SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 4
CHAPITRE 8

Dhruva Maharaja quitte
son foyer et gagne la forêt.

VERSET 51

smayamanam abhidhyayet
sanuragavalokanam
niyatenaika-bhutena
manasa varadarsabham

TRADUCTION

Le Seigneur est toujours souriant, et le bhakta devrait constamment Le voir dans cette attitude, alors qu'Il tourne Son regard infiniment miséricordieux vers Son dévot. C'est ainsi qu'il faut méditer sur Dieu, la Personne Suprême, Lui qui accorde toutes bénédictions.

TENEUR ET PORTEE

Il convient ici de noter le mot niyatena, signifiant que l'on doit se livrer à la méditation de la façon indiquée ci-dessus. Il ne s'agit donc pas d'inventer une voie de méditation sur Dieu, la Personne Suprême. Au lieu de cela, il faut suivre les sastras authentiques et les autorités spirituelles; en se conformant à cette méthode prescrite, on peut apprendre à se concentrer sur le Seigneur jusqu'à demeurer absorbé dans une méditation profonde et constante sur Sa Forme. Dans ce verset, les mots eka-bhutena signifient "avec grande attention et concentration". Ainsi, celui qui fixe son attention sur les descriptions des traits et des lignes du Corps du Seigneur ne tombera jamais.

VERSET 52

evam bhagavato rupam
subhadram dhyayato manah
nirvrtya paraya turnam
sampannam na nivartate

TRADUCTION

Celui qui médite ainsi, concentrant son mental sur cette Forme du Seigneur, éternelle source d'heureuse fortune, est rapidement libéré de toute souillure matérielle, et jamais sa méditation n'est interrompue.

TENEUR ET PORTEE

Cette méditation profonde et constante a pour nom samadhi, ou absorption dans la transcendance. Lorsqu'un être est constamment actif dans le service d'amour divin, rien ne peut le faire dévier de sa méditation sur la Forme du Seigneur, comme notre verset l'a expliqué. L'arcana-marga —ou la voie de la dévotion prescrite dans le pancaratra, ensemble de règles régissant l'adoration de la murti dans le temple—, conduit le bhakta à penser constamment à Dieu; tel est le samadhi, l'absorption dans la transcendance. Celui qui suit cette voie ne peut s'écarter du service qu'il voue au Seigneur; il atteint ainsi la perfection de la mission qui lui échoit en tant qu'être humain.

VERSET 53

japas ca paramo guhyah
sruyatam me nrpatmaja
yam sapta-ratram prapathan
puman pasyati khecaran

TRADUCTION

O fils de roi, je vais maintenant te révéler le mantra qu'il faut prononcer en pratiquant cette méditation. Celui qui s'applique à chanter ce mantra pendant sept nuits peut voir les êtres humains supérieurs volant dans le ciel.

TENEUR ET PORTEE

Il existe dans cet univers une planète nommée Siddhaloka; ses habitants possèdent naturellement et à la perfection les huit pouvoirs surnaturels que confère la pratique du yoga. Citons, entre autres, les pouvoirs suivants: se faire plus petit que le plus petit, plus léger que le plus léger ou plus lourd que le plus lourd, obtenir tout ce que l'on désire ou même créer une planète, etc. Grâce au laghima-siddhi —processus purificatoire permettant de devenir plus léger que le plus léger—, les habitants de Siddhaloka peuvent voler dans le ciel sans avoir à utiliser d'avions ou d'aéronefs. Narada Muni donne ici à entendre à Dhruva Maharaja que la méditation sur la Forme spirituelle du Seigneur, accompagnée par le chant du mantra, permet d'atteindre en sept jours une perfection telle que l'on peut voir ces êtres qui volent dans le ciel. Narada Muni utilise le mot japah, indiquant par là que le mantra qu'il faut chanter est très confidentiel. Mais, demandera-t-on, s'il est si confidentiel pourquoi donc est-il mentionné dans les pages du Srimad-Bhagavatam? A vrai dire, le mot "confidentiel" indique que, même si un mantra est connu de tous, à moins de le recevoir par l'intermédiaire de la filiation spirituelle, il n'aura pas d'effet. Selon des sources faisant autorité, le mantra qui n'a pas été transmis par la voie de la filiation spirituelle n'a aucune efficacité.

Ce verset apporte une autre précision: la méditation doit s'accompagner du chant d'un mantra. En cet âge, chanter le mantra Hare Krsna constitue la voie de méditation la plus facile et donne de voir instantanément les Formes de Hrsna, de Rama et de leurs énergies; telle est la perfection du samadhi. Il ne s'agit pas, pour celui qui chante Hare Krsna, de chercher artificiellement à voir la Forme du Seigneur; il doit plutôt parvenir à chanter sans commettre d'offence et c'est alors que le Seigneur Lui-même Se révèle automatiquement à sa vue. Par conséquent, celui qui chante le mantra doit se concentrer afin d'écouter la vibration sonore, et, sans autre effort de sa part, le Seigneur lui apparaîtra tout naturellement.

VERSET 54

om namo bhagavate vasudevaya
mantrenanena devasya
kuryad dravyamayim budhah
saparyam vividhair dravyair
desa-kala-vibhagavit

TRADUCTION

Om namo bhagavate vasudevaya. Tel est le mantra de douze syllabes au moyen duquel on adore Sri Krsna. Il faut installer les Formes du Seigneur manifestées dans le monde physique, et, tout en chantant le mantra, Lui offrir des fleurs, des fruits et d'autres variétés d'aliments en se conformant strictement aux règles prescrites par les autorités en la matière. Il faudra toutefois tenir compte des circonstances de temps et de lieu ainsi que des facilités et des difficultés concomitantes.

TENEUR ET PORTEE

Le mantra om namo bhagavate vasudevaya ou dvadasaksara mantra, que chantent les vaisnavas, commence par le pranava, ou omkara. Or, il existe une injonction aux termes de laquelle ceux qui ne sont pas brahmanas ne peuvent prononcer le pranava mantra; Dhruva Maharaja, lui, était né ksatriya. Il reconnut aussitôt devant Narada Muni qu'en tant que ksatriya, il était incapable de se conformer à ses instructions visant au renoncement et à la sérénité, qualités propres aux brahmanas. Néanmoins, bien que Dhruva ne fût pas un brahmana mais un ksatriya, il lui fut permis, de par l'autorité de Narada, de prononcer le pranava omkara. Ce fait revêt une importance particulière car, en Inde surtout, les brahmanas de caste critiquent vivement le fait que des personnes issues des autres varnas et n'étant pas nées au sein de familles de brahmanas récitent ce pranava mantra. Or, ce verset apporte la preuve tacite que si quelqu'un accepte le mantra vaisnava ou l'adoration de la murti conformément aux principes vaisnavas, il est autorisé à chanter le pranava mantra. En outre, dans la Bhagavad-gita, le Seigneur Lui-même atteste que toute personne, même de basse naissance, peut être élevée à la plus haute position et retourner à Dieu, en sa demeure originelle, si seulement elle L'adore convenablement.

Narada Muni établit ici les normes prescrites: il faut recevoir le mantra par l'intermédiaire d'un maître spirituel authentique et l'entendre de l'oreille droite. D'autre part, non seulement on doit chanter ou murmurer le mantra, mais il faut également avoir devant soi la murti, la forme matérialisée du Seigneur. Il va de soi que lorsque le Seigneur Se manifeste ainsi, il ne s'agit plus alors d'une forme matérielle. A titre d'exemple, lorsqu'une tige de fer plongée dans le feu est chauffée au rouge, il ne s'agit plus vraiment de fer, mais de feu. De même, lorsque nous confectionnons une forme du Seigneur —en bois, en pierre, en métal, au moyen de bijoux, peinte, ou même dans notre mental —il s'agit de Sa Forme authentique, spirituelle et absolue. De plus, non seulement on doit recevoir le mantra d'un maître spirituel authentique tel que Narada Muni ou son représentant dans la succession de maître à disciple, mais il faut également chanter ce mantra. En outre, il faut offrir la nourriture qui est disponible dans la région où l'on habite, en tenant compte de la saison et des possibilités.

Le processus de l'adoration —chanter le mantra et prendre soin des Formes du Seigneur— n'est pas stéréotypé et ne s'accomplit pas partout exactement de la même manière. Dans ce verset, il est spécifiquement mentionné que l'on doit tenir compte des circonstances de temps, de lieu et des facilités dont on peut disposer. Notre Mouvement pour la Conscience de Krsna se développant à travers le monde entier, nous avons également installé des murtis dans différents centres. Il arrive parfois que nos amis indiens, infatués de leurs conceptions forgées de toutes pièces, nous critiquent en disant: "Ils ne font pas ceci, ils ne respectent pas cela ..." Ce faisant, ils oublient ce que disait Narada Muni à l'un des plus grands vaisnavas, Dhruva Maharaja, à savoir que l'on doit tenir compte des circonstances de temps et de lieu, ainsi que facilités disponibles. En effet, ce qui est approprié en Inde peut ne pas l'être dans les pays occidentaux. Ainsi, ceux qui ne se rattachent pas vraiment à la lignée des acaryas ou qui n'ont personnellement aucune connaissance de la façon d'agir dans le rôle d'acarya, critiquent sans raison les activités de l'AICK en dehors de l'Inde. A vrai dire, ceux qui se permettent ainsi de critiquer sont eux-mêmes incapables de faire quoi que ce soit pour répandre la Conscience de Krsna. Si quelqu'un prend toutes sortes de risques afin de répandre effectivement la Conscience de Krsna en tenant compte des circonstances de temps et de lieu, il se peut que l'adoration connaisse certains changements quant à la forme; mais, selon les sastras, il n'y a pas là la moindre faute. Srimad Viraraghava Acarya, qui appartient à la filiation spirituelle de la Ramanuja-sampradaya, a noté dans son commentaire que les candalas —les âmes conditionnées qui naissent de parents inférieurs aux sudras— peuvent, eux aussi, recevoir l'initiation spirituelle dans certaines circonstances. Pour en faire des vaisnavas, on peut éventuellement apporter de légères modifications aux formalités requises.

Sri Caitanya Mahaprabhu recommande de faire entendre Son Nom partout dans le monde; mais comment est-ce possible à moins que l'on ne prêche en tous lieux? Le culte de Sri Caitanya Mahaprabhu correspond au bhagavata-dharma, et le Seigneur préconise en particulier la krsna-katha, c'est-à-dire le culte de la Bhagavad-gita et du Srimad-Bhagavatam. Etant donné qu'il s'agit là d'une oeuvre de bienfaisance dite para-upakara, Il exhorte tout sujet indien à apporter le message du Seigneur aux autres habitants de la Terre. Or, ce membre de phrase —"aux autres habitants de la Terre"— ne se rapporte pas seulement à ceux qui s'apparentent en tous points aux brahmanas et ksatriyas indiens ou aux brahmanas de caste, lesquels prétendent appartenir à cette classe sociale du seul fait qu'ils naissent au sein d'une famille brahmanique. Le principe qui veut que seuls les Indiens et les Hindous aient accès au culte vaisnava repose sur une conception erronée. Il faut au contraire propager le culte vaisnava afin de le rendre accessible à tous; tel est le but de ce Mouvement pour la Conscience de Krsna. Rien n'empêche de répandre ce Mouvement parmi les hommes issus de familles candalas, mlecchas ou yavanas. Même en Inde, cette vérité a été attestée par Srila Sanatana Gosvami dans son Hari-bhakti-vilasa —ouvrage smrti qui représente le guide védique officiel des vaisnavas pour leur vie quotidienne. Sanatana Gosvami enseigne que tout comme on peut transmuter en or l'airain combiné au mercure par un processus chimique, quiconque reçoit l'initiation spirituelle authentique, ou diksa, peut devenir un vaisnava. Cette initiation, il faut la recevoir d'un maître spirituel authentique issu de la filiation spirituelle et accrédité par son propre maître spirituel. C'est là ce qu'on appelle diksa-vidhana. Sri Krsna l'affirme Lui-même dans la Bhagavad-gita, vyapasritya: il faut accepter un maître spirituel. Grâce à ce processus, le monde entier peut être converti à la conscience de Krsna.

VERSET 55

salilaih sucibhir malyair
vanyair mula-phaladibhih
sastankuramsukais carcet
tulasya priyaya prabhum

TRADUCTION

Il faut adorer le Seigneur en Lui offrant de l'eau pure, des fruits, des fleurs et des légumes que l'on peut trouver dans la forêt ainsi que des guirlandes de fleurs; on peut aussi ramasser pour Lui de l'herbe fraîche, des petits bourgeons de fleurs ou même l'écorce des arbres, et, si possible, Lui offrir des feuilles de tulasi, qui Lui sont très chères.

TENEUR ET PORTEE

Il est spécifiquement indiqué dans ce verset que les feuilles de tulasi sont très chères à Dieu, la Personne Suprême; aussi les bhaktas doivent-ils soigneusement veiller à avoir des feuilles de tulasi dans chaque temple et lieu d'adoration. Lorsque nous entreprîmes de propager le Mouvement pour la Conscience de Krsna dans les pays occidentaux, nous fûmes très peinés de ne pouvoir trouver des feuilles de tulasi. Aussi sommes-nous extrêmement obligés à notre disciple, Srimati Govinda dasi, qui a apporté un soin extrême à faire pousser des plants de tulasi en semant des graines; grâce à Krsna, ses effors ont été couronnés de succès, et il y a maintenant des tulasis dans presque tous les centres de notre Mouvement.

Les feuilles de tulasi revêtent donc une grande importance dans le processus de l'adoration offerte à Dieu, la Personne Suprême. En outre, ce verset mentionne le mot salilaih, signifiant ici "avec de l'eau". Evidemment, Dhruva Maharaja, lui, adorait le Seigneur sur la rive de la Yamuna, celle-ci, comme le Gange, est une rivière sacrée. Or, en Inde, les bhaktas soutiennent parfois avec insistance qu'il faut absolument de l'eau du Gange ou de la Yamuna pour adorer la murti. Cependant, dans ce verset, nous pouvons lire les mots desa-kala, signifiant "selon les circonstances de temps et de lieu". Il n'est pas possible de se procurer de l'eau du Gange ou de la Yamuna dans les pays occidentaux, car ces fleuves sacrés en sont fort éloignés. Doit-on pour autant abandonner le processus de l'arca? Parce Nullement. Le mot salilaih indique de l'eau, sans aucune désignation spécifique: on utilisera donc simplement celle que l'on peut se procurer, pourvu qu'elle soit très pure et recueillie selon les règles de pureté. Tout le reste —les guirlandes de fleurs, les fruits et les légumes— devra être recueilli en fonction de l'endroit et des possibilités. Les feuilles de tulasi sont très importantes pour satisfaire le Seigneur; il faut donc, autant que possible, faire pousser des plants de tulasi. Il fut conseillé à Dhruva Maharaja d'adorer le Seigneur avec les fruits et les fleurs qu'il pourrait trouver dans la forêt; en effet, dans la Bhagavad-gita, Krsna dit clairement qu'Il accepte des légumes, des fruits, des fleurs, etc. Il convient donc de n'offrir à Vasudeva que ce qui est ici prescrit par Narada Muni, une haute autorité en la matière. Les offrandes aux murtis ne peuvent dépendre de notre fantaisie; puisqu'il est possible de se procurer ces fruits et ces légumes en tous lieux, il convient d'observer très scrupuleusement cette petite règle.


Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare