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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 4 CHAPITRE 7 Le sacrifice accompli
par Daksa.
bhava-stavaya krta-dhir
nasaknod anuragatah autkanthyad baspa-kalaya samparetam sutam smaran
krcchrat samstabhya ca manah
prema-vihvalitah sudhih sasamsa nirvyalikena bhavenesam prajapatih
daksa uvaca
bhuyan anugraha aho bhavata krto me dandas tvaya mayi bhrto yad api pralabdhah na brahma-bandhusu ca vam bhagavann avajna tubhyam hares ca kuta eva dhrta-vratesu
O cher Siva, j'ai commis une grave offense envers toi, mais ta bonté est si grande qu'au lieu de me retirer ta miséricorde, tu m'as accordé une immense faveur en me châtiant. Tout comme Visnu, tu ne te détournes jamais des brahmanas, fussent-ils incapables et indignes. Pourquoi donc m'abandonnerais-tu, moi qui m'applique à accomplir des sacrifices?
Bien que Daksa eût conscience de sa défaite, il savait que son châtiment était pure miséricorde de la part de Siva. Il se rappela en effet que Siva et Visnu ne se détournent jamais des brahmanas, même si parfois ces derniers ne font pas preuve des qualités requises. Selon la civilisation védique, une personne issue d'une famille brahmanique ne devrait jamais être sévèrement punie, ce qu'illustre la façon dont Arjuna traita Asvatthama. Ce dernier était fils d'un grand brahmana, Dronacarya, et bien qu'il fût coupable d'avoir tué tous les fils des Pandavas durant leur sommeil —crime pour lequel il fut condamné par Sri Krsna—, Arjuna lui pardonna et lui laissa la vie sauve parce qu'il se trouvait être le fils d'un brahmana. Dans ce verset, le mot brahma-bandhusu revêt un intérêt particulier. Un brahma-bandhu est une personne née d'un père brahmana mais ne se conduisant pas elle-même en brahmana. Il ne s'agit pas alors d'un brahmana, mais d'un brahma-bandhu; tel était le cas de Daksa. Il était né d'un illustre brahmana, Brahma lui-même, mais sa conduite à l'égard de Siva n'avait pas été très brahmanique; aussi reconnut-il qu'il n'était pas un parfait brahmana. Toutefois, Siva et Visnu témoignent toujours de l'affection aux brahmanas, même imparfaits. Siva ne châtia pas Daksa comme s'il eût été un ennemi; il lui infligea plutôt ce châtiment à seule fin de le ramener à la raison et de lui faire prendre conscience de son erreur. Lorsque Daksa comprit ceci, il rendit grâce à l'infinie miséricorde de Krsna et de Siva envers des brahmanas aussi déchus que lui. Cependant, malgré sa déchéance, son devoir de brahmana lui commandait d'accomplir le sacrifice, et c'est pourquoi il adressa alors des prières à Siva.
vidya-tapo-vrata-dharan mukhatah sma vipran
brahmatma-tattvam avitum prathamam tvam asrak tad brahmanan parama sarva-vipatsu pasi palah pasun iva vibho pragrhita-dandah
Le devoir spécifique de l'être humain, quel que soit son statut social, est de s'exercer à la maîtrise de son mental et de ses sens par l'observance des principes régulateurs prescrits dans les sastras védiques. Siva est qualifié de pasupati, car il protège les êtres vivants dans leur évolution spirituelle afin qu'ils puissent suivre le système védique des varnas et des asramas. Le mot pasu désigne aussi bien l'animal que l'être humain. Ce verset indique donc que Siva se montre toujours soucieux de protéger les animaux ainsi que les êtres ayant une conduite animale, c'est-à-dire tous ceux qui, d'un point de vue spirituel, ne sont pas très évolués. Il est également dit que les brahmanas sont issus de la bouche du Seigneur. Nous devons toujours nous rappeler qu'on s'adresse à Siva en tant que le représentant de Visnu, le Seigneur Suprême. Les Ecritures védiques expliquent que les brahmanas sont nés de la bouche de la forme universelle de Visnu, les ksatriyas de Ses bras, les vaisyas de Son abdomen (ou de Sa taille), et les sudras de Ses jambes. Or, c'est la tête qui représente l'élément principal du corps. Les brahmanas sont issus de la bouche de Dieu, la Personne Suprême, afin de recevoir les offrandes de charité destinées à l'adoration de Visnu et afin de répandre la connaissance védique. Siva porte donc le nom de Pasupati —ou protecteur des brahmanas et des autres êtres vivants. Il les protège contre les attaques des non-brahmanas, des êtres sans culture qui sont opposés à l'oeuvre de réalisation spirituelle. Le mot pasu a également une autre signification. Il indique en effet que les hommes qui ne s'intéressent qu'à la partie rituelle des Vedas et qui ne comprennent pas la position de Dieu, la Personne Suprême, ne sont pas plus évolués que des animaux. Le commencement du Srimad-Bhagavatam souligne à ce propos que si l'on exécute les rites mentionnés dans les Vedas, mais qu'on ne s'éveille pas à la conscience de Krsna, tous les efforts produits dans l'accomplissement des rites védiques sont considérés n'être qu'une perte de temps. En ruinant le sacrifice de Daksa, Siva voulait ainsi le punir, car il avait commis une grave offense en lui manquant de respect. Pour illustrer la conduite de Siva, ce verset le compare à un pasteur qui tient un bâton à la main pour faire peur à ses bêtes. Il est dit communément qu'il faut se servir d'un bâton pour protéger les animaux, car ceux-ci ne répondent ni aux arguments ni à la raison. Argumentum ad baculum: le seul argument auquel ils se soumettent, c'est celui du bâton. De même, si la raison, les arguments et l'autorité des Ecritures suffisent à convaincre des êtres évolués, la force sera nécessaire pour les hommes qui sont au niveau de l'animal. Les hommes qui ne se préoccupent que d'observer les rites védiques, mais qui ne progressent pas sur la voie du service de dévotion, de la conscience de Krsna, s'apparentent à des animaux, et c'est Siva qui est chargé de les protéger, et parfois de les châtier comme il le fit dans le cas de Daksa.
yo sau mayavidita-tattva-drsa sabhayam
ksipto durukti-visikhair viganayya tan mam arvak patantam arhattama-nindayapad drstyardraya sa bhagavan sva-krtena tusyet
Comme en toutes circonstances, un dévot du Seigneur qui se trouve dans l'adversité accepte cette situation comme étant la miséricorde du Seigneur. A vrai dire, les insultes proférées par Daksa contre Siva suffisaient à l'envoyer en enfer à perpétuité. Mais Siva fit preuve de bienveillance à son égard en le punissant afin de neutraliser son offense, ce dont Daksa se rendit compte par la suite; dans un sentiment de reconnaissance devant le comportement magnanime de Siva, il voulut lui témoigner sa gratitude. Prenons un exemple: parfois un père doit punir son enfant, mais lorsque celui-ci grandit et revient à la raison, il comprend que le châtiment infligé par son père n'était pas vraiment une punition, mais bien une grâce. De même, Daksa se rendit compte que la punition de Siva était une manifestation de sa miséricorde. Voilà bien le signe d'une personne qui progresse sur la voie de la Conscience de Krsna. Il est dit qu'un bhakta établi dans la Conscience de Krsna ne considère jamais une situation éprouvante comme une condamnation venant de Dieu, la Personne Suprême. Bien au contraire, il y discerne la grâce du Seigneur: "J'aurais dû être plus sévèrement châtié ou placé dans une situation encore plus dangereuse, compte tenu de mes fautes passées; mais le Seigneur m'a protégé de telle sorte que je n'ai reçu qu'un châtiment minime, une application symbolique de la loi du karma." Appréciant ainsi la grâce du Seigneur, le bhakta s'abandonne toujours à Dieu, la Personne Suprême, de plus en plus sérieusement et sans être troublé par ce genre de "punitions".
Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare |