SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 8
CHAPITRE 1

Les Manus,
administrateurs de l'univers.

VERSET 6

krtam pura bhagavatah
kapilasyanuvarnitam
akhyasye bhagavan yajno
yac cakara kurudvaha

TRADUCTION

O toi le meilleur d'entre les Kurus, j'ai déjà parlé [dans le troisième Chant] de Kapila, le fils de Devahuti. Maintenant, je vais évoquer l'histoire de Yajnapati, le fils d'Akuti.

VERSET 7

viraktah kama-bhogesu
satarupa-patih prabhuh
visrjya rajyam tapase
sabharyo vanam avisat

TRADUCTION

Svayambhuva Manu, l'époux de Satarupa, n'était, par nature, nullement attaché aux jouissances matérielles. Il abandonna le royaume et ses plaisirs, et se rendit dans la forêt en compagnie de sa femme pour pratiquer l'ascétisme.

TENEUR ET PORTEE

Comme le mentionne la Bhagavad-gita (4.2): evam parampara-praptam imam rajarsayo viduh —"Le savoir suprême fut ainsi transmis de maître à disciple; voilà comment les saints rois l'ont reçu et compris." Les Manus furent tous des rois parfaits: c'étaient des rajarsis. En d'autres termes, bien qu'ils fussent souverains du monde, ils n'en demeuraient pas moins de grands saints. Svayambhuva Manu, par exemple, était l'empereur du monde; pourtant, il n'éprouvait aucun désir pour les jouissances matérielles. Telle est la vraie signification de la monarchie. Le souverain d'un pays ou l'empereur doit être éduqué de telle sorte qu'il soit naturellement porté à renoncer aux plaisirs des sens. Devenir roi n'est pas une raison pour gaspiller de l'argent pour la satisfaction de ses sens. Dès que les rois se livrèrent à de tels agissements, dépensant de l'argent pour leur propre satisfaction, ils furent perdus. A présent, la monarchie ayant disparu, les gens ont créé la démocratie, qui est également un échec. Maintenant, de par les lois de la nature, le moment est bientôt venu où la dictature va plonger les citoyens dans des difficultés de plus en plus grandes. Si le chef d'Etat ou les membres du gouvernement ne peuvent diriger le pays selon les lois de la Manu-samhita, il est certain que leur gouvernement ne durera pas.

VERSET 8

sunandayam varsa-satam
padaikena bhuvam sprsan
tapyamanas tapo ghoram
idam anvaha bharata

TRADUCTION

O descendant de Bharata, une fois que Svayambhuva Manu se fut ainsi rendu dans la forêt avec sa femme, il se soumit à de grandes austérités durant cent ans, se tenant debout sur une jambe au bord de la rivière Sunanda. C'est alors qu'il prononça ces paroles:

TENEUR ET PORTEE

Srila Visvanatha Cakravarti Thakura fait observer que le mot anvaha signifie qu'il chanta ou murmura ces paroles pour lui-même, et non qu'il s'adressa à quelqu'un.

VERSET 9

sri-manur uvaca
yena cetayate visvam
visvam cetayate na yam
yo jagarti sayane smin
nayam tam veda veda sah

TRADUCTION

Manu dit:
L'Etre Suprême a créé ce monde matériel et l'a animé: Lui-même n'a pas été créé par ce monde. Quand tout est silencieux, Lui demeure éveillé, comme un témoin. L'être vivant ne Le connaît pas, mais Lui connaît tout.

TENEUR ET PORTEE

Ce verset fait apparaître une différence entre Dieu, la Personne Suprême, et les êtres vivants. Nityo nityanam cetanas cetananam. Selon les Vedas, le Seigneur est l'Etre éternel suprême. La différence entre l'Etre Suprême et l'être vivant ordinaire est que lorsque le monde matériel est annihilé, tous les êtres vivants sont plongés dans le silence et dans l'oubli, dans un état de rêve ou d'inconscience, alors que l'Etre Suprême, Lui, demeure éveillé en Sa qualité de témoin de toutes choses. Cet univers matériel est créé, il subsiste pendant un certain temps, puis il est anéanti. Au cours de ces changements, cependant, l'Etre Suprême reste éveillé. Dans la condition matérielle de tous les êtres vivants, il existe trois stades de rêve. Quand le monde matériel est éveillé et animé, ils vivent une sorte de rêve, un rêve éveillé. Quand ils dorment, ils rêvent là encore. Et lors de leur inconscience durant la période de l'anéantissement, quand cet univers matériel se retrouve à l'état non manifesté, ils entrent dans une autre forme de rêve. Ainsi, quelle que soit leur condition en ce monde matériel, ils sont tous dans un état de rêve. Dans le monde spirituel, au contraire, tout est en éveil.

