Il est une fable que La Fontaine n'a pas contée, c'est celle du moustique et du roi. Elle raconte comment un jour, dans un somptueux palais, la cour tout entière s'est réunie, princes, comtes, vicomtes, et barons, tous les grands du royaume, fiers et nobles en leur tenue d'apparat. Dieu voulait qu'en ce jour on célébra l'anniversaire du roi. Notre monarque siégeait, pour cette occasion, sur un trône d'or incrusté de pierreries.

Bugles et trompettes de retentir, jongleurs et acrobates de divertir; et chacun à son tour de louer le souverain d'une prose choisie. Or voici que soudain, d'un recoin caché du palais surgit un minuscule volatile. Si insignifiant que les gardes n'ont pas vu ce misérable moustique qui insolemment va se poser sur le genou du roi.

De son promontoire, notre frêle créature voit se prosterner devant lui les plus grands personnages, les plus belles marquises. On vient déposer sous ses yeux des étoffes de soie, des pierres précieuses et mille autres trésors. Notre moustique vint alors à penser: "Serait-il qu'enfin on reconnaisse ma grandeur? Voilà que l'on m'adore et me couvre de fleurs. C'est la juste récompense pour le noble guerrier qui a osé braver les plus grands de ce monde". Se gonflant d'orgueil, il s'apprête à s'asseoir pour savourer ces doux moments d'une tardive gloire. Mais oubliant l'héritage de sa race, voilà qu'il enfonce dans la royale cuisse le dard empoisonné qui, pensait-il l'avait conduit à ces sommets. Et puis qu'un roi en ce monde, de tels méfaits n'est point à l'abri, de sa main sans sceptre, il réduit notre héros à l'état de débris.

Notre sort ici-bas rappelle celui de cet insecte. Nous sommes aussi insignifiants et presqu' aussi éphémères. La nature était là avant nous, c'est elle qui dans sa clémence nous a donné un corps et une intelligence, en temps voulu, elle nous reprendra tout et durant cette vie elle ne cesse de nous harasser sous la forme des éléments que nul jusqu'à présent n'a jamais su contrôler. On l'appelle Mère nature et à son côté se tient le Père tout puissant. Krishna dit dans la Bhagavad-Gita: "Je suis le Père qui donne la semence", "La Nature matérielle agit sous ma direction, c'est ainsi qu'elle engendre tous les êtres mobiles et immobiles. Par mon ordre encore, elle crée puis anéantit, dans un cycle sans fin". (B.G. IX.10) Ainsi nous évoluons sur le genou de Dieu, mais notre orgueil nous empêche de Le voir.

Dans leur folie, nos savants prétendent qu'ils vaincront bientôt la vieillesse et la mort. Lorsqu'ils parviennent à saisir le fonctionnement d'une loi de l'univers ils la baptisent de leur nom comme s'ils l'avaient conçue eux-mêmes. Puis ils se campent sur leurs deux jambes et déclarent au monde: "Dieu n'existe pas, tout provient du hasard, nous sommes les seuls maîtres de la matière et de notre destinée". Jusqu'au jour où la main de la mort vient les écraser et balayer leurs belles théories.

C'est donc l'orgueil qui ainsi aveugle l'homme et le conduit à sa perte. C'est pourquoi la Bhagavad-Gita cite l'humilité comme la première qualité de celui qui désire s'élever spirituellement. L'humilité qui consiste à reconnaître notre position insignifiante par rapport à Dieu s'apparente à la Vérité. Alors que l'orgueil qui nous fait nous méprendre sur notre statut véritable s'apparente à l'illusion ou à l'ignorance. On pourra conclure en disant que ce qui fait l'intelligence d'un homme, ce n'est pas le degré de son érudition, mais celui de son humilité.

Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare

Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare