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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 1 CHAPITRE 13 Dhrtarastra quitte
le palais.
ajata-satruh krta-maitro hutagnir
vipran natva tila-go-bhumi-rukmaih grham pravisto guru-vandanaya na capasyat pitarau saubalim ca
Le roi Yudhisthira, qui chaque jour s'acquittait des devoirs de piété que lui conférait sa condition de chef de famille, était un parfait modèle de vertu. Ces devoirs consistent à se lever tôt le matin pour, après ses ablutions, rendre hommage aux murtis de la maison par des prières, des offrandes dans le feu sacré, des dons charitables aux brahmanas -terres, vaches, céréales et or...-,et finalement par l'offrande de respects aux anciens. Nul, s'il ne se soumet aux recommandations des sastras, ne saurait être qualifié d'homme de bien, fût-il versé dans les études livresques. Aujourd'hui, les gens de famille vivent selon des habitudes toutes différentes; on se lève tard, et pour aussitôt ingurgiter, souvent même au lit, un café ou une tasse de thé, sans avoir procédé à sa toilette ou s'être acquitté des rites purificatoires mentionnés plus haut. Les enfants à leur tour adoptent les mauvaises habitudes de leurs parents, et la société tout entière glisse bientôt vers l'enfer. On ne peut espérer de tels hommes rien de bon, à moins qu'ils n'entrent au contact de sadhus. Car, tout matérialiste, comme Dhrtarastra, peut tirer de précieux enseignements des paroles d'un sadhu comme Vidura, capable de l'arracher aux souillures de la vie moderne. Maharaja Yudhisthira, néanmoins, ne trouvait nulle part dans le palais ses deux oncles -Dhrtarastra et Vidura-, ni Gandhari, la fille du roi Subala. Comme il avait grand désir de les voir, il s'enquit d'eux auprès de Sanjaya, le secrétaire privé de Dhrtarastra.
tatra sanjayam asinam
papracchodvigna-manasah gavalgane kva nas tato vrddho hinas ca netrayoh
amba ca hata putrarta
pitrvyah kva gatah suhrt api mayy akrta-prajne hata-bandhuh sa bharyaya asamsamanah samalam gangayam duhkhito patat
Les Pandavas, et plus particulièrement Maharaja Yudhisthira et Arjuna, avaient prévu les suites funestes de la Bataille de Kuruksetra. C'est bien pourquoi Arjuna s'était d'abord refusé à engager le combat; il ne s'y résolut, à la fin, que pour répondre à la volonté du Seigneur. Mais les fruits amers, pour toute la famille, de la bataille prenaient maintenant, comme ils l'avaient prévu, forme tangible. Maharaja Yudhisthira garda toujours conscience de la profonde tristesse qui affligeait son oncle Dhrtarastra et sa tante Gandhari, et pour cette raison veilla toujours sur eux dans leur vieillesse, avec tout le soin possible. Aussi, quand il constata leur absence du palais, ses craintes s'accentuèrent, et il en vint à penser qu'ils avaient peut-être pris la direction du Gange pour s'y engloutir. Il se jugeait bien ingrat, car lorsque lui et ses frères Pandavas s'étaient vus privés de leur père, Maharaja Dhrtarastra les avait couverts de sa protection royale, en récompense de quoi ils avaient tué tous ses fils au cours de la Bataille de Kuruksetra. Dans sa vertu, Maharaja Yudhisthira portait sur lui seul le blâme de tous les méfaits, pourtant inévitables, qu'il avait commis, et jamais ne prit en compte ceux de son oncle et de ses partisans. Par la volonté du Seigneur, Dhrtarastra subissait les conséquences de ses fautes, et pourtant, Maharaja Yudhisthira ne voyait que les siennes propres. Telle est en effet la nature d'un homme de bien, d'un dévot du Seigneur: jamais il ne s'arrête aux fautes d'autrui, mais s'étudie à déceler les siennes et, dans la mesure du possible, à les corriger.
pitary uparate pandau
sarvan nah suhrdah sisun araksatam vyasanatah pitrvyau kva gatav itah
suta uvaca
krpaya sneha-vaiklavyat suto viraha-karsitah atmesvaram acaksano na pratyahatipiditah
Pris de compassion pour son maître Dhrtarastra, que lui-même n'avait trouvé nulle part, Sanjaya, dans son trouble et son affliction profonds, ne put donner aucune réponse aux questions de Maharaja Yudhisthira.
Sanjaya avait agi comme assistant direct de Maharaja Dhrtarastra pendant longtemps, ce qui lui avait permis d'observer la vie tissée d'échecs du monarque. Aussi, quand il constata que son maître avait quitté le palais sans lui rien dire, sa douleur ne connut point de borne. Avoir tout perdu, hommes et biens, au grand jeu de la Bataille de Kuruksetra, et devoir à la fin quitter le palais avec son épouse dans la plus complète frustration: Sanjaya, devant ces faits, était pris d'une grande compassion pour Dhrtarastra. Ainsi jugeait-il de la situation, selon ses propres vues, car certaines données lui restaient inconnues. La vision intérieure de Dhrtarastra s'était éveillée au contact de Vidura, et son départ du palais s'était effectué dans l'espoir et la joie de connaître une existence meilleure en quittant le puits obscur du foyer. Car, à moins de posséder la conviction que renoncer à sa vie présente prélude à une existence plus riche, nul n'est en mesure, eût-il endossé la robe du sannyasi ou quitté son foyer, d'adhérer à la vie de renonçant.
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