VERSET 10

atmavasyam idam visvam
yat kincij jagatyam jagat
tena tyaktena bhunjitha
ma grdhah kasya svid dhanam

TRADUCTION

Dans cet univers, Dieu, la Personne Suprême, sous Son aspect d'Ame Suprême, est présent partout où se trouvent des êtres animés ou inanimés. De ce fait, chacun ne doit accepter que ce qui lui a été attribué par le Seigneur; il ne faut pas désirer empiéter sur la part d'autrui.

TENEUR ET PORTEE

Ayant défini la position de Dieu, la Personne Suprême, comme transcendantale, Svayambhuva Manu, pour le bénéfice des fils et des petits-fils de sa dynastie, déclare maintenant que toutes choses en cet univers appartiennent au Seigneur. Les instructions de Manu ne sont pas seulement destinées à ses propres fils et petits-fils, mais à la société humaine tout entière. Le mot anglais "man" (ou, en sanskrit, manusya), qui signifie "homme", est un dérivé du nom Manu, car tous les êtres humains sont des descendants du Manu originel. La Bhagavad-gita (4.1) fait aussi mention de Manu:

imam vivasvate yogam
proktavan aham avyayam
vivasvan manave praha
manur iksvakave bravit

"J'ai donné cette science impérissable, la science du yoga, à Vivasvan, le deva du Soleil, et Vivasvan l'enseigna à Manu, le père de l'humanité. Et Manu l'enseigna à lksvaku." Svayambhuva Manu et Vaivasvata Manu ont des devoirs semblables. Vaivasvata Manu, fils de Vivasvan, le deva du Soleil, eut lui-même pour fils lksvaku, le roi de la Terre. Sachant que Manu est le père originel de l'humanité, les hommes devraient suivre ses instructions.

Svayambhuva Manu enseigne que tout ce qui existe, dans le monde spirituel comme dans le monde matériel, appartient à Dieu, la Personne Suprême, omniprésent en tant que conscience suprême. Ksetra-jnam capi mam viddhi sarva-ksetresu bharata: la Bhagavad-gita (13.3) confirme que dans chaque champ d'action, c'est-à-dire dans chaque corps, le Seigneur Suprême est présent sous la forme de l'Ame Suprême. Chaque âme se voit attribuer un corps dans lequel elle peut vivre et agir selon les directives de la Personne Suprême, qui réside donc également dans chaque corps. Nous ne devrions pas penser que nous sommes indépendants, mais plutôt comprendre qu'une certaine partie de la propriété totale du Seigneur Suprême nous a été attribuée.

Cette intelligence mènera l'humanité au communisme parfait. Les communistes pensent à l'échelle de leur pays, alors que le communisme spirituel mentionné ici n'est pas national mais universel. Rien n'appartient au pays, ou aux individus; tout appartient à Dieu, la Personne Suprême. Telle est la signification de ce verset. Atmavasyam idam visvam: tout ce qui existe dans cet univers est la propriété de Dieu, la Personne Suprême. La théorie moderne du communisme ainsi que la conception des Nations Unies peuvent être rectifiées et trouver leur vrai sens dans la compréhension que tout appartient à Dieu. Le Seigneur n'est pas une création de notre intelligence; c'est Lui, plutôt, qui nous a créés. Atmavasyam idam visvam. Isavasyam idam sarvam. Ce communisme universel peut résoudre tous les problèmes du monde.

Chacun devrait savoir, comme l'enseignent les Vedas, que le corps n'est pas la propriété de l'âme, mais qu'il lui est donné en fonction de son karma. Karmana daiva-netrena jantur dehopapattaye. Les 8 400 000 sortes de corps sont des machines attribuées aux âmes individuelles. La Bhagavad-gita (18.61) le confirme dans le verset suivant:

isvarah sarva-bhutanam
hrd-dese rjuna tisthati
bhramayan sarva-bhutani
yantrarudhani mayaya

"Le Seigneur Suprême Se tient dans le coeur de chacun, ô Arjuna, et dirige les errances de tous les êtres vivants, chacun se trouvant comme sur une machine, constituée d'énergie matérielle." Le Seigneur est sis dans le coeur de tous les êtres en tant que l'Ame Suprême, et Il y observe les désirs de l'âme individuelle. Le Seigneur est si miséricordieux qu'Il donne l'occasion à l'être vivant de satisfaire toutes sortes de désirs dans des corps appropriés, qui ne sont rien d'autre que des machines (yantrarudhani mayaya). Ces machines sont fabriquées à l'aide des ingrédients matériels de l'énergie externe, et ainsi l'être vivant connaît plaisirs ou souffrances selon ses désirs. C'est l'Ame Suprême qui donne la possibilité à l'âme individuelle de satisfaire ses désirs.

Tout appartient au Suprême, et l'on ne devrait donc pas usurper la propriété d'autrui. L'homme a tendance à fabriquer toutes sortes de choses. Aujourd'hui tout spécialement, il construit par exemple des gratte-ciel et invente nombre de commodités matérielles. Nous devrions être conscients, cependant, que les matériaux utilisés pour la construction des gratte-ciel et des machines ne peuvent être fabriqués par personne d'autre que Dieu, la Personne Suprême. Le monde entier n'est qu'une combinaison des cinq éléments matériels (tejo-vari-mrdam yatha vinimayah). Un gratte-ciel est une transformation de terre, d'eau et de feu —en d'autres termes, il s'agit essentiellement d'une grande construction de briques, lesquelles sont un mélange de terre et d'eau cuit dans le feu. L'homme peut fabriquer des briques, mais pas leurs ingrédients de base. Bien sûr, l'homme, en tant que fabricant, peut être rétribué par Dieu, la Personne Suprême, ce que confirme notre verset: tena tyaktena bhunjithah. Toutefois, ni le constructeur d'un gratte-ciel, ni l'ouvrier, ni l'agent immobilier ne peuvent revendiquer un droit de propriété. Le bâtiment appartient à la personne qui en a financé la construction. C'est Dieu qui a fabriqué l'eau, la terre, l'air, le feu et l'éther; l'homme peut les utiliser et se faire rétribuer (tena tyaktena bhunjithah). Il ne peut cependant prétendre être le propriétaire de quoi que ce soit. Voilà le communisme parfait. L'homme ne devrait utiliser sa tendance à construire des grands bâtiments que pour ériger de magnifiques temples, pour y installer la murti de Dieu, la Personne Suprême. Son désir de construire sera alors comblé.

Tout devrait être offert au Seigneur car tout Lui appartient, et nous ne devrions prendre que ce qu'Il nous accorde, ou prasada (tena tyaktena bhunjithah). Nous ne devrions pas nous battre pour acquérir plus que ce dont nous avons besoin. A ce sujet, Narada dit à Maharaja Yudhisthira:

yavad bhriyeta jatharam
tavat svatvam hi dehinam
adhikam yo bhimanyeta
sa steno dandam arhati

"On peut se déclarer propriétaire des biens nécessaires aux besoins du corps, mais qui veut posséder plus que cela doit être considéré comme un voleur et mérite d'être puni par les lois de la nature." (S.B., 7.14.8) Il nous faut bien sûr manger, dormir, nous accoupler et nous défendre (ahara-nidra-bhaya-maithuna), mais puisque Dieu, la Personne Suprême, donne aux oiseaux et aux abeilles les moyens de satisfaire ces besoins vitaux, pourquoi ne le ferait-Il pas pour les hommes? Nul besoin d'essor économique, car tout est déjà là. On devrait donc comprendre que tout appartient à Krsna, et ceci bien compris, on peut accepter le prasada, c'est-à-dire ce que Krsna nous alloue. Quiconque empiète sur la part d'autrui est un voleur. Nous ne devrions pas accepter plus que ce dont nous avons véritablement besoin. Quand l'argent nous vient en abondance de par la destinée, nous devrions toujours considérer qu'il appartient à Dieu, la Personne Suprême. Dans notre Mouvement pour la Conscience de Krsna, nous avons suffisamment d'argent, mais nous ne devons jamais penser que cet argent nous appartient; il appartient à Dieu et doit être distribué également à tous ceux qui travaillent, aux bhaktas. Aucun bhakta ne peut prétendre posséder personnellement de l'argent ou un bien. Celui qui pense qu'une partie quelconque de cet immense univers lui appartient, doit être considéré comme un voleur et sera puni par les lois de la nature. Daivi hy esa gunamayi mama maya duratyaya: personne ne peut échapper à la vigilance de la nature matérielle ni même lui cacher ses intentions. Si les hommes prétendent illégitimement que cet univers, ou une partie de cet univers, leur appartient, l'humanité tout entière sera condamnée et punie par les lois de la nature en tant que société de voleurs.


Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare