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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 1 CHAPITRE 13 Dhrtarastra quitte
le palais.
gata-svartham imam deham
virakto mukta-bandhanah avijnata-gatir jahyat sa vai dhira udahrtah
Narottama Dasa Thakura, grand bhakta et acarya dans la lignée Gaudiya-vaisnava, a écrit, dans un de ses chants: "Mon Seigneur, je n'ai fait que gâcher ma vie. Ayant obtenu forme humaine, j'ai négligé d'adorer Ta Grâce, et ainsi j'ai bu, de plein gré, le poison de ma perte." Ce qui revient à dire que la forme humaine doit précisément servir à développer le service de dévotion offert au Seigneur, faute de quoi l'existence se peuple d'angoisses qui la rendent misérable. Mais celui qui a ainsi failli au devoir, qui a donc gâché son existence, peut encore quitter son foyer, à l'insu des parents et des proches, et libre de toute attache envers la famille, la société, la patrie..., aller rendre l'âme en un lieu perdu, que nul ne sache où ni comment il a trouvé la mort. On qualifie de dhira celui qui garde la mesure même devant la provocation, ou en présence de tout ce qui peut jeter le trouble en l'homme. Les trop vifs sentiments d'affection pour la femme et les enfants, trop d'attachement à la vie de famille en général, rendent impossible qu'on renonce aux douceurs du foyer, et font ainsi obstacle à la réalisation spirituelle; mais celui qui, d'une manière ou d'une autre, peut trancher de semblables liens, on le qualifie de dhira, de sobre. Un tel renoncement, néanmoins, peut être le résultat de frustrations, auquel cas il devra s'affermir par le contact avec des saints véritables et des âmes réalisées, capables d'engager l'être dans le service d'amour du Seigneur. En d'autres mots, seul l'éveil, au contact de purs bhaktas, d'une attitude toute spirituelle de service envers le Seigneur permet l'abandon sincère à Ses pieds pareils-au-lotus. Dhrtarastra, quant à lui, eut la grâce d'avoir en son frère la présence qui lui donnait d'échapper à sa vie de frustration.
yah svakat parato veha
jata-nirveda atmavan hrdi krtva harim gehat pravrajet sa narottamah
On compte trois groupes de spiritualistes: le dhira, ou celui que ne trouble pas le renoncement à la famille, le sannyasi, qui renonce au monde par le sentiment qu'il est toute frustration, et le bhakta sincère, qui ravive en lui la conscience de Dieu par l'écoute et le chant de Ses gloires, et quitte son foyer pour ne plus dépendre que du Seigneur, qui réside en son coeur. Le principe qui règle ces trois ordres est le suivant: il se peut qu'accepter l'ordre du renoncement (sannyasa) après une vie de frustration dans l'univers matériel soit un pas vers la réalisation spirituelle; mais la libération parfaite ne s'atteint que par l'abandon total à Dieu, la Personne Suprême, présent dans le coeur de chaque être en tant que Paramatma. Vivrait-il dans la jungle la plus profonde, loin du foyer, un ferme et sincère dévot du Seigneur sait très bien qu'il n'est jamais seul; la Personne Suprême, Dieu, Se trouve sans cesse avec lui et peut le protéger contre toute difficulté susceptible de l'assaillir loin de ses proches. Mais le choix le meilleur sera de pratiquer chez soi le service de dévotion, par l'écoute et le chant des Saints Noms du Seigneur, comme de tout ce qui Lui a trait -Attributs, Formes, Divertissements, Entourage...-, au contact de purs bhaktas; car ces activités nous aideront à raviver notre conscience de Dieu, à la mesure même de la pureté de nos intentions; celui qui désire obtenir quelque bienfait matériel en échange de ses pratiques dévotionnelles ne se trouvera jamais, par la nature même de son désir, dépendre du Seigneur Suprême, bien que Celui-ci soit présent en lui comme en tous les êtres. Jamais non plus il ne recevra de Lui de directives personnelles. Le bhakta matérialiste recevra peut-être du Seigneur les bienfaits matériels qu'il recherche, mais ne deviendra jamais un homme de premier ordre, tel que le décrit notre verset et tel que l'histoire du monde nous en offre nombre d'exemples, particulièrement en Inde. Ces bhaktas à la sincérité parfaite sont nos guides sur la voie de la réalisation spirituelle. Parmi eux se trouve Mahatma Vidura, et nous devons nous efforcer de marcher dans les traces de ses pieds pareils-au-lotus pour atteindre la réalisation spirituelle.
athodicim disam yatu
svair ajnata-gatir bhavan ito rvak prayasah kalah pumsam guna-vikarsanah
L'on peut remédier à une existence de frustration en devenant un dhira, c'est-à-dire en quittant à jamais le foyer familial sans garder aucun lien avec ses proches; telle est la voie que Vidura recommande à son frère aîné d'emprunter, et sans délai, car bientôt viendra l'âge de Kali. Déjà, par nature, une âme conditionnée se sent troublée au contact de la matière; mais dans le kali-yuga, les qualités de l'homme sont grandement diminuées -d'où sa chute dans la condition la plus basse. C'est pourquoi Dhrtarastra reçoit l'avis de quitter le foyer avant que ne vienne l'âge noir, déjà si proche, afin que ses influences dégradantes ne viennent balayer le climat favorable créé par les instructions précieuses de Vidura sur les vérités de la vie. Il n'appartient pas au commun des vivants de devenir narottama, ou homme de premier ordre, tout entier dépendant du Seigneur Suprême, Sri Krsna. La Bhagavad-gita le confirme en disant que seul celui en qui le péché a pris fin peut y parvenir.(1) Aussi Vidura pousse-t-il Dhrtarastra à devenir au moins un dhira s'il ne lui est pas possible dès l'abord de devenir un sannyasi ou un narottama. Une persévérance constante sur la voie de la réalisation spirituelle aide le postulant à s'élever du niveau de dhira à celui de narottama. Le premier niveau ne s'atteint lui-même d'ordinaire qu'après la pratique prolongée d'une forme ou une autre de yoga, sauf si intervient la grâce d'un Vidura, par laquelle il devient possible de s'y établir aussitôt, pour peu qu'on en ait le désir. Mais l'état de dhira n'est qu'une étape préparatoire au sannyasa, qui lui-même doit culminer dans le paramahamsa, le niveau de pure dévotion au Seigneur, où se situent les bhaktas de premier ordre.
(1) yesam tv anta-gatam papam jananam punya-karmanam
evam raja vidurenanujena
prajna-caksur bodhita ajamidhah chittva svesu sneha-pasan dradhimno niscakrama bhratr-sandarsitadhva
Sri Caitanya Mahaprabhu, l'illustre prédicateur des principes du Srimad-Bhagavatam, a souligné l'importance du contact avec les sadhus, ou purs dévots du Seigneur. Il disait qu'un seul instant passé auprès d'un pur bhakta peut conférer toute perfection. Reconnaître que cette assertion s'est vérifiée dans notre existence personnelle, ce n'est nullement pour nous source d'humiliation; car sans la faveur de Sa Divine Grâce Srimad Bhaktisiddhanta Sarasvati Gosvami Maharaja, obtenue auprès de lui dans les quelques instants de notre première rencontre, il ne nous eût pas été possible d'entreprendre l'oeuvre monumentale qu'est la présentation du Srimad-Bhagavatam en langue anglaise. N'eût été cette rencontre à un moment opportun, nous aurions pu devenir un industriel puissant, mais pas marcher sur le sentier de la libération et adopter de manière tangible le service du Seigneur sous les instructions de Sa Divine Grâce. Un exemple du même ordre s'offre ici à notre réflexion, l'influence de Vidura sur Dhrtarastra. Ce dernier se trouvait profondément empêtré dans un réseau d'attachements matériels liés à la vie politique, économique et familiale, et bien qu'il ait tout mis en oeuvre pour arriver à ses propres fins, il n'avait jamais trouvé que frustration, du moins en ce qui concerne ses entreprises matérielles. Pourtant, malgré une existence jalonnée d'échecs, il put atteindre la plus haute réussite en matière de réalisation spirituelle, grâce aux instructions impératives d'un pur dévot du Seigneur, modèle par excellence du sadhu. C'est pourquoi les Ecritures nous enjoignent de rechercher la compagnie de ceux-là seuls, à l'exclusion de tout autre. Ainsi aura-t-on l'occasion d'entendre maintes et maintes fois l'enseignement de ces sages, capables de dénouer le réseau d'affections illusoires qui nous enchaînent à l'univers de la matière. Car ce monde relève bien de l'illusion, d'une illusion monstrueuse: tout y apparaît solide, réel, mais s'évapore l'instant d'après, comme l'écume dans l'océan ou le nuage dans le ciel. Le nuage aussi, dans le ciel, paraît bien tangible; il produira la pluie, permettra la naissance et la croissance de vastes jardins, mais à la fin, tout disparaît, et le nuage, et la pluie, et la végétation, Le ciel pourtant demeure, avec ses habitants les luminaires. De même, la Vérité Absolue demeure éternellement, quand viennent et disparaissent les nuages de l'illusion. Les esprits irréfléchis s'attardent dans la fascination des nuages éphémères; l'intelligent leur préfère l'immensité si diverse du ciel, qui dure.
patim prayantam subalasya putri
pati-vrata canujagama sadhvi himalayam nyasta-danda praharsam manasvinam iva sat sampraharah
Saubalini, ou Gandhari: Fille du roi Subala et épouse du roi Dhrtarastra, était un modèle d'épouse, dévouée à son mari. La civilisation védique savait former de telles épouses, chastes et pleines de dévouement; Gandhari n'est qu'un des nombreux exemples que nous en offre l'histoire. Ainsi fut Laksmiji Sitadevi, également fille d'un grand roi, qui préféra, en femme chaste et fidèle, accompagner dans la forêt son époux en exil, Sri Ramacandra, plutôt que de rester au foyer ou d'aller habiter le palais de son père -ce qui, en tant que femme, lui eut été permis. Lorsque Vidura instruisit Dhrtarastra sur le renoncement, Gandhari se trouvait auprès de son époux. Elle ne prit elle-même aucune décision, mais se conforma simplement à celle de son seigneur; et Dhrtarastra, pour sa part, n'exigea non plus rien d'elle, car désormais ferme dans sa détermination, il était comme un grand guerrier prêt à affronter tous les périls d'une bataille. Il n'éprouvait plus le moindre attrait pour celle qui avait été son épouse, ni pour ses proches, et avait décidé de partir seul; mais la chaste Gandhari entreprit de suivre son époux jusqu'au dernier instant. Maharaja Dhrtarastra accepta donc la vie de vanaprastha, où l'épouse peut de son gré continuer à servir son mari, chose que ne permet pas le sannyasa. Le sannyasi, en effet, meurt à la société, et son épouse devient littéralement veuve, sans plus entretenir aucun contact avec lui. Gandhari, donc, suivit son époux à ses propres risques, mais Maharaja Dhrtarastra lui fit cette grâce de ne point renier sa fidélité. Comme signe distinctif de leur asrama, les sannyasis portent un bâton. Ils se divisent en deux groupes: ceux de l'école mayavada, avec à leur tête Sripada Sankaracarya, et qui portent un bâton unique (eka-danda); et ceux de l'école vaisnava, qui eux portent un triple bâton (tri-danda). Ainsi nomme-t-on les sannyasis mayavadis ekadandi-svamis, et les sannyasis vaisnavas tridandisvamis, ou plus précisement tridandi-gosvamis, pour bien les distinguer des mayavadis. Les ekadandi-svamis hantent particulièrement les Himalayas; les sannyasis vaisnavas préfèrent les lieux saints de Vrndavana et Puri. Ajoutons que les premiers sont dhiras et les seconds narottamas. Vidura conseille à Dhrtarastra de marcher sur les traces des dhiras, car il eut été trop difficile pour lui d'accéder d'un coup au niveau de narottama.
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