SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 5 CHAPITRE 2 L'histoire de
Maharaja Agnidhra.
sri-suka uvaca
evam pitari sampravrtte tad-anusasane vartamana agnidhro jambudvipaukasah praja aurasavad dharmaveksamanah paryagopayat.
Lorsque Maharaja Priyavrata se fut retiré pour se consacrer à la vie spirituelle en menant une vie d'ascèse, son fils, le roi Agnidhra, suivit en tous points ses ordres. C'est ainsi qu'observant rigoureusement les principes de la religion, il accorda entière protection aux habitants de Jambudvipa comme s'ils avaient été ses propres fils.
Fidèle aux instructions de son père, Maharaja Agnidhra régna sur les habitants de Jambudvipa en accord avec les principes de la religion. Notons que ces principes sont aux antipodes de ceux de l'athéisme qui règne de nos jours. Comme l'indique clairement ce verset, le roi protégeait les citoyens à la façon d'un père; la manière dont il gouvernait se trouve également précisée ici par le mot dharmaveksamanah signifiant "en strict accord avec les principes de la religion". Il est en effet du devoir d'un chef d'Etat de veiller à ce que le citoyens observent rigoureusement les principes de la religion. Or, le varnasrama-dharma, l'observance des devoirs propres aux quatre varnas et aux quatre asramas, marque le début de la religion. Le mot dharma indique les principes donnés par Dieu, la Personne Suprême, et le premier de ces principes consiste donc à observer les devoirs propres aux quatre divisions de la société, comme nous le demande le Seigneur Souverain. Suivant le tempérament et les aptitudes de chacun, la société doit être divisée en brahmanas, ksatriyas, vaisyas et sudras, puis en brahmacaris, grhasthas, vanaprasthas et sannyasis. Voilà ce qu'il faut entendre par "principes de la religion", et c'est le devoir du chef d'Etat de s'assurer que les citoyens les observent rigoureusement. Son rôle ne relève pas du seul protocole; il doit agir comme un père qui agit toujours pour le bien de ses fils. Ce père veille de près à ce que ses fils s'acquittent de leurs devoirs, et les châtie s'il leur arrive d'y manquer. En opposition flagrante avec les principes ici mentionnés, les présidents et les chefs d'Etat de l'âge de Kali ne sont plus que des collecteurs d'impôts qui ne se soucient nullement de faire observer les principes de la religion. De fait, nos dirigeants actuels introduisent eux-mêmes dans la société toutes sortes de pratiques répréhensibles, notamment les rapports sexuels illicites, la consommation de substances enivrantes et excitantes, l'abattage des animaux et les jeux de hasard. Même en Inde, ces activités pécheresses sont aujourd'hui de plus en plus répandues. Il y a cent ans, ces quatre formes premières du péché étaient rigoureusement interdites au sein des familles indiennes, alors qu'aujourd'hui elles y sont admises. Voilà pourquoi ces familles ne peuvent plus observer les principes de la religion. Par contraste avec les principes des rois d'autrefois, les gouvernements modernes ne se soucient que de propagande visant à percevoir encore plus d'impôts et n'assument plus la moindre responsabilité quant au bien-être spirituel des citoyens. L'Etat est devenu indifférent aux principes de la religion. Le Srimad-Bhagavatam prédit qu'au cours du kali-yuga les dirigeants adopteront le dasyu-dharma -autrement dit ils se comporteront comme des voleurs et des escrocs. Or, nos chefs d'Etat modernes ne sont-ils pas justement des voleurs et des escrocs qui dépouillent les citoyens plutôt que de les protéger? Les brigands pillent sans se soucier de la loi, mais dans cet âge de Kali, ainsi que l'enseigne le Srimad-Bhagavatam, les législateurs eux-mêmes volent le peuple. La prochaine prédiction, qui déjà prend effet, stipule qu'en raison des actes pécheurs des populations et des gouvernements, la pluie se fera de plus en plus rare; peu à peu surviendra une sécheresse totale, et aucune nourriture végétale ne sera plus produite. Les gens seront réduits à se nourrir de chair animale et de graines, et nombre d'hommes bons, portés vers la spiritualité, devront abandonner leur foyer, du fait qu'ils seront trop accablés par la sécheresse, les impôts et la faim. Le Mouvement pour la Conscience de Krsna représente le seul espoir de sauver le monde d'une telle débâcle. Pour ce qui est d'assurer le véritable bien-être de toute l'humanité, ce mouvement est le plus scientifique et le plus autorisé qui soit.
sa ca kadacit pitrloka-kamah sura-vara-vanitakridacala-dronyam
bhagavantam visva-srjam patim abhrta-paricaryopakarana atmaikagryena tapasvy aradhayam babhuva.
Le roi devint pitrloka-kama, ou désireux d'être élevé à la planète du nom de Pitrloka, dont fait mention la Bhagavad-gita (yanti deva-vrata devan pitrn yanti pitr-vratah). Pour se rendre sur cette planète, il faut avoir de très bons fils qui puissent faire des oblations à Visnu et en offrir les restes à leurs ancêtres. Le but de la cérémonie du sraddha est de satisfaire le Seigneur Souverain, Sri Visnu, de telle sorte qu'on puisse ensuite offrir Son prasada aux ancêtres et contribuer ainsi à leur bonheur. Les habitants de Pitrloka sont généralement des hommes voués au karma-kandiya, à l'action intéressée, qui ont été promus à cette planète du fait de leurs actes pieux. Ils peuvent alors y demeurer aussi longtemps que leurs descendants leur offrent du visnu-prasada. Cependant, tous les habitants des planètes édéniques comme Pitrloka doivent revenir sur la Terre, une fois leurs mérites épuisés. Ksine punye martya-lokam visanti, ainsi que le confirme la Bhagavad-gita (IX.21): ceux qui accomplissent des actes de vertu parviennent à gagner les planètes supérieures, mais lorsqu'ils ont consommé tous les fruits de leurs actes pieux, ils doivent revenir sur cette Terre. On peut se demander comment Maharaja Priyavrata, puisqu'il était un grand bhakta, put engendrer un fils désireux d'être promu à Pitrloka. Pitrn yanti pitr-vratah: Krsna enseigne que ceux qui désirent se rendre sur Pitrloka peuvent y être élevés. De même, yanti mad-yajino pi mam: ceux qui souhaitent atteindre les planètes spirituelles, appelées Vaikunthalokas, le peuvent également. Or, puisque Maharaja Agnidhra était le fils d'un vaisnava, il aurait dû souhaiter être transféré dans le monde spirituel, à Vaikunthaloka. Pourquoi donc désira-t-il plutôt se rendre sur Pitrloka? En réponse à ceci, Gosvami Giridhara, l'un des commentateurs du Bhagavatam, fait remarquer qu'Agnidhra avait été engendré par Maharaja Priyavrata alors que ce dernier était en proie au désir. Cette réponse peut être considérée comme juste, car les enfants naissent avec des mentalités diverses, selon celles de leurs parents au moment de leur conception. Voilà pourquoi, selon la tradition védique, avant d'engendrer un enfant on accomplit le garbhadhana-samskara. Cette cérémonie façonne la mentalité du père de telle manière qu'en fécondant son épouse, il engendre un enfant dont l'esprit sera tout imprégné de dévotion. De nos jours, toutefois, il n'y a plus de garbhadhana-samskara, si bien que les gens sont le plus souvent en proie à la concupiscence au moment d'engendrer leurs enfants. Tout particulièrement au cours de cette ère de Kali, les cérémonies du garbhadhana brillent par leur absence; les gens se livrent aux plaisirs de la chair comme le feraient des chiens ou des chats. Aussi les sastras classent-ils la grande majorité des hommes de cet âge dans la catégorie des sudras. Néanmoins, il est bien entendu que Maharaja Agnidhra -bien qu'il éprouvât le désir de se rendre sur Pitrloka- n'avait en rien la mentalité d'un sudra; c'était en effet un ksatriya confirmé. Puisque Maharaja Agnidhra désirait être transféré sur Pitrloka, il avait besoin d'une épouse, car quiconque nourrit de telles aspirations doit laisser derrière lui un bon fils qui lui offrira chaque année la pinda, ou le prasada de Visnu. Afin d'avoir un tel fils, Maharaja Agnidhra voulait une épouse issue d'une famille de devas. Ce fut ainsi qu'il alla rendre un culte à Brahma sur le mont Mandara, où vont généralement les femmes du royaume édénique. La Bhagavad-gita (IV.12) dit à ce propos que les matérialistes, qui désirent obtenir rapidement les fruits de leurs actes en ce monde, vouent leur culte aux devas (kanksantah karmanam siddhim yajanta iha devatah). Ceci est également confirmé par le Srimad-Bhagavatam, sri aisvarya-prajepsavah: ceux qui désirent obtenir de jolies épouses, des richesses appréciables et de nombreux fils adorent les devas; mais un bhakta intelligent, plutôt que de se laisser lier par les joies de l'univers matériel -que ce soit sous la forme d'une ravissante épouse, d'opulence matérielle ou d'enfants-, veut être immédiatement ramené auprès de Dieu, dans sa demeure originelle. Aussi adore-t-il la Personne Suprême, Sri Visnu.
tad upalabhya bhagavan adi-purusah sadasi gayantim purvacittim
namapsarasam abhiyapayam asa.
Dans ce verset, les mots bhagavan adi-purusah sont particulièrement intéressants. Le bhagavan adi-purusah est Sri Krsna. Govindam adi-purusam tam aham bhajami: Krsna est la Personne originelle. Dans la Bhagavad-gita, Arjuna s'adresse également à Lui en utilisant les mots purusam adyam, qui Le désignent aussi comme la Personne originelle, et Son Nom est alors Bhagavan. Nous voyons cependant ici que c'est Brahma qui est qualifié de bhagavan adi-purusah. La raison en est qu'il représente pleinement Dieu, la Personne Suprême, et qu'il est en outre la première créature à avoir vu le jour en ce monde. Du fait qu'il jouit d'une puissance comparable à celle de Visnu, Brahma put comprendre le désir de Maharaja Agnidhra. En effet, de même que Visnu, en tant que le Paramatma, peut connaître les désirs de l'être distinct, Brahma a lui aussi ce pouvoir, car Visnu, agissant en tant qu'intermédiaire, l'en informe. Pour reprendre les mots du Srimad-Bhagavatam (1.1.1): tene brahma hrda ya adi-kavaye -Sri Visnu, sis dans le coeur de Brahma, l'informe de toute chose. Appréciant le fait que Maharaja Agnidhra lui avait tout spécialement voué un culte, Brahma voulut accéder à ses désirs et envoya auprès de lui l'Apsara Purvacitti.
sa ca tad-asramopavanam ati-ramaniyam vividha-nibida-vitapi-vitapa-
nikara-samslista-purata-latarudha-sthala-vihangama-mithunaih procyamana-srutibhih pratibodhyamana-salila-kukkuta-karandava- kalahamsadibhir vicitram upakujitamala-jalasaya-kamalakaram upababhrama.
tasyah sulalita-gamana-pada-vinyasa-gati-vilasayas canupadam khana-
khanayamana-rucira-caranabharana-svanam upakarnya naradeva- kumarah samadhi-yogenamilita-nayana-nalina-mukula-yugalam isad vikacayya vyacasta.
On dit des yogis qu'ils pensent constamment à Dieu, la Personne Suprême, et Le gardent tout au fond de leur coeur. Dhyanavasthita-tadgatena manasa pasyanti yam yoginah. (S.B.,12.13.1) De fait, les yogis ayant la maîtrise des sens "venimeux" peuvent toujours contempler le Seigneur Souverain. D'après les recommandations de la Bhagavad-gita, ils doivent garder les yeux mi-clos (sampreksya nasikagram), car s'ils les fermaient complètement, ils auraient tendance à se laisser aller au sommeil. Il arrive que de prétendus yogis se livrent à une forme de yoga mise au goût du jour, qui consiste à méditer les yeux fermés; mais nous avons nous-même vu de ces yogis de pacotille s'endormir et même ronfler pendant leur "méditation". La véritable pratique du yoga est tout autre, et pour la mener à bien, il faut garder les yeux à moitié ouverts et porter son regard sur le bout de son nez. Agnidhra, le fils de Priyavrata, pratiquait donc l'astanga-yoga et s'efforçait de dominer ses sens; néanmoins, le tintement des clochettes qui ornaient les chevilles de Purvacitti troubla sa concentration. Yoga indriya-samyamah: la véritable pratique du yoga est synonyme de maîtrise des sens; tel est en effet le but du yoga. Cependant, la maîtrise dont fait preuve un bhakta pleinement absorbé dans le service du Seigneur avec ses sens purifiés (hrsikena hrsikesa-sevanam) demeure sans faille. C'est pourquoi Sri1a Prabodhananda Sarasvati s'exprime en ces termes: durdantendriya-kala-sarpa-patati protkhatadamstrayate (Caitanya-candramrta, 5). La pratique du yoga est sans nul doute louable, car elle permet de devenir maître de ses sens, lesquels sont comparables à des serpents venimeux. Toutefois, pour qui s'emploie à servir le Seigneur en Lui consacrant toutes les activités de ses sens, ces derniers perdent complètement leur nature venimeuse. S'il faut redouter un serpent, c'est à cause de ses crochets à venin, mais si ces crochets sont brisés, le serpent cesse d'être dangereux malgré la crainte qu'il peut encore inspirer. En conséquence, un bhakta peut voir des centaines et des milliers de femmes ravissantes aux gestes envoûtants sans se laisser séduire, alors que ces mêmes beautés feraient succomber n'importe quel yogi ordinaire. Même un yogi aussi élevé que Visvamitra interrompit ses exercices de méditation pour s'unir à Menaka, et il eut ainsi un enfant qui fut appelé Sakuntala. La pratique du yoga n'est donc pas suffisamment puissante en elle-même pour assurer la maîtrise des sens. Un nouvel exemple nous en est donné dans l'histoire du prince Agnidhra, dont l'attention fut distraite par les mouvements de l'Apsara Purvacitti, simplement parce qu'il avait entendu le tintement des clochettes de ses chevilles. Tout comme Visvamitra Muni avait été attiré par le tintement des clochettes de Menaka, le prince Agnidhra, en entendant celles de Purvacitti, ouvrit aussitôt les yeux pour contempler sa démarche gracieuse. Le prince était lui-même très bel homme; selon la description de ce verset, ses yeux ressemblaient à des bourgeons de lotus, et lorsqu'il les ouvrit, il vit immédiatement l'Apsara toute proche de lui.
Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare |