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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 1 CHAPITRE 13 Dhrtarastra quitte
le palais.
dhvasta-maya-gunodarko
niruddha-karanasayah nivartitakhilahara aste sthanur ivacalah tasyantarayo maivabhuh sannyastakhila-karmanah
Au moyen des exercices yogiques décrits plus haut, Dhrtarastra parvint à s'abstraire de toute action matérielle et de leurs suites. Par l'influence qu'ils exercent, les gunas entraînent leur victime dans un puits de désirs sans fin pour la jouissance matérielle, mais il est possible, par la pratique du yoga, de mettre un terme à cette soif insensée. Chacun des sens s'affaire à chercher sa nourriture, soumettant ainsi l'âme conditionnée à un assaut constant. Assaillie de tous côtés, elle perd la faculté de poursuivre aucun but avec fermeté. C'est pourquoi Narada conseilla à Maharaja Yudhisthira de ne pas troubler son oncle en cherchant à le faire revenir au palais, puisque déjà il avait dépassé tout attrait pour les choses de ce monde. Les gunas poussent l'être à agir de diverses manières, mais au-delà se trouve un mode d'action spirituel, celui-là absolu. On le nomme nirguna, pour signifier qu'il n'entraîne aucune suite matérielle. L'action spirituelle et ses effets étant identiques, on la désigne, pour la distinguer de sa contrepartie matérielle, sous le nom de nirguna. Après s'être coupé de toute influence matérielle, l'on est admis dans les sphères spirituelles, et l'action qu'on y accomplit prend le nom de bhakti, ou service de dévotion. Aussi la bhakti doit s'identifier au nirguna atteint par contact direct avec l'Absolu.
sa va adyatanad rajan
paratah pancame hani kalevaram hasyati svam tac ca bhasmi bhavisyati
La prophétie de Narada Muni décourage Maharaja Yudhisthira de se rendre au lieu où se trouve son oncle Dhrtarastra, car celui-ci, appelé à quitter son corps grâce à ses propres pouvoirs surnaturels pour ensuite le réduire en cendres, n'aura nul besoin de cérémonie funéraire. L'acquisition de tels pouvoirs représente la perfection ultime pour le yogi: être à même de quitter son corps selon sa propre volonté, au moment choisi par lui, pour, après l'avoir réduit en cendres au moyen d'un feu engendré en lui-même, atteindre la planète de son élection.
dahyamane gnibhir dehe
patyuh patni sahotaje bahih sthita patim sadhvi tam agnim anu veksyati
Gandhari était un modèle de chasteté, une compagne toujours fidèle; et voyant le corps de Dhrtarastra se consumer dans le feu de ses pouvoirs surnaturels, réduisant aussi en cendres leur abri de feuilles, elle fut prise d'un désespoir qu'on ne saurait décrire. Elle avait quitté son foyer après avoir perdu ses cent fils, puis, après avoir vécu dans la forêt, elle y voit périr également son époux bien-aimé. Elle sentit toute sa solitude, et choisit d'entrer dans le brasier où brûlait son époux, pour le suivre jusque dans la mort. Qu'une femme chaste se livre ainsi au feu de crémation du corps de son défunt époux constitue le rite de sati, et représente pour elle le sommet de la perfection. Plus tard, on abusa de cette coutume en contraignant toute femme, même non disposée à le faire, à suivre son époux dans la mort, et le rite de sati devint un geste ignominieusement criminel. Par ailleurs, dans l'âge déchu où nous vivons, il n'est pas de femmes à observer ce sacrifice avec telle chasteté que Gandhari ou d'autres femmes modèles des temps passés, pour qui être séparées de l'époux causait de plus vives souffrances que les flammes du brasier funéraire. De telles femmes se pliaient volontiers au rite de sati, sans que nul n'exerçât sur elles de pression criminelle. Mais lorsque le rite ne fut plus observé que par formalité, et qu'on l'imposa à la femme, il devint punissable par la loi de l'Etat. La prophétie de Narada Muni rendait vain tout projet, même pour Maharaja Yudhisthira, de partir à la recherche de sa tante.
viduras tu tad ascaryam
nisamya kuru-nandana harsa-soka yutas tasmad ganta tirtha-nisevakah
Vidura était fort étonné du départ de son frère Dhrtarastra, et de voir qu'il était, lui matérialiste endurci, devenu un yogi libéré. Néanmoins, il est bien entendu que seule sa grâce permit à son frère d'atteindre le but de l'exisence. Il se réjouit donc de cet heureux événement, en même temps qu'il s'afflige de n'avoir pu changer Dhrtarastra en pur bhakta. Si cette transfornation n'a pu s'opérer, c'est en raison de l'inimitié trop grande nourrie par Dhrtarastra envers les Pandavas, eux dévots du Seigneur. Car, faire offense aux pieds d'un vaisnava, c'est courir plus grand danger encore qu'à offenser les pieds pareils-au-lotus du Seigneur. Il pardonne facilement les offenses qu'on commet à Ses pieds, mais jamais Il ne tolère celles commises à ceux de Son dévot. Vidura fit certes preuve d'une grande générosité en bénissant de sa grâce son frère Dhrtarastra, au si lourd passé de matérialiste. Mais somme toute, les fruits de cette miséricorde reposent tout entiers dans les mains du Seigneur Suprême, et c'est pourquoi dans cette vie, Dhrtarastra ne put obtenir que la libération. Le service de dévotion, lui, ne s'obtient qu'après de nombreuses vies à l'état libéré. Vidura se sentait fort affligé de la mort de son frère et de sa belle-soeur, et le seul remède à sa douleur était de quitter le lieu pour se rendre à divers pèlerinages. Ainsi, Maharaja Yudhisthira n'avait même aucune chance de rappeler Vidura, le seul des trois qui soit encore vivant.
ity uktvatharuhat svargam
naradah saha-tumburuh yudhisthiro vacas tasya hrdi krtvajahac chucah
Sri Naradaji, que la grâce du Seigneur a doté d'un corps spirituel, peut se déplacer partout à travers les mondes matériel et spirituel, et atteindre n'importe quelle planète en un temps très court. Nous avons déjà évoqué le détail de sa vie antérieure, alors que fils d'une servante, il avait obtenu, au contact de purs bhaktas, de devenir pour l'éternité un homme de l'espace entièrement libre de ses mouvements. Plutôt que de chercher à atteindre d'autres planètes par des moyens mécaniques, il est donc préférable de marcher sur les traces de Narada Muni, surtout si l'on considère qu'aucun engin ne nous permettra même d'atteindre la plus proche planète. Maharaja Yudhisthira était un roi pieux, aussi pouvait-il, à l'occasion, recevoir la visite de Narada Muni. Quiconque désire comme lui voir Narada Muni doit d'abord et avant tout devenir pieux en marchant sur les traces du sage. Ainsi s'achèvent les enseignements de Bhaktivedanta sur le treizième chapitre du premier Chant du Srimad-Bhagavatam, intitulé: "Dhrtarastra quitte le palais".
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