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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 4 CHAPITRE 8 Dhruva Maharaja quitte
son foyer et gagne la forêt.
tatha manur vo bhagavan pitamaho
yam eka-matya puru-daksinair makhaih istvabhipede duravapam anyato bhaumam sukham divyam athapavargyam
La réussite d'une vie se mesure au bonheur matériel dont on a pu jouir et au fait qu'on obtient ou non la libération lors de sa vie prochaine. Or, un succès de cet ordre ne s'obtient que par la grâce de Dieu, la Personne Suprême. Les mots eka-matya traduisent le fait de concentrer son mental sur le Seigneur, sans la moindre déviation. La Bhagavad-gita indique également cette voie d'adoration constante du Seigneur Suprême par les mots ananyabhak. Ce verset traite, lui aussi, de "ce qu'il est impossible d'obtenir par quelque autre voie", et cette "autre voie" se rapporte à l'adoration des devas. Il est particulièrement souligné ici que l'opulence de Manu résultait de sa fidélité indéfectible dans le service spirituel et absolu qu'il offrait au Seigneur. Celui qui laisse son mental se tourner vers l'adoration de nombreux devas dans le dessein d'obtenir quelque plaisir matériel est considéré comme étant dénué d'intelligence. Même si quelqu'un désire le bonheur matériel, il peut, pour cela, adorer sans faillir le Seigneur Suprême; quant à ceux qui aspirent à la libération, ils peuvent, eux aussi, adorer le Seigneur Suprême et atteindre ainsi leur but.
tam eva vatsasraya bhrtya-vatsalam
mumuksubhir mrgya-padabja-paddhatim ananya-bhave nija-dharma-bhavite manasy avasthapya bhajasva purusam
La voie du bhakti-yoga, telle que la reine Suniti la décrit à son fils, représente par excellence le processus qui permet de réaliser Dieu. Chacun peut continuer d'agir dans le cadre de son devoir prescrit et simultanément garder le Seigneur Suprême en son coeur. Le Seigneur l'enseigne d'ailleurs Lui-même à Arjuna dans la Bhagavad-gita: "Va combattre, mais garde-Moi en ton mental". Telle devrait être la devise de toute personne honnête cherchant la perfection de la conscience de Krsna. A cet égard, la reine Suniti souligna à l'intention de son fils que Dieu, la Personne Suprême, est qualifié de bhrtya-vatsala, ce qui indique qu'Il est plein de bienveillance envers Ses dévots. "Tu es venu me trouver tout en pleurs parce que tu as été insulté par ta belle-mère, dit-elle, mais je ne peux rien faire pour toi. Toutefois, Krsna est tellement bon envers Ses dévots que si tu t'adresses à Lui, Son affection et Sa tendresse surpasseront la bienveillance de millions de mères comme moi. Quand personne n'est en mesure d'adoucir nos souffrances, Krsna, Lui, peut toujours aider Son dévot." La reine Suniti spécifia également que la voie qui mène à Dieu, la Personne Suprême, n'a rien d'aisé, et que de grands sages très élevés dans la réalisation spirituelle cherchent eux-mêmes à suivre cette voie. Elle donna aussi à entendre, par le biais de son enseignement, que Dhruva Maharaja n'était qu'un petit garçon de cinq ans et qu'il ne lui était pas possible de se purifier par la méthode du karma-kanda. En revanche, même un enfant de moins de cinq ans —et en fait n'importe qui, quel que soit son âge— peut se purifier par la pratique du service de dévotion. Tel est l'intérêt particulier du bhakti-yoga. La reine Suniti recommanda donc à son fils de ne pas adopter la voie de l'adoration des devas ni aucun autre processus, mais seulement de s'en remettre à Dieu, grâce à quoi il atteindrait toute perfection. En effet, dès que l'on établit Dieu en son coeur, tout devient facile et le succès est assuré.
nanyam tatah padma-palasa-locanad
duhkha-cchidam te mrgayami kancana yo mrgyate hasta-grhita-padmaya sriyetarair anga vimrgyamanaya
Suniti souligne ici que la bénédiction reçue de la Personne Suprême et celle que confèrent les devas ne se situent pas sur un même plan. Selon certains êtres sans intelligence, quel que soit celui à qui l'on offre son adoration, on obtient le même résultat; en vérité, il ne saurait en être ainsi. La Bhagavad-gita affirme pour sa part que les bénédictions reçues des devas sont toutes éphémères et destinées aux êtres de moindre intelligence. En d'autres termes, les bénédictions accordées par les devas ne peuvent être permanentes car, bien que ceux-ci occupent des positions fort élevées, ils n'en demeurent pas moins conditionnés par l'existence matérielle, tous autant qu'ils sont. Pour être permanente, une bénédiction doit être spirituelle, puisque l'âme spirituelle est éternelle. La Bhagavad-gita ajoute d'ailleurs que seuls les êtres ayant perdu leur intelligence adorent les devas. Aussi Suniti dit-elle à son fils qu'il ne devait pas rechercher la miséricorde des devas s'il souhaitait apaiser sa détresse, mais qu'il devait plutôt s'adresser directement à Dieu, la Personne Suprême. Le Seigneur octroie les prospérités matérielles par l'intermédiaire de Ses différentes puissances, et en particulier par celui de la déesse de la fortune. Aussi, ceux qui aspirent à la possession de biens matériels doivent-ils s'attacher à satisfaire cette déesse ou à obtenir sa faveur. Bien qu'elle reçoive même l'adoration de prestigieux devas, Maha-Laksmi n'a elle-même d'autre souci que celui de plaire à Dieu, la Personne Suprême. Par suite, quiconque se voue à l'adoration du Seigneur reçoit tout naturellement les bénédictions de la déesse de la fortune. A cette époque particulière de sa vie, Dhruva Maharaja nourrissait une ambition matérielle; sa mère lui expliqua fort justement que, même animé d'une telle aspiration, il est préférable d'adorer, non pas les devas, mais le Seigneur Suprême. Bien qu'un pur bhakta n'attende pas du Seigneur des bénédictions lui permettant d'améliorer sa condition matérielle, la Bhagavad-gita déclare que des êtres pieux s'adressent à Lui même pour des bénédictions de cet ordre, mais qu'ils se purifient peu à peu à Son contact. Ils s'affranchissent ainsi de tout désir matériel et se voient élevés au niveau spirituel. A moins d'atteindre ce niveau, il n'est pas possible de transcender parfaitement toutes souillures matérielles. En femme avisée qu'elle était, Suniti, la mère de Dhruva, conseilla à son fils d'adorer exclusivement le Seigneur Suprême. Ce verset rapporte que le Seigneur a des yeux semblables à des lotus (padma-palasa-locanat). Lorsqu'une personne se trouve lasse, toute sa fatigue peut être dissipée à la seule vue d'une fleur de lotus. De même, lorsqu'un être dans le malheur voit le visage pareil-au-lotus de Dieu, il se trouve sur-le-champ soulagé de toutes ses peines. La fleur de lotus est l'un des symboles portés par Sri Visnu ainsi que par la déesse de la fortune. Aussi, ceux qui adorent la déesse de la fortune et Sri Visnu jouissent-ils d'une grande opulence, autant matérielle que spirituelle. En outre, le Seigneur se voit parfois qualifié de siva-virinci-nutam, mots signifiant que Siva et Brahma offrent, eux aussi, leur humble hommage aux pieds pareils-au-lotus de la Personne Suprême, Narayana.
maitreya uvaca
evam sanjalpitam matur akarnyarthagamam vacah sanniyamyatmanatmanam niscakrama pituh purat
Les paroles de Suniti, la mère de Dhruva Maharaja, n'avaient d'autre but que de permettre à l'enfant de réaliser le désir de ce dernier. Aussi, après mûre réflexion, en toute intelligence et empli d'une résolution profonde, Dhruva quitta la demeure de son père.
La mère et le fils se lamentaient sur le fait que Dhruva Maharaja avait été insulté par sa belle-mère et que son père n'avait nullement réagi. Mais, étant donné qu'il ne sert à rien de seulement se lamenter et qu'il faut plutôt chercher à remédier à son malheur, la mère et le fils décidèrent ensemble de chercher refuge aux pieds pareils-au-lotus du Seigneur, car là se trouve l'unique solution à tout problème matériel. Nous apprenons à cet égard que Dhruva Maharaja quitta la capitale de son père pour se rendre en un lieu solitaire, afin de trouver Dieu. Prahlada Maharaja donne le même enseignement: celui qui aspire à la paix intérieure doit se purifier de toute souillure liée à la vie de famille, et se rendre dans la forêt pour chercher refuge en Dieu, la Personne Suprême. Pour le gaudiya-vaisnava, cette forêt est celle de Vrnda, ou Vrndavana. Celui qui trouve refuge à Vrndavana, sous les auspices de Vrndavanesvari, Srimati Radharani, voit à coup sûr se résoudre très facilement tous les problèmes de son existence.
naradas tad upakarnya
jnatva tasya cikirsitam sprstva murdhany agha-ghnena panina praha vismitah
Lorsque Dhruva Maharaja parlait à sa mère, Suniti, de tous les incidents qui s'étaient produits au palais, Narada n'était pas présent. On peut donc se demander comment il put surprendre cette conversation. Sachons donc que Narada est trikala-jna; ses pouvoirs sont tels qu'il peut comprendre le passé, le présent et l'avenir de chacun, tout comme Dieu, l'Ame Suprême, sise dans le coeur de tous. Aussi, lorsque Narada comprit que Dhruva Maharaja était fermement résolu, il lui vint en aide. Les faits s'expliquent de la sorte: Dieu, la Personne Suprême, Se trouve dans le coeur de chacun, et dès qu'Il voit qu'un être vivant cherche sincèrement à accéder au service de dévotion, Il lui envoie Son représentant; c'est ainsi que Narada fut envoyé à Dhruva Maharaja. Le Caitanya-caritamrta l'explique également: c'est par la grâce du maître spirituel et de Krsna que l'on accède au service de dévotion (guru-krsna-prasade paya bhakti-lata-bija). Ainsi, devant la ferme résolution de Dhruva Maharaja, Krsna, l'Ame Suprême, lui envoya aussitôt Son représentant, Narada, afin de lui donner l'initiation spirituelle.
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