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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 1 CHAPITRE 13 Dhrtarastra quitte
le palais.
dhrtarastrah saha bhratra
gandharya ca sva-bharyaya daksinena himavata rsinam asramam gatah
Pour apaiser la douleur de Maharaja Yudhisthira, Narada s'est d'abord adressé à lui en développant des vues philosophiques; il entreprend maintenant de lui dépeindre l'avenir de son oncle, qu'une vision particulière lui permet de connaître.
srotobhih saptabhir ya vai
svardhuni saptadha vyadhat saptanam pritaye nana sapta-srotah pracaksate
snatvanusavanam tasmin
hutva cagnin yatha-vidhi ab-bhaksa upasantatma sa aste vigataisanah
L'astanga-yoga est une méthode mécanique permettant de maîtriser les sens et le mental afin ensuite de les déporter du plan matériel au plan spirituel. Ces pratiques préliminaires consistent en postures assises, en la maîtrise des airs circulant dans le corps, en un développement de pensées spirituelles et en méditation; leur but est de permettre de s'établir peu à peu dans le samadhi, et de voir la Personne Suprême, le Paramatma. Ces techniques d'élévation au niveau spirituel s'accompagnent du respect de principes régulateurs, tels que procéder à des ablutions trois fois par jour, s'abstenir autant que possible de nourriture, garder une posture assise et concentrer son mental sur la réalité spirituelle, pour s'affranchir graduellement de tout objectif matériel, ou visaya. L'existence matérielle, ce n'est rien d'autre que s'absorber dans des vues d'ordre matériel, illusoires. Ainsi le foyer, la famille, les enfants, les biens, les affaires, la société, la nation: telles sont quelques-unes des enveloppes matérielles qui recouvrent l'âme spirituelle, l'atma; la pratique du yoga aide celui qui l'adopte à s'affranchir de ces préoccupations illusoires, pour tourner peu à peu ses pensées vers la Personne Suprême, le Paramatma. L'éducation matérielle et l'existence menée en compagnie de matérialistes nous apprennent à nous concentrer uniquement sur des objets précaires, de l'ordre de ceux que nous venons d'énumérer; la voie du yoga est au contraire le moyen de les oublier tous. Aujourd'hui, de soi-disant yogis exhibent, sous l'enseigne du yoga, quelques tours de magie, et les ignorants se laissent fasciner par leurs exploits trompeurs, ou encore considèrent désormais la pratique du yoga comme un simple moyen de guérir les maux du corps. Mais en vérité, le yoga doit permettre d'apprendre à oublier toutes les notions que nous avons pu acquérir au cours de notre lutte pour l'existence. Tout au long de sa vie, Dhrtarastra s'était absorbé dans la lutte pour améliorer sa situation familiale, soit en élevant le degré de richesse de ses fils, soit en usurpant à leur profit ce qui appartenait aux Pandavas. Telles sont les vues ordinaires d'un bas matérialiste, dénué de tout savoir sur l'énergie spirituelle; il ne voit pas comment elles peuvent l'entraîner du paradis aux enfers. Dhrtarastra, par la grâce de Vidura, son frère cadet, fut éclairé sur la nature grossièrement illusoire de ses activités, et cette connaissance seule permit à un matérialiste aussi bas que lui de quitter à jamais son foyer pour se consacrer à la réalisation spirituelle. Sri Naradadeva décrit ici la vision directe qu'il a de la voie choisie par Dhrtarastra pour progresser spirituellement, en un lieu sanctifié par les eaux célestes du Gange. Notons que se suffire d'un peu d'eau, sans prendre aucune nourriture solide, est considéré comme jeûne, et que le jeûne favorise grandement le développement du savoir spirituel. On voit des sots prétendre à devenir yogis sans observer les principes régulateurs; mais comment celui qui ne maîtrise pas au moins sa langue pourrait-il être autre chose qu'un yogi de pacotille? Il nous faut distinguer entre yogi et bhogi: un bhogi, un jouisseur toujours avide de mets appétissants et de douces boissons, ne peut être un yogi, lequel doit restreindre le manger et le boire. La manière dont Dhrtarastra entreprend sa pratique du yoga peut être considérée avec profit: sereinement assis en un lieu baigné d'une atmosphère spirituelle, il n'absorbe que de l'eau, et reste profondément plongé dans la pensée du Seigneur, Sri Hari, la Personne Suprême.
jitasano jita-svasah
pratyahrta-sad-indriyah hari-bhavanaya dhvasta- rajah-sattva-tamo-malah
Les pratiques fondamentales de l'astanga-yoga sont l'asana, le pranayama, le pratyahara, le dharana, le dhyana, etc. Maharaja Dhrtarastra devait connaître le succès dans ces pratiques seulement parce que, fermement assis dans un lieu sanctifié, il pouvait se concentrer sur un objet unique: le Seigneur Suprême, Sri Hari. Tous ses sens se trouvaient ainsi engagés au service du Seigneur -méthode qui aide directement le bhakta à s'affranchir de toute souillure issue des trois gunas. Même la vertu, le plus haut attribut dans l'ordre matériel, est source d'enchaînement à la matière; dès lors, que dire de la passion et de l'ignorance. Ces deux gunas font croître la tendance matérielle de l'être à rechercher avidement le plaisir en ce monde, et suscitent en lui un désir furieux d'accumuler richesse et puissance. Or, même celui qui a su vaincre ces deux premiers courants de force et s'est élevé au niveau de la vertu, où brillent le savoir et la moralité, ne peut maîtriser ses sens -la vue, le goût, l'odorat, l'ouïe et le tact. Au contraire, comme l'enseigne notre verset, celui qui s'abandonne aux pieds pareils-au-lotus de Sri Hari peut, lui, transcender les influences des trois gunas et s'établir fermement dans le service du Seigneur. C'est pourquoi le bhakti-yoga engage directement les sens dans le service d'amour du Seigneur, de sorte que le bhakta n'agit plus au niveau matériel. La pratique qui consiste à détacher les sens de la matière pour les engager dans le service d'amour spirituel et absolu du Seigneur, prend nom de pratyahara, et la méthode utilisée pour atteindre le but s'appelle le pranayama; cette voie culmine dans le samadhi, l'absorption de l'être sans réserve dans le désir de plaire par tous les moyens au Seigneur Suprême, Sri Hari.
vijnanatmani samyojya
ksetrajne pravilapya tam brahmany atmanam adhare ghatambaram ivambare
L'être conditionné, à cause de son désir de dominer le monde matériel et du refus qui s'ensuit de coopérer avec le Seigneur Suprême, entre au contact de l'énergie matérielle dans son ensemble, le mahat-tattva; à partir de là se développe en lui une identification trompeuse avec la matière, puis son intelligence, son mental et ses sens matériels, lesquels sont autant de voiles recouvrant sa pure identité spirituelle. Lorsqu'il parvient à réaliser son identité véritable -et c'est là ce qu'on appelle la réalisation spirituelle-, il doit, par les voies yogiques décrites dans le verset précédent, réintégrer sa condition originelle en fondant à nouveau dans le mahat-tattva les cinq éléments grossiers constituant son corps et les éléments subtils que sont le mental et l'intelligence. S'extirpant ainsi, âme pure, des rets superposés du mahat-tattva, il doit se fondre en l'existence de l'Ame Suprême: c'est-à-dire réaliser que sur le plan qualitatif, il n'en diffère pas. Il transcende alors le monde de matière à l'aide de son intelligence pure, de qualité identique à celle du Seigneur, et s'engage dans le service d'amour spirituel et absolu qu'Il attend. Tel est le plus haut degré de perfection qui se puisse atteindre dans le développement de son identité spirituelle, et qu'atteignit Dhrtarastra par la grâce de Vidura et du Seigneur, lequel lui donna la grâce d'entrer en contact direct avec Vidura, puis, quand il mit en pratique les instructions de son maître, en l'aidant à atteindre la plus haute perfection. Un pur dévot du Seigneur n'habite vraiment aucune des planètes matérielles, ni ne ressent aucun contact avec les éléments matériels. Son corps n'est pas, à proprement parler, matériel; il se trouve parcouru d'énergie spirituelle, par l'identité de ses intérêts et de ceux du Seigneur. Aussi demeure-t-il à jamais libre des souillures issues du mahat-tattva. Il vit toujours dans le monde spirituel, qu'il atteint en perçant les sept voiles de la matière par la puissance du service de dévotion. Les âmes conditionnées, elles, en restent prisonnières.
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