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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 4 CHAPITRE 8 Dhruva Maharaja quitte
son foyer et gagne la forêt.
athapi me vinitasya
ksattram ghoram upeyusah surucya durvaco-banair na bhinne srayate hrdi
On dit que le coeur ou le mental sont comme un pot de terre; une fois brisé, il n'y a plus moyen de le réparer. Tel fut l'exemple que Dhruva Maharaja donna à Narada Muni. Il lui expliqua que les paroles blessantes de sa belle-mère, à la façon de traits acérés, lui avaient percé le coeur au point que plus rien ne comptait pour lui, mis à part le désir de répondre à son affront. En effet, sa belle-mère lui avait dit qu'il n'était pas digne de monter sur le trône royal ou sur les genoux de son père du fait qu'il était né du sein de Suniti, une reine pour laquelle Maharaja Uttanapada n'avait guère de considération. En d'autres termes, d'après sa belle-mère, il ne pouvait pas être couronné roi. Voilà pourquoi Dhruva Maharaja était résolu à devenir le roi d'une planète si prestigieuse qu'elle surpasserait même celle de Brahma, le plus grand de tous les devas. Dhruva Maharaja mentionna indirectement à Narada, le grand sage, quatre tournures d'esprit différentes —celle des brahmanas, celle des ksatriyas, celle des vaisyas et celle des sudras—, chacune d'entre elles ne pouvant s'appliquer aux membres d'un des autres groupes sociaux. Les propos philosophiques tenus par Narada Muni auraient pu convenir à un brahmana, mais ils ne s'accordaient pas avec l'esprit ksatriya. Dhruva reconnut en toute franchise que l'humilité brahmanique lui faisait défaut et qu'il était donc incapable d'adopter la philosophie de Narada Muni. Les paroles de Dhruva Maharaja nous montrent qu'un enfant ne peut pas développer sa mentalité particulière si on ne lui donne pas une éducation correspondant à ses tendances naturelles. Il était donc du devoir du maître spirituel ou du professeur d'observer le comportement psychologique de chaque garçon et de lui donner une formation adéquate dans un domaine particulier, C'est ainsi que Dhruva Maharaja ne pouvait accepter les conceptions brahmaniques, car il avait été éduqué dans l'esprit ksatriya. L'Amérique offre aujourd'hui un exemple concret de cette incompatibilité entre les tempéraments de brahmana et de ksatriya. Du fait qu'ils n'ont reçu qu'une formation de sudras, les jeunes américains ne sont absolument pas aptes à participer à une bataille. En conséquence, n'ayant pas l'esprit ksatriya, ils refusent de rejoindre leur corps lorsqu'ils sont appelés. Ce phénomène est une cause de grave mécontentement dans la société. Ajoutons que si les garçons n'ont pas l'esprit ksatriya, cela ne signifie pas pour autant que leur éducation leur a fait développer des qualités brahmaniques. En fait, ils reçoivent une formation de sudras, et c'est ainsi, qu'en proie à des sentiments de frustration, ils deviennent des hippies. Cependant, dès qu'ils se joignent au Mouvement pour la Conscience de Krsna, lequel débuta en Amérique, ils reçoivent un entraînement qui les rend dignes des qualités brahmaniques et ce, bien qu'ils aient sombré, en tant que sudras, au niveau le plus bas. Autrement dit, puisque le Mouvement pour la Conscience de Krsna est ouvert à tous, la masse des hommes est en mesure d'acquérir les qualités brahmaniques. Or, tel est aujourd'hui le besoin essentiel de notre société, car il n'existe plus ni brahmanas ni ksatriyas, mais seulement quelques vaisyas et une vaste majorité de sudras. La division de la société en différents ordres —brahmanas, ksatriyas, vaisyas et sudras— répond à des normes très rationnelles. Le corps social se compose d'une tête (les brahmanas), de bras (les ksatriyas), d'un estomac (les vaisyas) et de jambes (les sudras). A l'heure actuelle, ce corps possède des jambes et un estomac, mais il n'a ni bras ni tête, et c'est pourquoi la société se trouve sens dessus dessous. Il est donc nécessaire de remettre en valeur les qualités brahmaniques afin d'élever cette société déchue au plus haut niveau de la conscience spirituelle.
padam tri-bhuvanotkrstam
jigisoh sadhu vartma me bruhy asmat-pitrbhir brahmann anyair apy anadhisthitam
Dhruva Maharaja ayant refusé d'accepter les instructions brahmaniques de Narada Muni, la question qui se posait était tout naturellement de savoir quelle sorte de conseil il désirait recevoir. Aussi, avant même que Narada Muni ne l'ait interrogé, Dhruva Maharaja lui fit part de son désir profond. Son père était l'empereur du monde entier, et son grand-père, Brahma, le créateur de l'univers. Or, Dhruva Maharaja exprima le désir de posséder un royaume plus prestigieux encore que ceux de son père et de son grand-père. Il déclara en toute franchise qu'il désirait un royaume sans équivalent dans les trois mondes —les systèmes planétaires supérieur, intermédiaire et inférieur. La plus haute personnalité de cet univers est Brahma, et Dhruva Maharaja souhaitait atteindre une position supérieure encore à la sienne. Il voulut profiter de la présence de Narada Muni, le plus grand dévot de Sri Krsna, car il savait pertinemment que si ce dernier lui accordait sa bénédiction ou lui montrait la voie à suivre, il pourrait alors à coup sûr occuper une position plus éminente que celle de toute autre personne dans les trois mondes. Aussi désirait-il que Naradaji l'aidât à accéder à cette position. Dhruva Maharaja voulait donc surpasser Brahma, ce qui était une ambition quasiment impossible à réaliser; mais en s'efforçant de satisfaire Dieu, la Personne Suprême, un bhakta peut réaliser même l'impossible. En outre, il convient de noter ici que Dhruva Maharaja voulait obtenir une position éminente par des voies honnêtes, et non par des manoeuvres tortueuses. En d'autres termes, si Krsna lui accordait cette position exceptionnelle, alors il l'accepterait. Telle est bien la nature d'un dévot du Seigneur: même s'il désire obtenir quelque gain matériel, il ne l'accepte que si Krsna le lui offre. Dhruva Maharaja était désolé de refuser ainsi les instructions de Narada Muni; aussi lui demanda-t-il de faire preuve de miséricorde à son égard en lui montrant une voie qui lui permettrait de combler les désirs qui occupaient son esprit.
nunam bhavan bhagavato
yo ngajah paramesthinah vitudann atate vinam hitaya jagato rkavat
Bien qu'il ne fût qu'un jeune enfant, Dhruva Maharaja révéla son espoir de recevoir comme bénédiction un royaume qui surpasserait, de par sa grandeur, celui de son père et de son grand-père. Il exprima également sa joie d'avoir rencontré un personnage aussi illustre que Narada, qui n'avait d'autre souci que d'éclairer le monde, tout comme le soleil qui tourne de par l'univers entier à seule fin de bénir de ses rayons les habitants de toutes les planètes. En effet, Narada Muni parcourt tout l'univers dans le seul dessein d'accomplir l'oeuvre de bienfaisance la plus haute qui soit pour le monde entier, en enseignant à tous les êtres comment devenir un dévot de Dieu, la Personne Suprême. C'est ainsi que Dhruva Maharaja avait la ferme conviction que Narada Muni pourrait combler son désir, malgré la nature extraordinaire de celui-ci. L'exemple du soleil revêt une importance particulière. En effet, cet astre, dans sa bienfaisance, répand partout ses rayons sans discrimination aucune. Dhruva Maharaja demanda à Narada Muni de se montrer également miséricordieux à son égard. Invoquant le fait que Narada se déplace dans tout l'univers pour le bien de toutes les âmes conditionnées, il voulut que celui-ci lui montrât sa miséricorde en comblant son désir particulier. Dhruva Maharaja était très fermement résolu à obtenir satisfaction; c'est d'ailleurs la raison pour laquelle il avait quitté le palais et son foyer.
maitreya uvaca
ity udahrtam akarnya bhagavan naradas tada pritah pratyaha tam balam sad-vakyam anukampaya
Ayant prêté l'oreille aux paroles de Dhruva Maharaja, l'illustre sage Narada éprouva à son égard une immense compassion, et, afin de lui témoigner sa pure miséricorde, il lui donna un conseil judicieux.
Puisque le grand sage Narada est le maître spirituel par excellence, sa seule occupation, naturellement, est d'accorder la plus haute faveur à tous ceux qu'il rencontre. Dhruva Maharaja, toutefois, n'était qu'un enfant; aussi sa requête était-elle puérile. Pourtant, le grand sage éprouva de la compassion à son égard, et pour son bien, il prononça les paroles qui vont suivre.
narada uvaca
jananyabhihitah panthah sa vai nihsreyasasya te bhagavan vasudevas tam bhaja tam pravanatmana
Ta mère, Suniti, t'a conseillé de suivre la voie du service de dévotion offert à Dieu, la Personne Suprême, et cette instruction est tout à fait appropriée. Aussi dois-tu t'absorber entièrement dans le service de dévotion.
Dhruva Maharaja voulait obtenir un royaume encore plus glorieux que celui de Brahma. Celui-ci est pourtant censé occuper la position la plus prestigieuse qui soit dans cet univers, car il est le premier de tous les devas, mais Dhruva Maharaja voulait un royaume qui surpassât même le sien; aussi n'était-ce pas en adorant un deva qu'il obtiendrait satisfaction. Comme l'explique la Bhagavad-gita, les bénédictions accordées par les devas sont toutes éphémères. En conséquence, Narada Muni demanda à Dhruva Maharaja de suivre la voie que sa mère lui avait recommandée: il devait adorer Krsna, Vasudeva. Quoi que donne Krsna, cela dépasse toujours ce à quoi Son dévot pourrait s'attendre. Narada et Suniti savaient l'un comme l'autre qu'aucun deva n'était en mesure de satisfaire la requête de Dhruva Maharaja; c'est la raison pour laquelle tous deux lui recommandèrent de suivre la voie du service de dévotion offert à Sri Krsna. Narada Muni reçoit ici le titre de bhagavan car, tout comme Dieu, la Personne Suprême, il peut accorder ses bénédictions à n'importe qui. Dhruva Maharaja lui donnait toute satisfaction, et il aurait pu instantanément lui accorder tout ce qu'il désirait; mais ce n'est pas là le devoir du maître spirituel. En effet, celui-ci se doit de diriger correctement son disciple dans le service de dévotion, tel que le prescrivent les sastras. Pareillement, Krsna Se trouvait aux côtés d'Arjuna, et bien qu'Il aurait pu lui donner toutes facilités pour remporter la victoire sur le camp opposé sans même avoir à combattre, Il ne le fit pas; Il demanda au contraire à Arjuna de livrer bataille. De la même façon, Narada Muni demanda à Dhruva Maharaja de se plier à la discipline du bhakti-yoga afin d'obtenir ce qu'il désirait.
Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare |