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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 4 CHAPITRE 8 Dhruva Maharaja quitte
son foyer et gagne la forêt.
viraktas cendriya-ratau
bhakti-yogena bhuyasa tam nirantara-bhavena bhajetaddha vimuktaye
Il existe divers niveaux de perfection selon les objectifs poursuivis par différentes personnes. Les karmis représentent la masse des hommes, ceux qui agissent pour la satisfaction des sens. Supérieurs aux karmis, les jnanis cherchent à se libérer des chaînes de l'existence matérielle. Les yogis sont encore plus avancés, car ils méditent sur les pieds pareils-au-lotus de Dieu, la Personne Suprême. Mais plus élevés que tous et véritablement établis au niveau de l'extase, les dévots du Seigneur se vouent simplement à Son service d'amour spirituel et absolu. Dhruva Maharaja reçoit ici la recommandation de se consacrer directement au service d'amour absolu du Seigneur s'il n'éprouve aucun désir pour la satisfaction des sens. La voie de la libération, ou apavarga, commence au stade appelé moksa; dans ce verset, on peut remarquer à cet égard le mot vimuktaye, signifiant "pour la libération". Celui qui cherche le bonheur au sein de l'univers matériel aspirera à atteindre les différents systèmes planétaires qui offrent des plaisirs supérieurs; mais la véritable moksa, ou libération, n'est atteinte que si l'on est exempt de tout désir de cet ordre. C'est ce qu'explique d'ailleurs le Bhakti-rasamrta-sindhu par le mot anyabhilasita-sunyam, signifiant "sans aucun désir de satisfaction matérielle". La forme de libération propre au bhakti-yoga n'est pas recommandée à ceux qui demeurent enclins à jouir de l'existence matérielle à différents niveaux ou sur diverses planètes. Seuls les êtres totalement affranchis de la souillure liée à la satisfaction des sens peuvent suivre avec une grande pureté la voie du service de dévotion, ou bhakti-yoga. Les actes correspondant à la voie de l'apavarga, jusqu'au stade de dharma, artha, et kama, visent à la satisfaction des sens, et celui qui atteint le niveau de moksa, la libération impersonnelle, désire alors se fondre dans l'existence du Suprême. Mais il s'agit là encore d'une forme de satisfaction des sens. Toutefois, celui qui s'élève au-dessus du niveau de la libération devient aussitôt l'un des compagnons du Seigneur, voué à Son service d'amour spirituel et absolu. Voilà ce que l'on entend précisément par vimukti. Or, Narada Muni recommande à ceux qui aspirent à cette libération particulière, dénommée vimukti, de se consacrer directement au service de dévotion offert au Seigneur.
ity uktas tam parikramya
pranamya ca nrparbhakah yayau madhuvanam punyam hares carana-carcitam
tapo-vanam gate tasmin
pravisto ntah-puram munih arhitarhanako rajna sukhasina uvaca tam
narada uvaca
rajan kim dhyayase dirgham mukhena parisusyata kim va na risyate kamo dharmo varthena samyutah
O roi, ton visage paraît se flétrir, et il semble que quelque chose accapare tes pensées depuis fort longtemps. Qu'est-ce à dire? Aurais-tu rencontré des difficultés sur la voie des rites religieux, de l'accroissement des richesses ou du plaisir des sens?
Les quatre étapes du progrès d'une civilisation sont la piété matérielle, l'essor économique, la satisfaction des sens et, pour certains, la libération. Narada Muni n'interrogea pas le roi au sujet de sa libération, mais uniquement à propos du gouvernement de son royaume, lequel doit contribuer à promouvoir les trois principes que sont la religion, l'essor économique et la satisfaction des sens. Puisque ceux qui se consacrent à ces activités n'éprouvent pas d'intérêt pour la libération, Narada n'interrogea pas le roi à ce sujet. La libération est destinée à ceux qui ont perdu tout intérêt pour les cérémonies religieuses rituelles, l'accroissement des richesses et le plaisir des sens.
rajovaca
suto me balako brahman strainenakarunatmana nirvasitah panca-varsah saha matra mahan kavih
O toi, le meilleur des brahmanas, je suis excessivement attaché à ma femme. Me voilà déchu au point d'avoir perdu toute notion de miséricorde, et ce, même à l'égard de mon fils, qui n'a pourtant que cinq ans. Je l'ai banni, lui et sa mère, bien qu'il soit une âme élevée et un grand dévot du Seigneur.
Ce verset contient certains mots dont il convient d'étudier le sens avee grand soin. Le roi expliqua qu'il était maintenant dépourvu de miséricorde parce qu'il était trop épris de sa femme. Voilà à quoi mène une trop grande affection pour les femmes. Le roi avait deux épouses; la première était Suniti, la seconde, Suruci. Mais, par suite de son attachement excessif pour sa seconde femme, il s'était mal conduit avec Dhruva Maharaja; de ce fait, ce dernier avait quitté le foyer pour se livrer à des austérités. Bien que le roi éprouvât une affection naturelle pour son fils, il relégua au second plan ses sentiments pour Dhruva Maharaja parce qu'il était trop épris de sa deuxième femme. Maintenant, il se repentait d'avoir quasiment banni Dhruva Maharaja ainsi que sa mère, Suniti. Dhruva Maharaja était parti pour la forêt, et sa mère, du fait qu'elle était négligée par le roi, était pour ainsi dire également bannie. Le roi regrettait maintenant d'avoir banni son fils, qui n'avait que cinq ans, car un père ne devrait ni rejeter sa femme et ses enfants, ni omettre de subvenir à leurs besoins. En proie à la morosité, le roi regrettait d'avoir délaissé Suniti et son fils, et son visage semblait défait. Selon la Manu-smrti, l'homme ne doit jamais abandonner sa femme et ses enfants. Il peut cependant arriver qu'il rompe avec eux s'ils vont contre sa volonté et ne suivent pas les principes régissant la vie familiale. Mais ce n'était pas le cas de Dhruva Maharaja, car il était très bien élevé et très obéissant; de plus, c'était un grand dévot du Seigneur. Un tel être ne doit jamais être négligé, mais le roi avait pourtant été contraint de le rejeter, et il était maintenant plongé dans la désolation.
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