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Śrīmad-Bhāgavatam CHANT 1 CHAPITRE 15
Les Pāṇḍavas se retirent en temps opportun.
VERSET 6
yasya kṣaṇa-viyogena TRADUCTION
Il m'a laissé seul, Lui dont la séparation, fût-ce pour un instant, suffirait à plonger tous les univers dans un vide funeste, tels des corps privés de vie.
TENEUR ET PORTEE
En vérité, il n'est de plus grand objet d'affection pour l'être vivant que le Seigneur. Celui-ci Se déploie en d'innombrables fragments de Sa Personne les uns dits svāṁśa et les autres vibhinnāṁśa. Ainsi, l'Ame Suprême, le Paramātmā, appartient aux émanations svāṁśa, quand les âmes distinctes représentent celles dites vibhinnāṁśa. Or, tout comme en l'absence de l'âme, le corps matériel perd toute valeur —d'où le rôle essentiel de la force vitale dans le corps—, l'être distinct n'a, en l'absence du Paramātmā, aucun statu quo. Et de la même manière, le Paramātmā, ainsi que le Brahman, n'ont aucun statut propre hors du Seigneur Suprême, Śrī Kṛṣṇa. Ce qu'explique parfaitement la Bhagavad-gītā. Tous ces éléments sont liés entre eux, et solidaires les uns des autres; mais en dernière analyse, le Seigneur représente le summum bonum, et donc le principe vital de toute chose.
VERSET 7
yat-saṁśrayād drupada-geham upāgatānāṁ TRADUCTION
La grâce de Sa protection me permit seule de vaincre tous les princes qui, minés de désirs concupiscents, s'étaient réunis au palais du roi Drupada peur la cérémonie où la princesse choisirait son futur époux. Ainsi ai-je pu, d'une flèche fixée à mon arc, transpercer le poisson qui servait de cible et gagner la main de Draupadī.
TENEUR ET PORTEE
Draupadī était l'exquise fille du roi Drupada, et pratiquement tous les princes désiraient sa main de jeune princesse. Mais Drupada Mahārāja avait déterminé de ne donner sa fille en mariage qu'à Arjuna, et pour que se réalisent ses plans, il conçut une ingénieuse épreuve. Celle-ci consistait à transpercer l'oeil d'un poisson placé derrière les rayons d'une roue suspendue au plafond du palais. Et pour ce faire, les représentants de l'ordre royal ne pourraient pas viser directement la cible; il leur faudrait diriger leur tir selon la réflection du poisson et de la roue dans les eaux ondulantes d'un réservoir lamé au sol. Car, Mahārāja Drupada savait fort bien que seul Arjuna, ou encore Karṇa, pourrait accomplir un tel exploit. Néanmoins, c'est à Arjuna qu'il désirait confier sa fille. Lorsque le jour de la cérémonie, Dhṛṣṭadyumna, frère de Draupadī, présenta à sa soeur désormais en âge d'être mariée tous les princes de l'assemblée, Karṇa était de leur nombre. Mais Draupadī rejeta avec tact la candidature de Karṇa a comme rival d'Arjuna, en lui faisant savoir, par l'intermédiaire de son frère Dhṛṣṭadyumna, qu'elle ne pouvait accepter pour époux quiconque fut moins qu'un kṣatriya. On connaissait en effet Karṇa comme le fils d'un charpentier, d'un śūdra; or, vaiśyas et śūdras sont tenus pour inférieurs aux kṣatriya. De cette manière, en digne fille d'homme politique, de kṣatriya, Draupadi put habilement se défaire de Karṇa. Lorsque Arjuna, vêtu en pauvre brāhmaṇa, toucha l'astucieuse cible, l'émoi fut général, et tous les princes réunis, et plus particulièrement Karṇa, s'opposèrent à lui dans un rude combat. Mais comme toujours, la grâce de Śrī Kṛṣṇa lui permit de sortir victorieux de cette bataille, et d'obtenir ainsi la précieuse main de Draupadī, aussi nommée Kṛṣṇā. C'est donc le coeur serré qu'Arjuna, en l'absence du Seigneur, dont la grâce lui avait assuré tant de puissance, se rappelle cet incident.
VERSET 8
yat-sannidhāv aham u khāṇḍavam agnaye ’dām TRADUCTION
Lui à mes côtés, il me fut donné de vaincre avec force dextérité le puissant Indradeva, monarque des cieux, avec tous les devas qui l'accompagnaient: permettant ainsi au deva du feu de dévaster la forêt Khāṇḍava. Et c'est encore par Sa seule grâce que fut sauvé de ces bois embrasés l'asura au nom de Maya, pour que nous puissions ériger notre palais d'assemblée, ce monument d'architecture, remarquable, finement achevé, où se réunirent tous les princes pour te payer tribut à l'occasion du rājasūya-yajña.
TENEUR ET PORTEE
L'asura Maya Dānava habitait la forêt Khāṇḍava, et au moment où celle-ci fut incendiée, il demanda à Arjuna de le protéger, et celui-ci lui sauva la vie. L'asura se sentit dès lors obligé envers lui, et pour s'acquitter de sa dette, construisit un merveilleux palais d'assemblée pour les Pāṇḍavas. Cet édifice eut pour effet de fasciner de façon peu commune tous les princes en divers Etats. Y voyant la puissance surnaturelle des Pāṇḍavas, ils prêtèrent allégeance à l'empereur et lui payèrent tribut, sans réserve aucune. Les asuras possèdent des pouvoirs surnaturels fort merveilleux et par quoi ils peuvent réaliser de véritables prodiges. Mais en contrepartie, ils représentent toujours des éléments perturbateurs pour la société. Leurs semblables d'aujourd'hui sont les pernicieux hommes de science matérialistes, auteurs d'impressionnantes réalisations qui ne font que nuire à l'homme. Ainsi en est-il des armes nucléaires, qui suscitent une terreur panique dans le coeur des hommes. Maya, donc, était un matérialiste de cette espèce, et maître dans l'art de produire des merveilles. Et malgré son talent, le Seigneur, Kṛṣṇa, désirait le faire périr. Or, lorsqu'il vint à être menacé et par le feu et par le disque ardent de Kṛṣṇa, il eut l'intelligence de prendre refuge auprès d'un bhakta tel Arjuna, lequel put le sauver du feu issu de la colère divine. Aussi dit-on les bhaktas plus miséricordieux que le Seigneur Lui-même, principe vérifiable dans la pratique du service de dévotion, où la grâce d'un bhakta surpasse celle du Seigneur. Par suite, dès qu'ils virent Arjuna lui accorder refuge, et le Seigneur et l'incendie cessèrent d'harceler l'asura. On peut dès lors comprendre le sentiment d'obligation qu'éprouvait ce dernier envers Arjuna, ainsi que son désir de lui offrir quelque service en signe de gratitude; mais Arjuna refusa d'accepter toute faveur en échange de son geste protecteur. Śrī Kṛṣṇa, cependant, satisfait de l'initiative de Maya —d'avoir pris refuge auprès d'un de Ses dévots—, l'invita à rendre service au roi Yudhiṣṭhira en érigeant un merveilleux palais d'assemblée. Le processus est le suivant: par la grâce du bhakta, on obtient la miséricorde de Kṛṣṇa, et la miséricorde du Seigneur nous permet de servir Son dévot. Concernant Maya Dānava, ajoutons que c'est également de lui que Bhīmasena tenait sa masse d'armes.
VERSET 9
yat-tejasā nṛpa-śiro-’ṅghrim ahan makhārtham TRADUCTION
Ton respectable cadet, à la force de dix mille éléphants, put, par Sa grâce, faire périr Jarāsandha, aux pieds duquel de nombreux rois rendaient culte. Tous ces monarques, rassemblés par Jarāsandha pour être offerts en sacrifia à l'occasion de son mahābhairava-yajña, furent ainsi libérés. Ceux-ci payèrent ensuite tribut à Ta Majesté.
TENEUR ET PORTEE
Jarāsandha fut un puissant roi de Magadha, et le récit de sa naissance comme de ses actes présente un grand intérêt. Son père, le roi Bṛhadratha. avait également été monarque de Magadha. Il était prospère et puissant, mais bien qu'il eût épousé deux des filles du roi de Kāśī, aucune d'elle n'avait pu lui donner de fils. Déçu, il quitta le palais en compagnie de ses épouses pour vivre dans la forêt et y accomplir des austérités. Mais il advint qu'en ces lieux il reçut d'un grand ṛṣi la bénédiction d'obtenir un fils; le sage lui remit donc une mangue qui devait être mangée par les reines. Ce qu'elles firent, à la suite de quoi elles ne tardèrent pas à devenir enceintes. Le roi jubilait à la vue des reines qui portaient ses enfants, mais quand vint le temps de la délivrance, chacune des deux femmes donna naissance à une moitié d'enfant. Celles-ci furent jetées dans la forêt, là où vivait une puissante sorcière, trop heureuse de se voir ainsi offrir chair si délicate et sang chaud. Poussée par la curiosité, cependant, elle réunit les deux parties inertes de ce corps, et voici que l'enfant prend apparence normale et retrouve la vie. La démone se nommait Jarā, et par compassion pour son roi, qu'elle savait sans héritier, elle s'en alla lui offrir le nouveau-né. Le monarque en éprouva grande joie, et satisfait de l'asura, voulut la récompenser selon son désir. Elle exprima alors le souhait de donner son nom à l'enfant; et c'est ainsi qu'il fut surnommé Jarāsandha, signifiant celui dont le corps fut soudé par la sorcière Jarā. En fait, ce Jarāsandha était apparu comme une émanation de l'asura Vipracitti, et le sage dont la bénédiction permit aux reines de porter l'enfant était Candra Kauśika, lequel avait prophétisé sur cet enfant devant son père Bṛhadratha. Doué d'attributs démoniaques dès sa naissance, c'est tout naturellement qu'il devint un grand dévot de Śiva, le maître de tous les spectres et asuras. Ainsi, Rāvaṇa était un grand dévot de Śiva, et de même le roi Jarāsandha. Il prit bientôt l'habitude d'user de sa force militaire pour vaincre de nombreux monarques de seconde importance, pour en faire des sacrifices humains devant son seigneur, Mahābhairava (Śiva). Notons qu'il existe encore de nombreux dévots de Mahābhairava, ou Kālabhairava, dans la province du Bihar, autrefois le Magadha. Jarāsandha était un proche de Kaṁsa, l'oncle maternel de Kṛṣṇa, de sorte qu'après la mort de son parent, il devint un ennemi juré de Kṛṣṇa, et plusieurs combats eurent lieu entre eux. Kṛṣṇa voulait le faire périr, mais tout en épargnant ses forces militaires. Il forma donc le plan suivant: Kṛṣṇa, Bhīma et Arjuna se rendraient ensemble chez Jarāsandha vêtus en pauvres brāhmaṇas et lui demanderaient la charité. Car le roi Jarāsandha ne refusait jamais la charité à un brāhmaṇa; il accomplissait étalement de nombreux sacrifices, mais ces pratiques n'avaient pas valeur de service dévotionel. Śrī Kṛṣṇa, Bhīma et Arjuna demandèrent à Jarāsandha la faveur d'engager contre lui un combat, à quoi celui-ci répondit qu'il ne lutterait que contre Bhīma. Tous trois devinrent donc à la fois les hôtes et les ennemis de Jarāsandha, et chaque jour qui suivit opposa Bhīma et l'asura dans un combat sans merci. Comme le temps passait et qu'il ne venait pas à bout de Jarāsandha, Bhima commença à se décourager, mais Kṛṣṇa lui indissua par un signe comment Jarāsandha était venu au monde en deux parties qu'on avait par la suite réunies. Bhima redivisa donc le corps de son adversaire en deux parties et le fit périr. Tous les rois incarcérés en vue d'être sacrifiés à Mahābhairava furent ainsi libérés par Bhīma, et se sentant obligés envers les Pāṇḍavas, payèrent tribut au roi Yudhiṣṭhira.
VERSET 10
patnyās tavādhimakha-kḷpta-mahābhiṣeka- TRADUCTION
C'est encore Lui, et nul autre, qui fit défaire la chevelure des épouses de tous les profanateurs qui avaient osé s'en prendre aux cheveux tressés de ta reine, qu'on avait agréablement vêtue et sanctifiée pour le grand sacrifice du rājasūya: elle s'était alors jetée aux pieds de Śrī Kṛṣṇa, ses yeux baignés de larmes.
TENEUR ET PORTEE
La chevelure de la reine Draupadī était merveilleusement tressée en natte. et avait été purifiée au cours des cérémonies du rājasūya-yajña. Mais lorsque Draupadī fut perdue au jeu, Duḥśāsana l'offensa en touchant sa digne chevelure. Sa tresse défaite, Draupadī se jeta alors aux pieds pareils-au-lotus de Śrī Kṛṣṇa, lequel détermina que pour cette offense les épouses de Duḥśāsana et de tous les autres Kurus verraient également leurs chevelures défaites par la force des circonstances qui suivraient la Bataille de Kurukṣetra. Ce qui advint, lorsqu'au cours du grand combat tous les fils et petits-fils de Dhṛtarāṣṭra expirèrent sur le champ de bataille: les épouses de tous ces guerriers. désormais veuves, furent obligées de dénouer leurs cheveux en signe de deuil Autrement dit, toutes les femmes de la dynastie Kuru connurent le veuvage en raison de l'outrage de Duḥśāsana envers un grand dévot du Seigneur. Kṛṣṇa tolère aisément toute offense commise envers Lui par les mécréants. comme un père supporte même les insultes venant de son fils. Par contre, Il ne saurait souffrir qu'on s'en prenne à Ses dévots, et celui qui se rend coupable d'une offense envers des âmes aussi magnanimes voit certes s'évanouis tous les fruits de ses actes de vertu et toute bénédiction reçue.
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