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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 4 CHAPITRE 8 Dhruva Maharaja quitte
son foyer et gagne la forêt.
dharmartha-kama-moksakhyam
ya icchec chreya atmanah ekam hy eva hares tatra karanam pada-sevanam
La Bhagavad-gita enseigne que les devas ne peuvent octroyer de bénédictions qu'avec le consentement de Dieu, la Personne Suprême. C'est la raison pour laquelle, lors de tout sacrifice offert à un deva, la présence du Seigneur Suprême est manifestée sous la forme du narayana-sila, ou salagrama-sila, afin qu'Il puisse assister au sacrifice. En effet, les devas ne peuvent octroyer la moindre bénédiction sans le consentement du Seigneur Suprême. Sachant cela, Narada Muni enseigna que même si nous avons des désirs qui s'inscrivent dans le cadre de la religion, de la prospérité, de la satisfaction des sens ou de la libération, nous devons nous adresser à Dieu, la Personne Suprême, Lui offrir des prières et solliciter la satisfaction de nos désirs à Ses pieds pareils-au-lotus. Voilà quelle est la véritable intelligence. Un homme intelligent ne s'adresse jamais aux devas pour obtenir quoi que ce soit; il se tourne directement vers Dieu, la Personne Suprême, qui est à l'origine de toute bénédiction. Sri Krsna l'enseigne Lui-même dans la Bhagavad-gita: la vraie religion ne consiste pas à célébrer des cérémonies rituelles, mais plutôt à s'abandonner aux pieds pareils-au-lotus du Seigneur. Pour celui qui est réellement soumis aux pieds pareils-au-lotus du Seigneur, il ne saurait être question d'un autre effort, distinct de cette voie, en vue de la prospérité matérielle. Un bhakta qui sert le Seigneur ne connaît pas de désappointement pour ce qui est de la satisfaction de ses sens. S'il a un désir à satisfaire, Krsna le lui comble. Quant à la libération, tout bhakta qui se consacre pleinement au service du Seigneur se trouve déjà libéré; il est, par conséquent, inutile d'emprunter une autre voie pour obtenir la libération. Narada Muni recommanda donc à Dhruva Maharaja de chercher un refuge en Vasudeva, Sri Krsna, et de suivre la voie que sa mère lui avait conseillée, car cela l'aiderait à satisfaire son désir. Dans ce verset, Narada Muni a particulièrement souligné le fait que le service offert au Seigneur constitue la seule voie. En d'autres termes, même si l'on est plein de désirs matériels, on peut continuer à servir le Seigneur avec dévotion, et tous ces désirs seront comblés.
tat tata gaccha bhadram te
yamunayas tatam suci punyam madhuvanam yatra sannidhyam nityada hareh
Narada Muni et Suniti, la mère de Dhruva Maharaja, conseillèrent l'un comme l'autre à ce dernier d'adorer Dieu, la Personne Suprême. Narada Muni lui indique maintenant plus spécifiquement comment cette adoration du Seigneur peut rapidement porter ses fruits. Il recommande à Dhruva Maharaja de se rendre au bord de la Yamuna, là où se trouve une forêt appelée Madhuvana, et de s'y vouer à la méditation et à l'adoration du Seigneur. Pour un bhakta, les lieux de pèlerinage offrent un avantage spécial, car ils lui permettent de parfaire rapidement sa vie spirituelle. Sri Krsna est omniprésent; néanmoins, il est particulièrement facile de L'approcher dans les saints pèlerinages, car ces lieux sont habités par de grands sages. Sri Krsna dit Lui-même qu'Il Se trouve là où Ses dévots chantent les gloires de Ses Actes spirituels et absolus. L'Inde compte de nombreux endroits de pèlerinage, parmi lesquels Badari-narayana, Dvaraka, Ramesvara et Jagannatha Puri occupent une place de première importance. Ces lieux sacrés constituent ce que l'on appelle les quatre dhamas. Le mot dhama indique un endroit où l'on peut immédiatement entrer en relation avec le Seigneur Suprême. Pour se rendre à Badari-narayana, par exemple, la voie qui mène à Dieu passe par Hardwar. Il existe ainsi d'autres saints lieux tels que Prayaga (Allahabad), Mathura et finalement Vrndavana, le plus élevé d'entre tous. A moins qu'on ne soit très avancé dans la vie spirituelle, il est recommandé de vivre dans ces lieux saints et de s'y absorber dans le service de dévotion. Cependant, un bhakta confirmé comme Narada Muni, qui se consacre à la prédication, peut servir le Seigneur Suprême en quelque endroit que ce soit, parfois même sur les planètes infernales. En effet, des conditions infernales ne sauraient troubler Narada Muni, car celui-ci assume les plus hautes responsabilités au sein du service de dévotion. Selon ses propres paroles, la forêt de Madhuvana, qui existe encore aujourd'hui dans la région de Vrndavana, dans le district de Mathura, est un lieu des plus sacrés. Nombre de personnes saintes y vivent encore, absorbées dans le service de dévotion qu'elles offrent au Seigneur. Il existe douze forêts dans la région de Vrndavana, parmi lesquelles Madhuvana, et des pèlerins venus de l'Inde entière se rassemblent pour aller les visiter. Cing d'entre elles se trouvent sur la rive est de la Yamuna —Bhadravana, Bilvavana, Lauhavana, Bhandiravana et Mahavana—, et les sept autres sont localisées sur la rive ouest —Madhuvana, Talavana, Kumudavana, Bahulavana, Kamyavana, Khadiravana et Vrndavana. Ces douze forêts abritent différents ghatas, ou lieux de baignade, qui ont pour noms: 1) Avimukta, 2) Adhirudha, 3) Guhya-tirtha, 4) Prayaga-tirtha, 5) Kanakhala, 6) Tinduka-tirtha, 7) Surya-tirtha, 8) Vatasvami, 9) Dhruva-ghata, (ce Dhruva-ghata qui abonde en arbres fruitiers et regorge de fleurs magnifiques doit sa renommée au fait que Dhruva Maharaja médita et se livra à de rudes ascèses sur un promontoire avoisinant), 10) Rsi-tirtha, 11) Moksa-tirtha, 12) Budha-tirtha, 13) Gokarna, 14) Krsnaganga, 15) Vaikuntha, 16) Asikunda, 17) Catuh-samudrika-kupa, 18) Akrura-tirtha, (c'est dans ce ghata que Krsna et Balarama se baignèrent en compagnie d'Akrura, lorsque celui-ci les conduisait en char à Mathura), 19) Yajnika-vipra-sthana, 20) Kubja-kupa, 21) Ranga-sthala, 22) Mancha-sthala, 23) Mallayuddha-sthana, et 24) Dasasvamedha.
snatvanusavanam tasmin
kalindyah salile sive krtvocitani nivasann atmanah kalpitasanah
Mon cher enfant, chaque jour, tu devras te baigner à trois reprises dans la Yamuna, également nommée Kalindi, car ses eaux sont pures, sacrées et très bénéfiques. Après t'être baigné, tu devras observer les principes régulateurs requis pour l'astanga-yoga, puis t'asseoir sur ton asana [ou siège] dans une position où tu puisses demeurer calme et serein.
Il ressort de ce verset que Dhruva Maharaja avait déjà été instruit dans la pratique du yoga en huit étapes, l'astanga-yoga. Cette voie se trouve expliquée dans notre ouvrage "La Bhagavad-gita telle qu'elle est", au chapitre intitulé "Le sankhya-yoga", pages 260-263.(1) Sachons que celui qui pratique l'astanga-yoga s'efforce de maîtriser son mental, puis de concentrer ses pensées sur la Forme de Sri Visnu, ainsi que le décriront les prochains versets. Il apparaît ici nettement que l'astanga-yoga n'a rien d'une gymnastique corporelle; il s'agit plutôt d'une pratique visant à fixer le mental sur la Forme de Visnu. Ainsi, avant de s'asseoir sur l'asana, lequel est également décrit dans la Bhagavad-gita, il faut se purifier très soigneusement trois fois par jour, en se baignant dans les eaux claires ou sacrées d'une rivière. L'eau de la Yamuna, par exemple, est naturellement très claire et pure, et quiconque s'y baigne à trois reprises s'assure indubitablement une grande purification externe. Sachant cela, Narada Muni recommanda à Dhruva Maharaja de se rendre sur les rives de la Yamuna afin d'y purifier son corps. Cette pratique fait partie du processus graduel de l'astanga-yoga. (1) Collection "Les Grands Classiques de l'Inde"
pranayamena tri-vrta
pranendriya-mano-malam sanair vyudasyabhidhyayen manasa guruna gurum
Ce verset offre une description résumée de toute la voie du yoga; il met particulièrement l'accent sur les exercices respiratoires permettant de mettre fin aux perturbations causées par le mental. Très capricieux de par sa nature, le mental est toujours changeant, mais les exercices respiratoires permettent de s'en rendre maître. Cette voie était peut-être praticable lorsque Dhruva Maharaja l'adopta, voilà des millions d'années, mais aujourd'hui il faut directement fixer le mental sur les pieds pareils-au-lotus du Seigneur par le processus du chant. En effet, celui qui chante le mantra Hare Krsna se concentre aussitôt sur ces vibrations sonores et pense aux pieds pareils-au-lotus du Seigneur, ce qui lui permet de s'élever rapidement au niveau du samadhi —l'extase spirituelle. S'il chante avec persévérance les Saints Noms, lesquels ne sont pas différents de Dieu, la Personne Suprême, son mental s'absorbera naturellement dans la pensée du Seigneur. Dhruva Maharaja se voit ici recommander de méditer sur le guru suprême. Or, ce maître spirituel suprême n'est autre que Krsna, qui est donc appelé caitya-guru. Ce mot se rapporte à l'Ame Suprême sise dans le coeur de chacun. Le caitya-guru dirige l'être de l'intérieur, comme l'indique la Bhagavad-gita et lui envoie le maître spirituel, qui l'aidera de l'extérieur. Ainsi, le maître spirituel est la manifestation externe du caitya-guru, le maître spirituel sis dans le coeur de chacun. Le processus qui permet d'arrêter de penser à des choses matérielles est appelé pratyahara. Il implique que l'on s'affranchisse de toute occupation et pensée matérielles. Quant au mot abhidhyayet, qui est mentionné dans ce verset, il indique que l'on ne peut méditer à moins que le mental ne soit stabilisé. On peut donc en conclure que la méditation consiste à tourner ses pensées vers l'intérieur, sur le Seigneur. Que l'on parvienne à ce stade par la voie de l'astanga-yoga ou par celle que les sastras recommandent spécifiquement pour cet âge —c'est-à-dire le chant constant du Saint Nom du Seigneur—, le but demeure de méditer sur Dieu, la Personne Suprême.
prasadabhimukham sasvat
prasanna-vadaneksanam sunasam subhruvam caru- kapolam sura-sundaram
Ce verset explique clairement comment il convient de méditer sur la Forme du Seigneur. La méditation impersonnelle n'est qu'une invention récente qui n'a rien d'authentique et qu'aucune des Ecritures védiques ne recommande. Lorsque, dans la Bhagavad-gita, la méditation est préconisée, le mot mat-parah, signifiant "se rapportant à Moi", est utilisé; il inclut toute Forme de Visnu, puisque Sri Krsna est la Forme originelle de Visnu. Il arrive parfois qu'une personne essaie de méditer sur le Brahman impersonnel, qui est défini dans la Bhagavad-gita en tant qu'avyakta, c'est-à-dire "non manifesté" ou "impersonnel". Mais le Seigneur Lui-même mentionne que ceux qui demeurent attachés à Son aspect impersonnel empruntent une voie très ardue, car nul ne peut se concentrer sur cet aspect impersonnel. On doit plutôt fixer sa pensée sur la Forme du Seigneur telle que ce verset la décrit en relation avec la méditation de Dhruva Maharaja. Comme le révéleront les descriptions à venir, Dhruva Maharaja sut parfaire cette forme de méditation, et ses efforts sur la voie du yoga furent ainsi couronnés de succès.
Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare |