SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 1
CHAPITRE 14

Le départ de Sri Krsna
hors de ce monde.

VERSET 37

yat pada-susrusana-mukhya-karmana
satyadayo dvy-asta-sahasra-yositah
nirjitya sankhye tri-dasams tad-asiso
haranti vajrayudha-vallabhocitah

TRADUCTION

Veiller au bien-être des pieds pareils-au-lotus du Seigneur est le plus haut de tous les services qu'on Lui puisse rendre. Ce faisant, les reines de Dvaraka, avec Satyabhama à leur tête, incitèrent Sri Krsna à conquérir les devas. Elles purent ainsi jouir de privilèges réservés ordinairement aux épouses du maître de la foudre [Indra].

TENEUR ET PORTEE

Satyabhama: Une des principales reines de Sri Krsna à Dvaraka. Après avoir mis à mort le démoniaque Narakasura, le Seigneur visita son palais accompagné de Satyabhama. Et toujours avec elle, Il Se rendit sur Indraloka, où elle fut reçue par Sacidevi, laquelle l'introduisit devant la mère des devas, Aditi. Celle-ci, très heureuse de sa présence, Lui accorda la bénédiction de conserver sa jeunesse aussi longtemps que Sri Krsna demeurerait sur Terre. Elle la conduisit également dans tous les lieux où elle pourrait voir les conditions privilégiées dans lesquelles vivent les devas. Lorsqu'elle aperçut la fleur parijata, Satyabhama aussitôt désira l'obtenir pour la mettre dans son palais de Dvaraka, et elle formula son souhait à son époux dès qu'ils furent revenus sur Terre. Son palais était orné de joyaux précieux à cause desquels, même au plus chaud de l'été, les quartiers intérieurs restaient agréablement frais, comme s'ils avaient été climatisés. Elle-même l'avait en outre décoré de divers drapeaux, pour faire savoir à tous la présence chez elle de son illustre époux.

Un jour qu'elle était dans la compagnie de Krsna, elle rencontra Draupadi, dont elle désirait ardemment les conseils sur les moyens de plaire à son époux. Draupadi était experte en ce domaine, pour avoir eu comme époux les cinq Pandavas, et les avoir satisfaits autant qu'il se peut. Après avoir bénéficié des enseignements de Draupadi, elle ressentit une grande joie et, lui ayant offert ses meilleurs voeux, retourna à Dvaraka. Lorsque Arjuna se rendit à son tour à Dvaraka, quand Sri Krsna eut quitté ce monde, toutes les reines, y compris Satyabhama et Rukmini, mues par de profond sentiments, pleurèrent le Seigneur. Sur la fin de sa vie, Satyabhama parti pour la forêt, où elle se livra à de sévères austérités; elle était la fille de Satrajit.

Satyabhama incita son époux à lui apporter la fleur parijata des planètes édéniques, fleur que le Seigneur dut arracher de force aux devas, comme un homme ordinaire s'efforce de combler son aimée. Bien entendu, le Seigneur, nous l'avons vu, n'était nullement contraint d'avoir tant d'épouses et de Se rendre à leurs désirs comme un homme ordinaire; mais Ses reines adoptaient envers Lui la haute forme de dévotion qui consiste à veiller sans cesse au bien-être de Sa Personne Divine, aussi acceptait-Il auprès d'elles le rôle de l'époux totalement soumis. Nulle créature terrestre ne peut espérer obtenir quoi que ce soit du royaume édénique, et certes pas la fleur parijata, réservée au seul usage des devas; mais toutes les reines de Dvaraka, en tant que fidèles épouses du Seigneur, purent jouir des privilèges réservés d'ordinaire aux illustres épouses des habitants des cieux. Pour tout dire, puisque le Seigneur est aussi le possesseur et maître de tout ce qui existe dans Sa création, on ne doit pas s'étonner que les reines de Dvaraka pussent obtenir quelque objet que ce soit, si rare fût-il, et en quelque partie de la création qu'il se trouve.

VERSET 38

yad bahu-dandabhyudayanujivino
yadu-pravira hy akutobhaya muhuh
adhikramanty anghribhir ahrtam balat
sabham sudharmam sura-sattamocitam

TRADUCTION

Protégés par les longs bras de Sri Krsna, jamais les grands héros de la dynastie Yadu ne connaissent la crainte. Ainsi peuvent-ils fouler le sol du palais Sudharma, digne des meilleurs des devas, mais qu'ils leur ont enlevé de vive force.

TENEUR ET PORTEE

Les serviteurs directs du Seigneur sont non seulement protégés par Lui contre tout danger, mais ils peuvent également jouir de tout ce que l'univers a de plus beau, même s'ils doivent pour cela recourir à la force. Le Seigneur Se montre égal envers tous les êtres, mais la profonde affection qu'Il nourrit pour Ses purs dévots Le porte davantage vers eux.

Ainsi la ville de Dvaraka était-elle des plus florissantes, riche des meilleures choses de ce monde. Le palais d'assemblée d'un Etat reflète dans sa construction le degré de dignité et de puissance propre à cet Etat. Sur les planète édéniques, le palais d'assemblée nommé Sudharma n'était digne que des plus grands parmi les devas. Aucun Etat terrestre ne saurait en connaître de semblable; aucun, si évolué soit-il dans l'ordre matériel, ne pourrait l'édifier. Et pourtant, Sri Krsna présent sur Terre, les membres de la dynastie Yadu purent, par la force, arracher aux devas le palais Sudharma et le descendre sur Terre pour l'établir à Dvaraka. S'ils purent montrer une telle puissance, c'est qu'ils étaient assurés de l'appui et de la protection du Seigneur Suprême, Sri Krsna. En d'autres mots, les purs dévots du Seigneur Lui offrent, lorsqu'Il descend en ce monde, tout ce que l'univers contient de mieux, et c'est ce que firent les membres de la dynastie Yadu, veillant sans cesse à Son plus grand confort, en échange de quoi ils reçurent Sa protection, et furent affranchis de toute crainte.

Une âme conditionnée, oublieuse de son identité véritable, est nécessairement rongée par la peur. A l'opposé, une âme libérée s'en trouve totalement affranchie, tout comme le jeune enfant ne craint personne, parce qu'il s'en remet tout entier à son père pour sa protection. La peur est une forme d'illusion éprouvée par l'être distinct lorsqu'il nage dans les ténèbres qu'a fait tomber l'oubli de sa relation éternelle avec le Seigneur. S'il n'en était ainsi, puisque l'âme, par nature, ne doit jamais, comme l'enseigne la Bhagavad-gita,(1) connaître la mort, quelle raison aurait-t-elle de craindre? Un homme, en songe, voit un tigre et éprouve une grande peur; un autre, qui se trouve à ses côtés, mais ne dort pas, ne voit aucun tigre. Pour tous les deux, il n'y a pas de tigre. Mais le rêveur oublieux de la réalité connaît la peur; celui qui reste bien éveillé, et garde conscience de sa position réelle, n'en éprouve aucune De même, les membres de la dynastie Yadu étaient pleinement ouverts dans leur service, aux desseins du Seigneur, de sorte qu'il n'y avait jamais pour eux aucun tigre à craindre. Et en cas de danger véritable, le Seigneur était toujours là, prêt à étendre Ses bras pour les protéger.

(1) na jayate mriyate va kadacin nayam bhutva bhavita va na bhuyah
ajo nityah sasvato yam purano na hanyate hanyamane sarire
"L'âme ne connaît ni la naissance ni la mort. Vivante, elle ne cessera jamais d'être. Non née, immortelle, originelle, éternelle, elle n'eut jamais de commencement, et jamais n'aura de fin. Elle ne meurt pas avec le corps."
(B.g., II.20)

VERSET 39

kaccit te namayam tata
bhrasta-teja vibhasi me
alabdha-mano vajnatah
kim va tata cirositah

TRADUCTION

Dis-moi, mon cher Arjuna, comment te portes-tu? Tu sembles avoir perdu beaucoup de ton éclat. Dis-m'en la cause, cher frère, t'a-t-on manqué de respect ou ignoré, ou dois-tu ta pâleur à ton long séjour à Dvaraka?

TENEUR ET PORTEE

Le maharaja s'enquit dans le détail auprès d'Arjuna de la situation à Dvaraka. Sa conclusion fut qu'aussi longtemps que Sri Krsna Lui-même S'y trouvait, rien d'inopportun n'y pouvait survenir. Mais par ailleurs, son frère Arjuna semblait avoir perdu tout éclat corporel; c'est pourquoi il l'interroge également sur son bien-être à lui.

VERSET 40

kaccin nabhihato bhavaih
sabdadibhir amangalaih
na dattam uktam arthibhya
asaya yat pratisrutam

TRADUCTION

T'a-t-on adressé des paroles hostiles, ou inopportunes? Te fut-il impossible de faire la charité à qui te la demandait? Ou t'est-il arrivé de ne pas pouvoir tenir une promesse?

TENEUR ET PORTEE

Les ksatriyas et les hommes riches reçoivent parfois la visite de nécessiteux; le devoir et l'honneur leur demandent de faire la charité en tenant compte des circonstances de temps et de lieu ainsi que de la qualité du bénéficiaire. Si celui qui détient des richesses ne peut pour une raison ou une autre se rendre à cette obligation, il doit en ressentir une profonde peine. De même, il ne faut jamais manquer de faire la charité à qui on l'a promise. Ces fautes sont parfois causes d'affliction, et exposent leur auteur à la critique, à l'insulte; un tel incident aurait pu être à l'origine de l'état où le roi trouve Arjuna.


Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare