SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 4
CHAPITRE 8

Dhruva Maharaja quitte
son foyer et gagne la forêt.

VERSET 26

aho tejah ksatriyanam
mana-bhangam amrsyatam
balo py ayam hrda dhatte
yat samatur asad-vacah

TRADUCTION

“Sont-ils merveilleux, ces puissants ksatriyas! Ils ne peuvent tolérer la moindre atteinte à leur prestige. Songez un peu! Bien que ce garçon ne soit qu'un tout jeune enfant, il n'a pu supporter les paroles blessantes de sa belle-mère.”

TENEUR ET PORTEE

Les caractéristiques du ksatriya sont décrites dans la Bhagavad-gita. Entre autres traits marquants, il doit avoir le sens de l'honneur et ne jamais fuir le combat. De toute évidence, le sang ksatriya de Dhruva Maharaja était naturellement très vif. En effet, si les principes propres aux brahmanas, aux ksatriyas ou aux vaisyas sont maintenus au sein d'une famille, les fils et les petit-fils héritent naturellement de la mentalité propre à l'ordre auquel appartiennent leurs ascendants. C'est la raison pour laquelle, dans le système védique, on se doit d'appliquer très strictement le principe du samskara, celui de la purification. Celui qui n'observe pas les mesures purificatrices en usage dans la famille se voit aussitôt ravalé à un niveau d'existence inférieur.

VERSET 27

narada uvaca
nadhunapy avamanam te
sammanam vapi putraka
laksayamah kumarasya
saktasya kridanadisu

TRADUCTION

Narada, le grand sage, dit à Dhruva:
Mon cher enfant, tu n'es qu'un petit garçon qui se complaît dans les jeux et autres frivolités. Pourquoi es-tu si affecté par des paroles qui portent atteinte à ton honneur?

TENEUR ET PORTEE

D'ordinaire, si l'on traite un enfant de gredin ou de sot, il sourit et ne prend pas ces insultes très au sérieux; de même, il n'attache pas d'importance aux louanges qui peuvent lui être adressées. Mais, dans le cas de Dhruva Maharaja, l'esprit ksatriya qui l'animait était si puissant que l'enfant ne put tolérer l'insulte mineure que sa belle-mère lui avait adressée, car il y vit une atteinte à son prestige de ksatriya.

VERSET 28

vikalpe vidyamane pi
na hy asantosa-hetavah
pumso moham rte bhinna
yal loke nija-karmabhih

TRADUCTION

Même si tu estimes que ton sens de l'honneur a été insulté, mon cher Dhruva, il n'y a pas là de quoi être contrarié. Ce genre de mécontentement représente un autre aspect de l'énergie illusoire. Chaque être vivant est assujetti à ses actes passés, et c'est pourquoi il existe différentes formes de vie destinées au plaisir ou à la souffrance.

TENEUR ET PORTEE

Les Vedas enseignent que l'être vivant demeure toujours au-dessu de toute souillure et n'est jamais contaminé par le contact de la matière. Il revêt différentes sortes de corps matériels à cause de ses actes intéressés antérieurs, mais s'il comprend la philosophie selon laquelle l'âme spirituelle n'a d'affinité ni pour la souffrance ni pour le plaisir, il est alors considéré comme un être libéré. La Bhagavad-gita (XVIII.54) le confirme, brahma-bhutah prasannatma: celui qui est véritablement parvenu au niveau spirituel et absolu n'a plus aucune raison de se plaindre ou de désirer quoi que ce soit. Narada Rsi voulut tout d'abord faire remarquer à Dhruva Maharaja qu'il n'était qu'un enfant et n'aurait donc pas dû être affecté par une insulte ou par des louanges. En outre, s'il avait assez de maturité pour comprendre ce que sont les honneurs et le blâme, il aurait dû alors appliquer cette compréhension dans sa propre vie; il aurait dû savoir que les honneurs et le blâme auxquels nous sommes destinés ne sont que les fruits de nos actes antérieurs, et qu'il ne faut donc ni s'affliger, ni se réjouir en aucune circonstance.

VERSET 29

paritusyet tatas tata
tavan-matrena purusah
daivopasaditam yavad
viksyesvara-gatim budhah

TRADUCTION

Merveilleuse est la voie de Dieu, la Personne Suprême. L'homme intelligent doit adopter cette voie et être satisfait de ce que lui apporte le destin, bon ou mauvais, de par la volonté suprême du Seigneur.

TENEUR ET PORTEE

Narada, le grand sage, enseigna à Dhruva Maharaja qu'il faut être satisfait en toute circonstance. Toute personne intelligente devrait savoir que c'est à cause de sa conception matérielle de l'existence, fondée sur le corps, qu'elle est sujette à la souffrance et au plaisir. Celui qui est parvenu au niveau spirituel et absolu, au-delà du concept corporel de l'existence, est considéré comme un être intelligent. Quant au dévot du Seigneur, il accepte particulièrement tous les revers de fortune comme autant de grâces du Seigneur Suprême. Lorsqu'un bhakta se trouve dans la détresse, il l'accepte comme un témoignage de la miséricorde de Dieu, et avec son corps, son mental et son intelligence, il offre, de façon répétée, l'hommage de son respect. Un être intelligent se doit donc de dépendre de la miséricorde du Seigneur et d'être ainsi toujours satisfait.

VERSET 30

atha matropadistena
yogenavarurutsasi
yat-prasadam sa vai pumsam
duraradhyo mato mama

TRADUCTION

Tu as maintenant décidé, suivant l'instruction de ta mère, d'emprunter la voie de la méditation par le yoga à seule fin d'obtenir la miséricorde du Seigneur; mais, à mon avis, aucun homme ordinaire n'est capable d'accomplir de telles austérités. Il est très difficile de satisfaire Dieu, la Personne Suprême.

TENEUR ET PORTEE

La voie du bhakti-yoga s'avère à la fois très difficile et très facile à suivre. Sri Narada Muni, le maître spirituel suprême, met Dhruva Maharaja à l'épreuve afin de voir à quel point il est résolu à suivre la voie du service de dévotion. Tel est le processus par lequel on accepte un disciple. Par la volonté de Dieu, la Personne Suprême, le grand sage qu'est Narada s'était rendu auprès de Dhruva afin de lui donner l'initiation spirituelle; néanmoins, il cherche à voir si Dhruva est déterminé à suivre cette voie. Le fait est que, pour une personne sincère, le service de dévotion est très facile. En revanche cette voie est très difficile pour celui qui ne se montre pas résolu et sincère.


Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare