dieu, la Personne Suprême, à la Volonté souveraine et, en tant que tel, Il régit toutes choses. En conséquence, il est dit que pas un seul brin d'herbe ne bouge sans qu'intervienne la Volonté suprême. Généralement, ceux qui accomplissent des actes de piété accèdent aux systèmes planétaires supérieurs. Les dévots du Seigneur, eux, atteignent les Vaikunthalokas, les planètes spirituelles; quant aux impersonnalistes qui s'adonnent à la spéculation intellectuelle, ils rejoignent normalement la splendeur impersonnelle du Brahman. Pourtant, il arrive parfois qu'un mécréant ait immédiatement accès à Vaikunthaloka pour la seule raison qu'il a chanté le Nom de Narayana. Ce fut d'ailleurs le cas d'Ajamila: bien que celui-ci eût prononcé le Nom du Seigneur dans la seule intention d'appeler son fils, nommé Narayana, le Seigneur prit son appel au sérieux et lui accorda aussitôt de retourner à Vaikunthaloka en dépit de son passé, qui était pourtant chargé d'activités répréhensibles. Le roi Daksa, lui, qui toujours se consacrait à des actes de piété en accomplissant des sacrifices, fut sévèrement puni pour le simple fait d'avoir provoqué un léger malentendu avec Siva. Il faut donc en conclure que c'est à la Volonté suprême que revient le jugement ultime; nul ne peut contester ce fait. Sachant cela, un pur dévot du Seigneur se soumet en toutes circonstances à Sa volonté suprême, lui reconnaissant un caractère bénéfique absolu.
(1) S.B., 10.14.8
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